pas convaincu
dominique bontemps -  2008-10-11 10:09:16

pas convaincu


Deux cas sont envisagés par Paul IV, celui du § 1 et celui du § 6. Pour ce dernier, vous pouvez parler (à la rigueur) d'un faux pape hérétique qui cache son jeu, mais pas pour le premier : « § 1. Nous considérons la situation actuelle assez grave et dangereuse pour que le Pontife Romain, Vicaire de Dieu et de Notre Seigneur Jésus-Christ sur terre, revêtu de la plénitude du pouvoir sur les nations et les royaumes, juge de tous les hommes et ne pouvant être jugé par personne en ce monde, puisse toutefois être contredit s'il dévie de la Foi catholique. (...) » La contestation permise aux catholiques porte ici de toute évidence sur des enseignements publics, ce qui est confirmé par le pape Innocent III disant que, si pour ses autres péchés, il a Dieu seul pour juge, en matière d'hérésie il peut être jugé par l'Église.

Je ne suis pas convaincu qu'il s'agisse bien de deux cas distincts, pour une raison assez simple : le contexte. En effet, dans ce premier paragraphe le pape continue son introduction et explique brièvement pourquoi il a écrit cette bulle : il s'intéresse en particulier au cas où le pape lui-même serait hérétique. Du coup, les règles de toute bonne interprétation ont une conséquence claire : Paul IV parle en fait du même problème que celui qu'il traite au paragraphe 6 (puisque c'est là qu'il s'occupe du cas du pontife romain) : le cas d'un pontife hérétique « avant sa promotion et élévation au Cardinalat ou au Souverain Pontificat » et qui dès lors n'aurait jamais été pontife. En outre, si Paul IV avait voulu, contre toute logique littéraire, parler dans ce premier paragraphe d'un cas différent de celui qu'il traite dans le 6ème, alors on reste devant un autre problème de logique. Le pape aurait soulevé un problème, aurait affirmé vouloir légiférer pour y porter solution, mais n'y aurait pas porté solution ! La seule interprétation logique de cette première phrase du 1er paragraphe est donc la suivante : celui qui est apparemment le Pontife Romain peut toutefois être contredit s'il dévie de la foi. Il s'agit bien du même problème que celui traité au paragraphe 6. Allons plus loin : Si mon interprétation du premier paragraphe était erronée, et que Paul IV y traite d'un pontife réellement pontife, mais qui erre dans la Foi (dato, non concesso), il resterait quelques problèmes de fond : - Le pape ne pourrait manifester son errance dans la Foi qu'en privé, ou en tout cas lorsqu'il n'est pas couvert par l'infaillibilité. Et c'est là le sens de la phrase d'Innocent III : si le pape [ou saint Paul, ou un ange du ciel] se trompait, il faudrait le lui signifier filialement ; mais cela n'est possible que lorsque le pape n'est pas couvert pas l'infaillibilité [évidemment]. Ni l'infaillibilité du pape seul lorsqu'il parle ex cathedra ; ni l'infaillibilité du magistère ordinaire et universel ; ni l'infaillibilité des lois générales de l'Église (principalement celles concernant les sacrements) qui ne peuvent être nocives. Mais l'opposition "tradie" porte justement sur des choses couvertes par cette infaillibilité (je vous renvoie en particulier à l'excellent livre de l'abbé Lucien sur le Magistère Ordinaire et Universel). - Qu'il soit impossible que l'Église se trompe dans sa Foi, cela reste de toutes façons vrai. Or l'Église a adhéré à Vatican II. - Paul IV suppose qu'il y a une autorité ecclésiastique pour constater légalement l'hérésie de celui qui est apparemment pape, et dès lors qu'il n'a jamais été pape. Or toute l'Église enseignante, dans une claire unanimité morale, a adhéré à Vatican II.