Liberté Religieuse : quelques distinctions indispensables
jl d'André - 2008-03-04 20:41:24
Liberté Religieuse : quelques distinctions indispensables
Je prie de m'excuser ici tous ceux pour qui ces notions sont élémentaires et évidentes et qui auront donc l'impression que j'enfonce des portes ouvertes, mais cela me paraît nécessaire !
Une première distinction s’impose entre la liberté morale et la liberté physique.
Liberté morale
Au regard de ce que moralement, nous devons faire, il n’y a pas de liberté religieuse qui tienne. Nous sommes moralement tenus d’adhérer à la seule religion catholique et de la pratiquer et nous n’avons pas le droit d’adhérer ni de pratiquer, si peu que ce soit aucune des fausses religions qui existent sous peine de péché grave. Sur ce point, il n’y a aucune ambiguïté possible et les théories conciliaires ne diffèrent en rien de la doctrine catholique traditionnelle.
Liberté physique
C’est l’absence de contrainte, de coercition extérieure. C’est le domaine de nos relations avec autrui et notamment avec l’autorité. La liberté religieuse est une question éminemment politique : Qu’est-ce que le pouvoir politique peut (ou doit) exiger de nous en matière religieuse. Mais dans le cadre de cette liberté physique, il faut introduire une nouvelle distinction entre le for interne et le for externe.
For interne
Certains s’imaginent que le for interne ne concerne que nos pensées, notre conscience, nos croyances et opinion. C’est beaucoup plus que cela, c’est aussi la manifestation extérieure privée de notre religion et de nos croyances. Et le for externe ne concerne que nos actes extérieurs publics. Au for interne, la liberté religieuse doit être totale. Cela inclut donc la liberté de pensée et la liberté de culte.
Mais me direz-vous, l’Église n’a-t-elle pas condamné la liberté de pensée et la liberté de culte ? Oui l’Église a condamné la libre pensée, le libre examen, mais il s’agit là exclusivement de liberté morale : nous ne devons pas nous choisir des maîtres à foison, mais croire les vérités de foi que Dieu nous enseigne par son Église, mais pour la liberté physique, il est bien évident que cette croyance ne doit jamais être imposée de force. De même quand l’Église condamne la liberté de culte, il ne s’agit que de l’extension de celle-ci au for externe, mais ne prétend aucunement interdire aux non-catholiques de pratiquer leur religion.
Bref, au for interne, il n’y a aucune différence entre la doctrine catholique traditionnelle et les innovations conciliaires
For externe
C’est évidemment là que se trouve le problème dans le cadre des manifestations extérieures publiques de la religion. Et s’agissant d’actes publics, nous sommes dans le domaine politique.
Il y a encore ici deux distinctions à faire entre la liberté de faire et la liberté de ne pas faire d’une part et entre la religion catholiques et toutes les autres d’autre part. Examinons successivement ces 4 cas :
Liberté de ne pas pratiquer une fausse religion.
C’est évidemment une liberté fondamentale revendiquée depuis toujours par l’Église catholique. Combien de martyres l’ont été pour avoir refusé de sacrifier aux idoles ! Là encore, il n’y a aucune différence entre la doctrine traditionnelle et les théories conciliaires.
Liberté de pratiquer et publiquement la seule vraie religion catholique.
Il s’agit là aussi d’une liberté fondamentale revendiquée depuis toujours par l’Église catholique. Et le concile V2 la reconnaît pleinement. Tous les textes anciens de l’Église prônant la liberté religieuse ne parlent d’ailleurs que de cette liberté-là et c’est donc abusivement qu’on prétend étendre cette liberté religieuse à toutes les fausses religions qui, étant dans l’erreur, n’ont aucun droit.
Liberté de ne pas pratiquer publiquement la religion catholique
Cette liberté est évidemment reconnue à tous les non catholiques qui ne doivent jamais être forcés contre leur conscience. En revanche, il peut parfois être légitime d’obliger un catholique qui n’en aurait pas envie à participer à une cérémonie officielle catholique. C’est toute la différence entre contrainte contre sa volonté et contrainte contre sa conscience. Le premier est parfois permis, le second jamais. Ici encore aucune différence entre la doctrine catholique et la théorie conciliaire.
Liberté de pratiquer publiquement les fausses religions.
C’est ici et ici seulement qu’il y a contradiction entre la doctrine catholique traditionnelle et les théories avancées par la déclaration Dignitatis Humanae de Vatican II.
Voici en effet ce que déclare le Bienheureux Pie IX dans son encyclique infaillible Quanta Cura :
Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l'Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : " la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquillité publique le demande "
Et voici ce que dit Dignitatis Humanae:
Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part soit des individus, soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu'en matière religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience, ni empêché d'agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d'autres.
Ce qui contredit Quanta Cura est seulement : « Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte… de telle sorte qu'en matière religieuse nul ne soit… empêché d'agir, dans de justes limites, selon sa conscience,… en public. »
Pour qui n’aurait pas compris quelles sont ces justes limites, la même déclaration le précise un peu plus loin :
C'est pourquoi le droit à cette immunité persiste en ceux-là même qui ne satisfont pas à l'obligation de chercher la vérité et d'y adhérer; son exercice ne peut être entravé dès lors que demeure sauf un ordre public juste
La tranquillité publique, l’ordre public juste, c’est la même chose. Dignitatis Humanae prétend que s’il est respecté, on n’a pas le droit d’interdire les manifestations extérieures publiques des fausses religions. Or Quanta Cura condamne justement l’idée que dans ce cas, le pouvoir n’aurait pas le devoir de les interdire. Dignitatis Humanae prétend que le pouvoir n'a pas le droit d'interdire les manifestations publiques des fausses religions lorsque l'ordre public n'est pas menacé Et Quanta Cura affirme qu'il en a non seulement le droit, mais le devoir, condamnant qui lui nierait un tel devoir. On ne peut imaginer plus grande contradiction.
Par conséquent, tous ceux qui professent les opinions énoncées non infailliblement par Dignitatis Humanae tombent sur le coup de la condamnation solennelle proclamée par le même bienheureux Pie IX dans la même encyclique Quanta Cura :
En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique ; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l'Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées.