Or la traduction falsifiée du credo ne dit pas "de même nature individuée que le père", mais "de même nature que le père". Et les fidèles qui vont à la messe le dimanche comprennent cela dans le sens courant.
Le mot "individuée" est en trop pour deux raisons : d'abord parce qu'il enlèverait l'intérêt de la formule, qui réside dans non caractère compréhensible par tout le monde ; ensuite parce qu'il est inutile. Je m'explique : D'une part il est faux de dire que nature se prenne a priori dans le sens non individué. C'est plutôt le contraire (quoique). Comme je l'ai déjà fait remarquer, votre nature ne se limite pas à votre humanité générique (qui d'ailleurs n'existe pas en elle-même), mais comprend ce qui fait de vous tel homme précis que vous êtes (l'individuation). Votre nature = le principe de vos actions (c'est la définition philosophique) ; vous agissez en tant que l'individu JL d'André, pas en tant qu'homme générique. Quoi qu'il en soit, si on ne précise pas "individuée", l'expression "de même nature" sortie de son contexte a deux principaux sens possibles : - soit le Père et le Fils sont de natures égales mais distinctes (comme un père et un fils humains) ; - soit ils possèdent ensemble une nature unique (natures identiques, selon ma terminologie initiale). Vous remarquerez que l'arianisme n'est de toutes façons pas la piste privilégiée : l'arianisme affirme que le Fils est d'une nature inférieure à celle du Père. Le mot "semblable" que les ariens ont utilisé (ou plutôt son équivalent grec) était un écran de fumée destiné à nier justement l'égalité portée naturellement par le mot "même". Ici, il s'agit plutôt de trancher entre polythéisme ou dogme de la Trinité. Pour cela, pourquoi ne pas lire le reste du Credo ? Remarquez que même si l'expression "de même nature" se contentait d'affirmer que le Père et le Fils avaient une nature égale, ce ne serait que la vérité : l'hérésie (le polythéisme en l'occurrence) commence quand on affirme que leurs natures sont numériquement distinctes. Avant de revenir à cette question, je me permets de citer le message #438004 d'Abel, qui reprend le fond du problème de façon plus claire :« De même nature » n'est en rien caractéristique de la sainte Trinité, et peut s'employer de tous les êtres qui se reproduisent. Cette expression n'implique pas l'unité de substance, l'unité d'être. Pour désigner cette réalité tout à fait unique et mystérieuse qu'est la sainte Trinité, il faut une expression adaptée, excluant totalement la pluralité de substances. Sinon, on est dans l'équivoque ; pour en sortir on est obligé de préciser qu'il faut entendre même au sens de l'unicité numérique (et c'est difficile d'intégrer cette précision quand on chante le Credo !) C'est plus simple de dire consubstantiel.