Je vais rassembler en ce chapitre, au risque de me répéter, les textes des principales condamnations de la liberté religieuse au XIXe siècle, afin que vous voyiez bien ce qui a été condamné, et pourquoi les papes l’ont condamné.
C'est justement pour le comprendre encore mieux que je vous recommande le livre du Frère Basile : il y étudie ligne à ligne tous ces textes magistériels, et bien d'autres encore, et nous permet de comprendre plus profondément l'enseignement infaillible de ces Papes. C'est grâce à cette étude complète et fouillée que l'on peut arriver aux conclusions qui sont exprimées dans mon premier message.Les papes, vous l’aurez remarqué dans les textes précédents, ont le souci de remonter aux causes et de dénoncer les origines libérales du droit à la liberté religieuse : c’est essentiellement le libéralisme naturaliste et rationaliste qui est dénoncé, celui qui prétend que la raison humaine est l’unique arbitre du bien et du mal (rationalisme) ; qu’il appartient à chacun de décider s’il doit adorer ou non (indifférentisme) ; enfin, que l’État est l’origine de tout droit (monisme étatique).
Je ne saurais mieux dire... si l'on remplaçait "liberté religieuse", par "liberté de conscience" (c'est cette dernière que les papes ont condamné).De cela certains théologiens modernes ont cru pouvoir inférer trois thèses : 1. Les papes n’ont pas condamné la liberté religieuse en elle-même, mais seulement parce qu’elle apparaissait "comme découlant d’une conception naturaliste de l’homme"12, ou quelle "dérivait de la première prémisse du rationalisme naturaliste"13 ou des deux autres : "au-delà des conséquences (liberté religieuse) ce sont les principes qui sont ici visés : l’Église condamne le rationalisme, l’indifférentisme et le monisme étatique"14, un point c’est tout.
Voilà une thèse que le Frère Basile ne partage pas. Parce que la liberté religieuse (celle de Vatican II) n'a jamais été condamnée (mais cela c'est justement la question qu'il faut résoudre). Mais surtout parce que les Papes ont bien condamné la liberté de conscience en elle-même. Cela n'empêche pas que cette même liberté de conscience était spécifiée par l'indifférentisme : les différents aspects qui la distinguent de la liberté religieuse affirmée à Vatican II, et que j'ai rappelés dans mon premier message, font partie intégrante de sa définition. Mgr Lefebvre n'est d'ailleurs pas si loin de cette position lorsqu'il écrit :leur dénominateur commun [à tous les libéralismes] (comme le dit le cardinal Billot) c’est la libération de toute contrainte en matière religieuse.
Je passe sur le point 2, sur lequel je partage la critique de Mgr Lefebvre.3. Mais il est possible aujourd’hui de redécouvrir la part de vérité chrétienne contenue dans les principes de 1789 et de réconcilier ainsi l’Église avec les libertés modernes, avec la liberté religieuse en particulier.
C'est en quelque sorte ce qu'à fait l'Église à Vatican II, jugeant les temps propices à un tel approfondissement. Mais en faisant cela elle a affirmé une Liberté Religieuse réellement différente de la Liberté de Conscience condamnée au XIXe.— Absurde, la liberté religieuse l’est, puisqu’elle accorde le même droit à la vérité et à l’erreur, à la vraie religion et aux sectes hérétiques ; or, dit Léon XIII " le droit est une faculté morale, et comme nous l’avons dit et comme on ne peut trop le redire, il serait absurde de croire qu’elle appartienne naturellement et sans distinction ni discernement à la vérité et au mensonge, au bien et au mal"23.
C'est justement pour éviter ce reproche que le droit à la Liberté Religieuse enseigné par le Magistère est une permission négative ; son sujet n'est pas l'erreur, mais la personne humaine ; son objet n'est pas l'erreur, mais la tolérance ("ne pas être empeché", "ne pas être forcé") ; ce qui est toléré n'est pas directement l'erreur, mais le fait de suivre le dictamen de sa conscience (in recto : de la conscience droite; in oblico, de la conscience erronée). Pour mieux comprendre tout cela, un approfondissement sur les différents types de droits est sans doute nécessaire. C'est ce que fait justement le Frère Basile dans le chapitre préliminaire de son livre.— Impie, la liberté religieuse l’est aussi : puisqu’elle " attribue à toutes les religions l’égalité de droit" , et " met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l’Epouse sainte et immaculée du Christ" ; puisque de plus, elle implique " l’indifférentisme religieux de l’Etat" qui équivaut à son " athéisme" , ce qui est l’impiété légale des sociétés, l’apostasie forcée des nations, le rejet de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, la négation du droit public de l’Eglise, son élimination de la société ou son assujettissement à l’Etat.
Dignitatis Humanae n'implique nullement l'indifférentisme civil ; l'ordre public juste revendiqué par DH contient à plusieurs titres le devoir de faire des différences entre la vraie religion et les fausses religions. Par exemple, parce que l'ordre public inclut entre autres la moralité publique, basée sur l'ordre moral objectif (DH 7) : et nombreuses sont les fausses religions qui violent cette moralité publique. Ou encore, parce que la vraie Religion dispose d'un droit positif : la Société doit en encourager et en faciliter la pratique autant que la justice et la prudence le permettent ; La Société doit aussi se conformer à la doctrine sociale de l'Église et accomplir le règne social du Christ. Au contraire, les adeptes des fausses religions ne disposent que d'un droit négatif à ne pas être forcé ni empêché, dans de justes limites.— Enfin, elle conduit les peuples à l’indifférence religieuse, comme le déclare le Syllabus en condamnant la proposition 77. C’est l’évidence : si actuellement, l’Eglise conciliaire et la majorité des catholiques en arrivent à voir dans toutes les religions des voies de salut, c’est parce que ce venin de l’indifférentisme leur a été administré, en France et ailleurs, par bientôt deux siècles de régime de liberté religieuse.
Cette proposition (qui est d'ailleurs la 79) ne concerne pas la liberté religieuse, mais la liberté de conscience : c'est particulièrement visible dans les mots qu'elle utilise : "plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions" Sur le fond, je ne saurais dire combien je suis d'accord avec Mgr Lefebvre, et avec le Pape Benoît XVI, pour rejeter "la peste de l'indifférentisme" et du relativisme.