Lecture un peu rapide peut-être
Vianney -  2008-10-10 11:30:01

Lecture un peu rapide peut-être

Paul IV envisage notamment le cas que vous décrivez (c'est au début du § 6), mais pas seulement celui-là :

§ 1. Nous considérons la situation actuelle assez grave et dangereuse pour que le Pontife Romain, Vicaire de Dieu et de Notre Seigneur Jésus-Christ sur terre, revêtu de la plénitude du pouvoir sur les nations et les royaumes, juge de tous les hommes et ne pouvant être jugé par personne en ce monde, puisse toutefois être contredit s'il dévie de la Foi catholique. (...)

Par ailleurs, vous écrivez : « Quand son hérésie commence à se manifester, l'Église s'en aperçoit ». Ici encore, ce n'est pas exactement la situation envisagée par Paul IV :

§ 6. (...) S'il s'agit du souverain Pontife, on ne pourra prétendre que son intronisation, adoration (agenouillement devant lui), l'obéissance à lui jurée, le cours d'une durée quelle qu'elle soit (de son règne), que tout cela a convalidé ou peut convalider son pontificat ; celui-ci ne peut être tenu pour légitime JAMAIS ET EN AUCUN DE SES ACTES.

Avouez que les traditionalistes vont rarement jusqu'à cette extrémité ! Historiquement, Paul IV craignait précisément qu'un tel désastre se produise avec l'élection de son successeur. C'est donc beaucoup plus qu'un « cas d'école », les termes même de la suite du paragraphe 1 le prouvent :

Et, puisque là où le danger s'étend, là aussi il devient plus profond, il faut y veiller avec plus de diligence de telle sorte que des pseudo-prophètes ou des hommes revêtus d'une juridiction séculière ne puissent prendre misérablement dans leurs actes les âmes des gens simples, entraîner avec eux à la perdition et à la damnation éternelle des peuples innombrables soumis à leur soin et à leur autorité, soit spirituelle, soit temporelle. Et, pour que nous puissions ne jamais voir dans le Lieu-Saint l'abomination de la désolation prédite par le Prophète Daniel, nous voulons autant que nous le pourrons avec l'aide de Dieu et selon notre charge pastorale, capturer les renards occupés à saccager la vigne du Seigneur et écarter les loups des bergeries, afin de ne pas sembler être comme les chiens muets, impuissants à aboyer, pour ne pas nous perdre avec les mauvais serviteurs et ne pas être assimilé à un mercenaire.

Par ailleurs, je ne dis pas que cette constitution s'applique telle quelle à la situation que connaît l'Église actuellement (à ma connaissance, elle n'a pas été reprise dans le droit canon de 1917) : elle prouve simplement que des papes ont pu, sans être suspectés de schisme ou d'hérésie, envisager comme possible qu'un de leurs successeurs dévie de la foi (§ 1), même avant d'être élu (§ 6), et ce, pour une durée plus ou moins longue, avant que l'Église n'y mette bon ordre. Ce qui s'applique par contre à toutes les périodes de confusion qu'a pu connaître l'Église, c'est la parole insistante de saint Paul aux Galates (I, 6-8) :

Je m'étonne que vous quittiez si vite, pour passer à un évangile différent, celui qui vous a appelés dans la grâce du Christ. En fait il n'y en a point deux, il y a simplement des gens qui sèment la confusion parmi vous et cherchent à bouleverser l'évangile du Christ. Mais quand même quelqu'un, fût-ce nous-mêmes, fût-ce un ange venu du Ciel, vous annoncerait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit rejeté !

(Entre nous, j'ai commencé par suivre un peu le même parcours que vous : études de mathématiques, et passablement hostile aux convictions de ma famille, très pratiquante et plutôt lucide sur la situation actuelle. Mais j'ai bien dû admettre, après pas mal d'années d'errements, que plus je cherchais à contredire leur position, plus je découvrais des documents qui leur donnaient raison sur l'essentiel. Alors, bienvenue au club...) V.