D'autre part, ce serait une erreur grossière de refuser au Christ-Homme la souveraineté sur les choses temporelles, quelles qu'elles soient : il tient du Père sur les créatures un droit absolu, lui permettant de disposer à son gré de toutes ces créatures.
"Sur toutes ces créatures", donc également sur les sociétés morales : pouvoirs politiques, entreprises, familles, etc. Distinguer deux pouvoirs n'est donc en aucune façon les séparer. Même un gouvernement de la cité par des prêtres ne serait pas exclu dans cette optique : sauf erreur, l'Église ne l'a jamais condamné, même si elle ne le préconise pas en général. Ce qu'elle réclamait jusqu'à Vatican II, c'est la reconnaissance par les sociétés même temporelles de l'origine divine de tous les pouvoirs, et du décalogue comme fondement de ceux-ci. Le chrétien n'a pas à s'atteler à reconstruire une sorte de nouveau paradis terrestre : il est entendu que la justice parfaite n'est pas de ce monde, et ne le sera jamais. Mais le règne (temporel) du Christ-Roi ne vise pas cette utopie : en dehors du droit du Christ rappelé ci-dessus par votre auteur, il vise à faciliter autant que possible à l'humanité la pratique des vertus, par la reconnaissance publique des commandements de Dieu (à peu de chose près le contraire de nos États actuels, en dépit de leurs fumeux « droits de l'homme »). V.