Je ne vois pour ma part aucun salut pour l’humanité hors de l’autorestriction de chaque individu et de chaque peuple. Et c’est là l’esprit de la renaissance nationale et religieuse qu’on peut observer aujourd’hui en Russie. C’est aussi l’essentiel du programme que j’ai exposé dans mon article Du repentir et de la modération comme catégories de la vie des nations. Je ne sais pourquoi cet article n’est jamais ni mentionné ni cité par mes adversaires.
A l'appui de ce qui précède, Soljénitsyne reproduit quelques extraits de ses précédents ouvrages :Dans la Lettre aux dirigeants : « Je souhaite le bien de tous les peuples et plus ils vivent près de nous, plus ils sont dans notre dépendance et plus je le souhaite ardemment. « Le sort des gens de Chine suscite lui aussi une profonde compassion, car eux-mêmes seront les impuissantes victimes de cette guerre. » Dans Du repentir et de la modération : « Il nous faudra trouver en nous du courage pour reconnaître nos fautes extérieures à l’égard des autres peuples. « Envers tous les peuples de nos marches et d’au-delà, inclus de force dans notre orbite, nous n’aurons vraiment fait preuve de repentir que lorsque nous leur aurons donné l’authentique liberté de décider de leur destin. « On ne peut construire une bonne société sur de mauvais rapports entre les gens ; on ne saurait bâtir de bonne humanité sur les rapports mauvais, sur les ressentiments hargneux entre les nations... Il s’agit d’introduire, dans les rapports entre les Etats, la morale individuelle : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. »
Avouons-le, c'est là un « nationalisme » vraiment très peu chauvin, dont beaucoup de nationalistes bien de chez nous pourraient utilement s'inspirer. Il est vrai que l'écrivain ne voyait pas non plus dans la démocratie tant vantée sous nos climats la panacée aux maux dont souffrait la Russie, mais peut-on le lui reprocher quand on constate l'aveuglement de la quasi-totalité des régimes démocratiques pendant toute la durée de l'enfer soviétique ? On a vu plus haut qu'il n'était pas davantage attiré par un « nationalisme » aussi outrancier que celui d'Hitler, lequel s'opposait d'ailleurs bien moins au communisme qu'à la Russie, comme le démontre entre autres le comportement de ses adjoints sur le front de l'Est : lire à ce sujet les mémoires de Boris Bajanov, l'ancien secrétaire de Staline. V.