"La profession et la pratique de la Religion Catholique, qui est celle de l'Etat Espagnol, jouiront de la protection officielle."
art. 6 § 2 :"Personne ne sera inquiété pour ses croyances religieuses, ni pour l'exercice privé de son culte. Il ne sera pas permis d'autres cérémonies, ni d'autres manifestations extérieures que celles de la Religion Catholique."
La liberté de conscience en matière religieuse - est reconnue au for interne ; - et exclue au for externe et public. b) Après Vatican II..."Le gouvernement espagnol avait suivi les recommandations du concile à propos de la "liberté religieuse". Le projet de loi présenté par le ministre de la Justice, Angel Maria Oriol, témoignait d'un réel progrès par rapport à celui élaboré par Castiella en 1964 : au lieu d'autoriser seulement la pratique privée des religions non catholiques, il garantissait la "profession privée et publique" de n'importe quelle religion et reconnaissait le droit des associations confessionnelles en matière d'enseignement, de paroles et d'écrits. "Le projet, auquel la Conférence épiscopale donna son aval, fut approuvé lors de l'assemblée plénière des Cortes du 26 juin 1967 et devint [après referendum - mais pas seulement sur cette question] l'article 6 du Fuero des Espagnols. L'ouverture d'une synagogue à Madrid en décembre 1968 et la reconnaissance de la communauté israélite comme "association confessionnelle" furent un effet évident de cette loi [car pour ce qui regarde les différentes religions, à part les juifs, il n'y avait guère de non-catholiques sinon quelques poignées de protestants]." Bartolomé Bennassar, Franco, Perrin, 1995(p. 229).
- Ley organica del Estado, 10 janvier 1967, portant révision du Fuero de los espanoles Le § 2 de l'article 6 de 1945 est remplacé par :"L'Etat assumera la protection de la liberté religieuse, qui sera garantie par une tutelle juridique efficace sauvegardant à la fois la morale et l'ordre public."
Désormais, la liberté de conscience en matière religieuse au for externe et public est bel et bien inclue dans le cadre de l'article 6. Qu'est-ce qui a bien pu rendre "nécessaire" ce passage d'un "régime de chrétienté" à un régime de non-coaction ? La réponse est dans la modification apportée au préambule du Fuero par la Ley organica :"Etant donné enfin la modification introduite dans son article 6 par la Loi Organique de l'Etat, ratifiée par le référendum de la nation, afin d'adapter son texte à la Déclaration conciliaire sur la liberté religieuse, promulguée le 7 décembre 1965, qui demande la reconnaissance explicite de ce droit, et conformément, en outre, au second des Principes fondamentaux du Mouvement, selon lequel la doctrine de l'Eglise doit inspirer notre législation"
Résultat pratique, considéré par Bennassar comme tout à fait symptomatique : l'ouverture d'une synagogue à Madrid en décembre 1968 et la reconnaissance de la communauté israélite comme "association confessionnelle". Encore une fois, je ne dis pas qu'il ne puisse pas être nécessaire, dans une situation donnée, de tolérer l'ouverture d'une synagogue (ou du temple protestant). Ce que je conteste comme contraire à la pratique et aux principes de l'Eglise, c'est la position de principe selon laquelle il faudrait nécessairement et toujours laisser s'ouvrir les synagogues (ou autres) dans la mesure où l'ordre public n'est pas troublé, de telle sorte qu'il ne soit pas souhaitable, pour les raisons déjà exposées, que les cultes acatholiques soient relégués à la sphère privée. Pour ce qui regarde l'Espagne des années 1960, le changement n'a bien évidemment pas été provoqué par un "boum" des communautés acatholiques rendant éventuellement nécessaire une certaine tolérance, mais le changement a été provoqué par une "révolution copernicienne" qui a pour nom Vatican II. N.M.