Sauf erreur, la constitution Cum ex Apostolatus de Paul IV, confirmée par saint Pie V, envisage précisément un cas similaire, sans que ni l'un ni l'autre (ni d'ailleurs aucun de leurs successeurs) n'y voie une contradiction avec l'indéfectibilité de l'Église promise par le Christ.
Elle étudie le cas d'un de quelqu'un qui aurait été hérétique dès avant son élection : alors, dit-elle, cet hérétique n'a jamais été pape. Quand son hérésie commence à se manifester, l'Église s'en aperçoit et applique la bulle : elle constate qu'elle n'a pas de pape. Si l'Église ne s'en apercevait pas, la bulle serait peu utile : elle serait un diagnostique, mais pas une solution. La bulle n'admet pas un seul instant que ce faux pape répande son hérésie tout en conservant la reconnaissance aussi bien de l'Église enseignante que de l'Église enseignée. La Bulle "Cum es Apostolatus" n'est donc aucunement un argument contre ma position, qui se fonde sur l'infaillibilité de l'Église in credendo. Une remarque annexe : mon argument ne dit pas qu'il est impossible que celui qui est élu pape soit hérétique ou schismatique (mais seulement qu'il est impossible que l'Église continue à le reconnaître comme pape). Quant à la Bulle, elle envisage cette possibilité, mais ne l'enseigne pas : le pape n'affirme pas positivement "oui, cela est possible", mais décrit ce que l'Église doit faire si cela arrive. De l'infaillibilité de l'Église lorsqu'elle croit, je vois de toutes façons une conséquence plus directe et plus radicale : il est impossible que le concile Vatican II, et les papes depuis Jean XXIII, ait erré dans la Foi : parce que l'Église a adhéré à leur enseignement ! Dès lors, savoir si l'hypothèse du pape hérétique est possible ou non, cela n'est qu'une question d'école qui ne s'applique de toutes façons pas à la situation présente.