simples remarques factuelles et appel à approfondir la réflexion
Luc Perrin - 2008-02-11 17:31:57
simples remarques factuelles et appel à approfondir la réflexion
Le sujet traité dans ce fil est récurrent : il est capital et n'interroge pas que le milieu traditionaliste (le plus large) mais l'ensemble des catholiques.
1. Jean-Paul II (1988) puis Benoît XVI (2007) ont justifié, principalement, leurs 2 Motu proprio par la nécessité de rétablir la pleine communion avec les traditionalistes séparés.
Ce fait incontestable cadre mal avec votre raisonnement cher Thomas : le régime canonique de la Forme extraordinaire actuel entretient bien un lien avec les résistances opposées à l'imposition forcée de la Forme ordinaire entre 1969 et 1974.
2. De Paul VI à l'article 1 alinéa 2 de Summorum Pontificum (2007) - le missel de 1962 n'a "jamais été abrogé"-, il y a une évidente contradiction dans les textes législatifs approuvés par le Saint-Père. La thèse de l'obéissance aveugle et sourde ne permet pas de résoudre cette contradiction.
Le cardinal Ratzinger avait écrit qu'il jugeait illégitime, allant au-delà de la prérogative pontificale, l'abrogation d'un rit légitime pratiqué.
Je n'ai pas de solution simple, je pointe le problème qui n'a pas de réponse dans l'ensemble du fil que j'ai lu, même la citation (comique) de sainte Catherine de Sienne ne nous aide guère (en un temps où l'Eglise avait deux puis par moment trois papes ...).
3. Des résistances de ce type, condamnées hautement par les papes puis avalisées par d'autres papes, ont existé dans l'histoire de l'Eglise. Résistance à la suppression du rit mozarabe en Espagne, très longue querelle des termes et des rites chinois...
4. "obéissance" quel terme plein d'ambiguïté en catholicisme !
Obéissance de type dominicaine ? obéissance de type jésuite ? La congrégation générale qui a triomphalement élu un Préposé général qui semble exactement à l'opposé du profil que dessinait le pape dans une lettre à elle adressée doit sûrement être obéissante au sens jésuite. "Le Cardinal a désobéi" s'exclamait ... le Coadjuteur de Paris en 1961 quand on lui annonce que Mgr Feltin a autorisé des prêtres à reprendre le travail dans de petites entreprises. Mgr Veuillot avait en un sens raison mais Rome n'a pas réagi et 4 ans plus tard, avalisait ce retour au travail (qu'on voulait très encadré). Obéissance type Feltin ou type Veuillot ? Plusieurs évêques, en France et ailleurs, ont systématiquement refusé de mettre en oeuvre, sans raison sérieuse, le motu proprio Ecclesia Dei :ils devaient pourtant être "obéissants" puisque le Saint-Siège ne les a pas désavoués. A l'opposé, Mgr de Castro Mayer a refusé dans son diocèse de Campos de 1969 à 1981 la Forme ordinaire sans lui non plus être ni désavoué, ni admonesté par Paul VI ou Jean-Paul II. Il devait donc être "obéissant" tout autant. Aujourd'hui plusieurs évêques tentent d'empêcher pratiquement l'application de Summorum Pontificum, certains - aux USA - ont pris des ordonnances qui contredisent même frontalement certaines articles du document pontifical : en dehors de la mauvaise humeur de Mgr Ranjith à ce sujet, de l'annonce d'une instruction destinée à "clarifier" cette application, Rome n'a pas placé pour l'instant la question sur le terrain - difficile et ô combien glissant - de l'obéissance. Obéissance très solennellement jurée par chaque évêque lors de sa consécration, tant en Forme ordinaire qu'en Forme extraordinaire.
En bref, je serai heureux de lire des propositions articulées sur l'obéissance en catholicisme, s'il y en a, qui puissent rendre compte de cette histoire, de la réalité de la vie de l'Eglise, de la complexité des rapports entre baptisés et hiérarchie. Il y a bien des esprits fertiles et ingénieux sur le FC, encore faut-il prendre en compte toutes les données d'un problème avant de formuler les solutions possibles.
Retournant à ma méditation silencieuse et en remerciant par avance les esprits subtils et charitables qui affronteront ce bien redoutable défi.