Théologie à l'estomac
Abbé Guillaume de Tanoüarn -  2007-11-28 21:45:37

Théologie à l'estomac

Je constate, retour de Courtalain, que plusieurs ont souhaité répondre à mon appel de traiter sur le fond la question de la légitimité du rite nouveau. Il me semble que cette question de la légitimité du pape et du rite qu'il a promulgué est un signe auquel on contredit, au point que se révèlent les pensées d'une multitude de coeurs. Surprise garantie ! Je ne traite, pour l'instant ici que de la très longue réponse de Justin Petipeu, placée en Bannière sur le forum. 13 000 signes, la taille d'un article de revue. Pour accoucher de quoi ? Il faut scruter son texte, au-delà des attaques personnelles qu'il comporte, pour le comprendre. La seule chose que l'on comprend tout de suite, c'est que Justin n'est pas d'accord avec moi. Pour toutes sortes de raisons spéculativo-pratiques que je vais débrouiller mais qui valent avant tout par leur volume. C'est ce que l'on pourrait appeler la théologie à l'estomac : plus c'est indigeste, plus c'est vrai. Comme un repas, que l'on jugera bon, s'il vous a causé suffisamment de bulles d'air postprandiales. Sur 13 000 signes, Petitpeu enfonce des portes ouvertes. Nous connaissons tous les textes de Gamber, publiés en leur temps par Le Barroux. Nous avons cité, les uns ou les autres la très courageuse préface du cardinal Ratzinger etc. Le génie (mais oui !) de Petitpeu est d'instrumentaliser les textes du cardinal Ratzinger dans la question de la légitimité du rite nouveau, alors qu'ils n'ont strictement rien à y voir. Autre chose est de dire : les rites immémoriaux, en tant que monuments de la Tradition catholique, sont imprescriptibles et peuvent toujours être visités. Et autre chose : les rites immémoriaux constituent, en matière liturgique la seule source de légitimité et toute réforme doit être un retour à ces rites. Dire que les rites immémoriaux sont une source de légitimité ! Mille fois oui, c'est ce qui protège tous ceux qui utilisent la forme extraordinaire du rite romain. Dire qu'ils sont la seule source, c'est ce que le cardinal Ratzinger n'a jamais dit. Et pourtant c'est ce que dit Mgr Gamber dans un des textes diligemment cités par Petitpeu. Mais pourquoi Mgr Gamber dit-il cela ? D'abord historiquement il se trompe. Philippe Bernard, dans Du chant romain au chant grégorien, a bien montré le rôle prépondérant de Rome dans la formation de la liturgie, imposée ensuite à son empire par Charlemagne. Si Gamber tient ce discours historiquement faux, c'est qu'il ne fait pas mystère, au fur et à mesure qu'il avance dans la vie, de ses convictions sédé-vacantistes. Selon lui, le pape ne pouvant pas intervenir dans le “développement organique” (Ah ! Moelher ! Le romantisme allemand ! Blondel ! Le modernisme ! Lubac ! La “tradition vivante” !) de la Tradition liturgique, s'est disqualifié comme pape en osant entraver l'obscur travail du temps ! Il n'est pas pape ! Au fond d'ailleurs - et voilà en quoi les pensées d'une multitude de coeurs se révèle - c'est vers ce sédévacantisme pratique, discret, que Justin se dirige, avec, en cache-sexe - chapeau l'artiste ! - le cardinal Ratzinger lui-même : c'est insoupçonnable ! Et pourtant c'est . Lisez bien la conclusion réelle de cet interminable papier virtuel ! « La question, dit Petitpeu, n'est pas de savoir si la modification est bonne ou critiquable » (ça, c'est ma perspective, celle du Bref Examen Critique et celle du pape Benoît XVI dans son Motu proprio, mais ce n'est pas la question). La question (nouvelle) que découvre Petitpeu pour les besoins de sa réponse est la suivante : « La question est de savoir si la modification est possible ou impossible ». La question pour Petitpeu est de savoir si le pape a le pouvoir de promulguer une nouvelle forme du rite romain. A cette question, il répond (implicitement) par la négative : « La modification est impossible ; elle sera nécessairement mauvaise et illégitime ». Selon Petitpeu, tel qu'il s'exprime dans cet article, le pape n'a pas le droit de modifier (je reprends le terme qu'il emploie) la liturgie. C'est aussi simple que l'oeuf de Colomb ! Circulez, il n'y a rien à voir. La messe de Paul VI n'est pas catholique. L'Eglise impose une messe non catholique (car “modifiée” indûment par le pape) depuis quarante ans. Quant au pape modificateur... Petit peu s'en faut qu'il le soit resté, après avoir produit de tels dégâts. Alors il reste, heureusement ! après ce scénario apocalyptique, l'autre solution, celle de tous les défenseurs de la messe traditionnelle jusqu'à Gamber, celle de Cristina Campo, de Mgr Lefebvre, du Père Guérard, de Jean Madiran ou de Louis Salleron (liste non exhaustive bien sûr), celle qu'exclut (excusez du peu) Petitpeu : « La question n'est pas de savoir si la modification est bonne ou critiquable ». Eh bien si ! Face à l'apocalypse ecclésial que déclanche la thèse de l'illégitimité ab origine de la nouvelle forme du rite, il reste la thèse modeste, celle qui considère que ce rite, légitime par sa promulgation pontificale, n'est pas forcément tout bon pour autant (comme l'écrit imprudemment Petitpeu). Le Saint Père, lecteur clairvoyant de Gamber dont il répudie manifestement l'excès, ne déclare pas, lui, l'illégitimité du rite nouveau. En revanche, il souhaite, prenant acte de ce que la défense des Monuments immémoriaux de la foi contient de positif, que les deux formes du rite latin se rapprochent : c'est ce qu'il écrit dans le Motu proprio, noir sur blanc. Le cache-sexe n'est pas si efficace que cela. La thèse extrémiste de Petitpeu, refusant a priori au pape le pouvoir de modifier la liturgie, montre avant tout ce que son auteur ne se cache pas d'avoir envie de dire à tout le monde, pape compris : F... moi la paix ! La vie chrétienne n'est pas si simple.