nous ne sommes guère en désaccord en fait
Luc Perrin - 2008-07-01 18:22:52
nous ne sommes guère en désaccord en fait
Si je vous lis bien, vous convenez que ce que j'énonce est factuel.
Ensuite on pourra toujours gloser :
- glose a : le pape est manipulé par des méchants et il est trop naïf pour s'en rendre compte
- glose b : le pape fait bien de toute façon, promouvoir Ponce Pilate c'est bien de toute façon, "garde-à-vous", "fixe"
- glose c : le pape prend tout son temps, qu'il n'a pas d'ailleurs si je lis les Saintes Ecritures "vous ne savez ni le jour ni l'heure"
- glose d : le pape sait que la France est perdue depuis longtemps et qu'il n'y a plus rien à y faire et se concentre sur les pays où la foi peut prospérer
- gloses e, f, g, h etc.
Autant qu'on veut, ce qui est au final d'un intérêt limité puisque nous n'avons ni vous ni moi été chargés d'exposer la pensée intime du pape, faute de parole publique d'icelui sur ce sujet.
"Vous avez des noms ?" (Thomas)
Et bien oui figurez-vous quelques uns. Etant très loin de connaître en détail les clercs de responsabilité en France, j'arrive quand même à repérer quelques choix pour le moins "étonnants". Je vous dirai qu'il suffirait de se baisser un peu pour avoir une abondante récolte car, quand même, dans la "génération Jean-Paul II", si on reste au clergé Forme ordinaire, il y a des gens courageux. Chaque liseur/liseuse doit avoir en tête un clerc qui l'a marqué par ses qualités de porteur de la Bonne Nouvelle, une rigueur doctrinale et un sens des personnes. Les procédures complexes pour recueillir ces noms existent, les personnalités d'influence capables de conseiller le Pape, indépendamment, existent à l'instar de feu le cardinal Lustiger sous Jean-Paul II, les "Ratzingériens" existent en France comme ailleurs.
Petit rappel historique :
- saint Pie X en 1906 a dû innover entièrement par suite de la fin du système concordataire : ce moule était cassé en Vieille France
- Pie XI en nommant Mgr Maglione en 1926 a renouvelé radicalement l'épiscopat hérité de ... saint Pie X justement ; le cardinal Baudrillard note : "on dirait que Pie XI prend à cœur de blesser les archevêques français... Pas un des anciens, quelque travail qu'il ait fourni, n'est jugé digne'' (cf. les Carnets déc. 1928-février 1932).
Sans prendre de gants, on le voit.
- Paul VI a agi de même après Vatican II, en multipliant les promotions parfois très hasardeuses : par ex. en Espagne, il a poussé Mgr Tarancon, aux Etats-Unis et même en Italie ... En revanche, voyant le spectre du schisme se profiler aux Pays-Bas, il a amorcé un changement radical, vers la Tradition, de cet épiscopat fer de lance des pires désastres post-conciliaires, politique que Jean-Paul II a méthodiquement poursuivie.
- Jean-Paul II a agi de cette seconde façon un peu partout, au long de son pontificat : tant en Amérique du Nord (il a remercié un archevêque aux positions franchement hérétiques), qu'en Amérique latine, qu'en Australie etc. Rappelons aussi qu'il a même osé s'attaquer au tout-puissant P. Arrupe, le Général des Jésuites, pour tenter sans vraiment y réussir à sauver cet ordre du naufrage doctrinal et pastoral.Pour la France, je pensais que c'était connu de tous, le Pontife a innové singulièrement au moins dans les années 1980 en appelant des religieux, en désignant Mgr Lustiger qui était tout sauf une personnalité consensuelle et dans la ligne de la CEF de 1979-1981.
Où est le Jean-Marie Lustiger de Benoît XVI en France depuis 3 ans ?
Poser la question, c'est y répondre.
Tout cela pour dire que la politique suivie depuis 3 ans en France ne relève, en rien, d'un fatum, que le Saint-Père n'est pas prisonnier de la CEF et, jusqu'à preuve du contraire - à vous de l'apporter -, libre de ses choix et de ses décisions. Les papes ne sont jamais esclaves des procédures et comités qu'ils ont institués, même si ces mécanismes pèsent dans les choix.
D'autres politiques de nomination sont parfaitement possibles aujourd'hui, comme elles l'ont été dans le passé, et le sont aujourd'hui ... ailleurs. J'ai l'impression dans les tout derniers choix que quelques tâtonnements pour sortir des tristes ornières ont été esquissés. Mais une politique s'évalue sur sa constance et la durée. In spe...