qui professent les opinions énoncées non infailliblement [selon vous] par Dignitatis Humanae
Non, ce n'est pas selon moi, mais selon les papes qui ont présidé ce même concile, le bienheureux Jean XXIII et Paul VI eux-mêmes qui ont déclaré à plusieurs reprise que Vatican II étant pastoral et non dogmatique avait évité de prononcer des définitions infaillibles. Cette non-infaillibilité de Dignitatis Humanae est le grand argument qui a été utilisé pour décider les évêques à voter cette déclaration que la plupart n'auraient sans doute pas approuvé si elle avait prétendu engager l'autorité de l'Église.quelles sont les conséquences de votre position ? L'État devrait faire raser les mosquées, temples et synagogues ? L'État devrait interdire les écoles et la presse musulmane, bouddhiste, protestante ? L'État devrait faire la guerre aux pays non catholiques ?
Il est bien évident que je n'ai jamais dit cela et que le bienheureux Pie IX ne l'a pas dit non plus. D'abord, les temples sont nécessaires à l'exercice privé du culte et, comme je l'ai dit, l'Église n'a jamais contesté la liberté religieuse au for interne. Ensuite, le droit, et même le devoir pour les États catholiques, de réprimer les manifestations extérieures publiques des fausses religions a bien évidemment des limites que rappelle le bienheureux Pie IX et qui sont la tranquillité publique d'un ordre public juste. Le pape rappelle les principes et il appartient aux gouvernants d'estimer dans quelle mesure ils sont applicable dans le cas particulier actuel. Vous caricaturez la position de l'Église pour la ridiculiser et ce n'est pas honnête. C'est comme si pour condamner la liberté religieuse, j'avais excipé de la nécessité de lutter contre l'excision des petites filles, la lapidation des femmes adultères, les sacrifices humains et autres crimes rituels de certaines religions. Vous m'auriez répondu avec juste raison que ces pratiques troublent l'ordre public et que leur répression ne remet pas en cause la liberté religieuse. Alors raisonnons sereinement ! Nous sommes tous d'accord qu'il est du devoir de l'État de réprimer les manifestations extérieures publiques des fausses religion lorsqu'elles troublent l'ordre public. Et nous sommes aussi tous d'accord qu'il est du devoir de ce même État de ne pas les réprimer lorsque leur répression est susceptible de troubler l'ordre public (ce qui est d'ailleurs souvent le cas dans nos sociétés divisées de croyance). Le débat porte exclusivement sur une situation calme : Ces manifestations extérieures publiques des fausses religion ne troublent pas l'ordre public et leur interdiction ne le troublerait pas non plus. Que faut-il faire ? Le bienheureux Pie IX enseigne infailliblement qu'on a le droit et même le devoir de les interdire ; Dignitatis Humanae prétend au contraire qu'on n'en a pas le droit. Il n'y a pas deux positions plus contradictoires.la phrase de Quanta Cura que vous isolez de son contexte
C'est vrai que cette phrase est isolée de son contexte. Je l'ai choisie parce que c'est celle qui contredit le plus directement Dignitatis Humanae. Mais le contexte ne fait que la renforcer ! Jugez vous-même :3 - Vous êtes les premiers à savoir, Vénérables Frères, qu'à peine avions-Nous été élevé à cette chaire de Pierre, par un secret dessein de la Providence Divine et sans aucun mérite de Notre part, Nous avons vu pour la plus grande douleur de Notre âme une tempête vraiment effroyable soulevée par tant de doctrines perverses. Nous avons vu les maux les plus accablants, qu'on ne déplorera jamais assez et que tant d'erreurs ont attirés sur le peuple chrétien. C'est pour remplir les devoirs de Notre Ministère Apostolique et suivre les traces glorieuses de Nos Prédécesseurs que Nous avons élevé la voix. En plusieurs Encycliques déjà publiées, dans les Allocutions prononcées en consistoire et en d'autres Lettres Apostoliques, Nous avons condamné les principales erreurs de notre bien triste époque, fait appel à votre haute vigilance épiscopale, averti et encouragé tous Nos très chers fils de l'Église Catholique à fuir et redouter la contagion d'une peste si violente. Et en particulier, par Notre première Encyclique du 9 novembre 1846, à Vous adressée, et les deux allocutions prononcées en consistoire le 9 décembre 1854 et le 9 juin 1862, nous avons condamné ces monstruosités extraordinaires que sont les opinions, qui surtout de nos jours, dominent pour le plus grand dommage des âmes et au détriment de la société civile elle-même. Ces opinions s'opposent essentiellement, non seulement à l'Église catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables, mais encore à l'éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans tous les coeurs et à la droite raison. C'est d'elles que presque toutes les autres erreurs firent leur origine. 4 - Cependant, bien que nous n'ayons pas négligé de proscrire et de réprouver fréquemment les plus graves de ces erreurs, la cause de l'Église catholique et le salut des âmes que Dieu nous a confié, et le bien de la société humaine elle-même, réclament impérieusement que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour terrasser d'autres idées fausses qui découlent de source de ces mêmes erreurs. Ces opinions trompeuses et perverses sont d'autant plus détestables qu'elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l'Église catholique, en vertu de la mission et du mandat reçu de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu'à la consommation des siècles, non moins à l'égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs. Elles cherchent à faire disparaître cette mutuelle alliance et cette concorde entre le Sacerdoce et l'Empire, qui s'est toujours avérée propice et salutaire à la Religion et à la société (1). (1) Grégoire XVI, Encyclique Mirari Vos du 15 août 1832. 5 - Et de fait, vous le savez parfaitement, Vénérables Frères, il s'en trouve beaucoup aujourd'hui pour appliquer à la société civile le principe impie et absurde du " naturalisme ", comme ils l'appellent, et pour oser enseigner que " le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion que si elle n'existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie et les fausses religions ". Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l'Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : " la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ". À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l'Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, qualifiait de " délire " : " La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l'entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu'elles soient, par les moyens de la parole, de l'imprimé ou tout autre méthode sans que l'autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ". Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu'ils prêchent " la liberté de perdition ", et que " s'il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n'en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d'une sagesse toute humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétienne doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l'enseignement même de Notre Seigneur Jésus-Christ " (4).