Pecciste je suis, pecciste je reste cher ami
Luc Perrin - 2008-08-01 20:02:44
Pecciste je suis, pecciste je reste cher ami
Pour votre 1)
C'est la vieille critique de l'Ecole du Saulchoir du R.P. Chenu op plus celle du P. de Lubac sj. Rien de neuf sous le soleil à ce que je vois ...
En résumé, c'est à qui s'arroge le label "saint Thomas d'Aquin A.O.C." et, bien sûr, le dénie aux autres.
Jean de Saint-Thomas oui et alors ... Maritain avait une lecture du Docteur angélique, elle en valait sûrement beaucoup d'autres. Etienne Gilson, à partir des mêmes commentateurs, en développe une autre. La "néo-scolastique" montrait la richesse de l'oeuvre de saint Thomas apte à nourrir une série de courants. Il n'empêche que la plupart des prêtres, grâce à Léon XIII, étaient mis en présence de l'oeuvre de saint Thomas, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui.
Décerner l'A.O.C. n'est pas de ma compétence et ce n'était pas mon propos en rectifiant votre erreur, erreur portant sur l'histoire et non une labellisation philosophique dont je ne discute pas. Vous esquivez mon renvoi à Fides et ratio ...
nb. G. Cholvy est simplement l'un des meilleurs connaisseurs du XIXe siècle catholique parmi les historiens spécialisés.
Pour votre 2)
"D'autres remèdes sont proposés pour mettre fin à cette question sociale, tels que les corporations: nous avons là un bon exemple d'une Eglise qui a fait d'une réalité historique un mythe. Il n'est pas sûr que la réalité historique des corporations puisse correspondre à l'image que nous en donnent les corporatistes de l'époque contemporaine. Sur le sujet, je me ferai un plaisir de vous conseiller quelques solides ouvrages écrits par des historiens qui ne rêvent pas, à la différence de Léon XIII et de ses thuriféraires, le Moyen Age ou la période moderne." (baudelairec2000)
Cela seul montre que vous n'avez rien lu des études des historiens de la Question sociale et de la DSE, tels Emile Poulat et Jean-Marie Mayeur, parmi les principaux, mes maîtres accessoirement. Ils ne sont pas philosophes, en effet ; ni des commentateurs de textes comme le P. Calvez, toutes activités utiles au demeurant.
Pour remettre, à l'intention des liseurs car j'ai le sentiment que votre opinion est faite par avance, une pendule à l'heure. Les "corporations" contemporaines ne se voulaient, évidemment, pas une réplique à l'identique des pratiques médiévales. Qu'il y ait eu une idéalisation du Moyen Age au XIXe, nous le savons tous mais cela n'a rien de propre à Léon XIII ou aux catholiques sociaux avant et après lui : Viollet-le-Duc, l'architecte allemand qui a rebâti le Haut Koenigsbourg, le style néo-gothique si prisé sous Victoria etc.
En plaçant la notion, thomiste, de bien commun au centre des rapports sociaux dans la société moderne, Léon XIII appliquait un principe évangélique et cherchait, très prudemment, des voies pour le mettre en oeuvre. Tous les auteurs (compétents) soulignent la très grande marge de manoeuvre laissée par l'encyclique aux acteurs locaux.
E. Poulat a fait justice, il y a déjà 3 décennies, du prétendu libéralisme de Léon XIII, que vous semblez reprendre implicitement (inspiré peut-être par l'abbé Emmanuel Barbier dont 2 livres furent mis à l'Index par saint Pie X ?). Rien n'oppose substantiellement Pie IX, Léon XIII et Pie X. Tous partagent le même système intransigeant et intégral. Mais, en effet, à partir de Léon XIII, un plus grand accent est donné à un catholicisme intégral qui veut reconquérir par la base les sociétés développées gagnées par la déchristianisation. Sans, pour autant, renoncer à établir de meilleurs rapports avec les Etats, comme le montre le concordat avec la Colombie négocié par Léon XIII qui inaugure l'époque baptisée de la "République chrétienne" dans l'histoire de ce pays.
Enfin dès Léon XIII, ce qui est recherché,et dont vous vous gaussez bien mal à propos à travers les corporations, n'est que le refus de la lutte des classes, prônée par les marxistes et socialites de tout poil : un pape prend donc au sérieux les paroles du Christ dans l'Evangile, ce qui ne devrait pas vous surprendre. C'est sur la base de Rerum novarum que, bien plus tard, Paul VI puis Jean-Paul II ont réprouvé les thèses des théologiens de la Libération qui faisaient une apologie de la violence révolutionnaire.
J'oubliais, on sait que Mgr Pecci a (modestement) participé aux travaux préparatoires pour Quanta cura et le Syllabus. En outre, l'encyclique de Léon XIII fut saluée et développée, complétée par Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II. Cela en fait un document du Magistère d'une valeur assez éprouvée dans le temps...
nb. il existe sur internet un tout petit film montrant Léon XIII, rigolard, bénissant le public à travers l'opérateur de cinéma qui tourne : je vous le dédie.