Le réveil des «cathos» (bloc notes, Le Figaro 20/02)
Basam Damdu -  2004-02-26 15:08:23

Le réveil des «cathos» (bloc notes, Le Figaro 20/02)

Le bloc-notes Ivan Rioufol Figaro [20 février 2004] Le réveil des «cathos» Un souhait : que la piété des musulmans réveille la foi des catholiques. Qu'ils retrouvent, dans cette émulation, leur religion méprisée par une société matérialiste, superficielle, agnostique. Aujourd'hui, les églises se vident et les mosquées se construisent. Il y a sept ans, Alain Besançon, membre de l'Institut, observait déjà (1) «qu'il y avait désormais plus de musulmans pratiquants en France que de catholiques pratiquants». Dépositaires de la vieille culture chrétienne, sommes-nous disposés à céder la place ? Un livre vient, cette semaine, secouer les «cathos» : celui que Denis Tillinac (2) consacre à la «défense du catholicisme». Il écrit : «Si l'Europe récuse ou occulte ses fondements chrétiens, elle n'a tout simplement pas de raison d'être (...) L'islam n'a pas de racines en Europe, sauf dans la périphérie balkanique, où il s'imposa par le glaive (...) L'islam en Europe n'aura jamais qu'une position d'invité de la chrétienté, avec tous les honneurs dus à un hôte étranger. S'il en était autrement, l'Europe s'anéantirait.» Ces propos sont ceux d'un «chiraquien impénitent» et ils s'adressent d'abord, même s'il n'est pas cité, au président lui-même. Le chef de l'État avait dernièrement déclaré, en effet, que «les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes» (3) ; il s'oppose à la demande du Pape d'inscrire «l'héritage chrétien» dans la future Constitution européenne. Alors que l'avenir de la civilisation occidentale est posé, la France se comporte comme si elle trahissait, par indifférence ou stratégie géopolitique, son histoire et sa culture. Les Français – prioritairement le premier d'entre eux – sauront-ils redécouvrir et protéger leur héritage religieux ? L'actuelle idéologie égalitariste et universaliste, qui dit «tout se vaut !», pourrait conduire une partie des catholiques à faire le jeu de l'islam. C'est en tout cas ce que souligne Besançon (4) : «A terme, on peut craindre que certains milieux ne s'islamisent sans même s'en rendre compte, et que cette évolution ne prépare un basculement de la société tout entière.» Déjà au VIIe, les chrétiens du Moyen-Orient se seront ainsi étourdiment ralliés à l'islam. La religion catholique mérite d'être redécouverte et défendue, elle qui dit simplement : «Aimez-vous les uns les autres.» Tillinac : «Rien de plus charnel, de plus sensuel que le catholicisme, religion du pain, du vin et de l'image.» Elle aura produit «la voûte byzantine, l'arc roman, l'ogive gothique, le portique renaissant, la torsade baroque». Elle aura inspiré les peintres, les poètes, les écrivains, les musiciens, les sculpteurs. Elle aura été à l'origine de l'humanisme et de la tolérance. Sommes-nous là pour dilapider cet héritage ? Une timide brise se lève ici et là : des croix apparaissent plus visiblement aux cous, des crucifix reviennent dans des foyers. Des traditions, des processions, se revendiquent. Samedi, c'est un village du Nord, Férin, qui s'est mobilisé pour que sonnent à nouveau les cloches. La sortie prochaine du film de Mel Gibson sur La Passion du Christ est attendue avec impatience. La France laïque redécouvrira-t-elle, grâce à l'exemple musulman, la spiritualité qui l'a fait naître ? Ce serait le cadeau de l'islam. Où sont les indignés ? Lundi, dans un quartier populaire de Montpellier, l'église Saint-Paul a été incendiée volontairement et l'autel préalablement profané. Le temple protestant voisin a également été la cible de vandales, ainsi que l'appartement du pasteur. Inutile d'aller plus loin, en s'alarmant d'un catholicisme qui n'aurait plus sa place dans certaines cités. Ces gestes sont, espérons-le, ceux de voyous et de crétins. L'Église leur pardonnera, «car ils ne savent pas ce qu'ils font». Mais, tout de même : qui a protesté contre cet incendie et ces déprédations ? Où sont les communiqués de presse des défenseurs des droits de l'homme, les indignations des antiracistes professionnels, les émois scandalisés des médias, les manifestations contre les discriminations ? Rien ou presque. Au fait, comment devrait-on dire : christianophobie ? Discriminations : dérapages vertueux Les discriminations : elles sont insupportables et le gouvernement a raison de vouloir lutter contre. Lundi, Bernard Stasi, le médiateur de la République, a proposé une instance unique compétente pour «toutes les discriminations, notamment celles fondées sur des critères ethniques, religieux, de sexe, de conviction, de handicap, d'âge, de santé ou d'orientation sexuelle». Très bien. Mais faut-il, parce que les minorités doivent être respectées et protégées et que l'égalité doit s'appliquer partout où elle est possible, en arriver à remettre également en cause des libertés d'expression, orales ou écrites ? Que l'homophobie, comme le racisme et l'antisémitisme, soient désormais considérés comme circonstances aggravantes en cas de meurtre ou de violence ne souffre aucune contestation. Mais qu'il soit envisagé aussi de pénaliser les «propos homophobes et transphobes» (projet du gouvernement qui veut modifier la loi de 1881 sur la liberté d'expression) relève de cette tyrannie du politiquement correct qui tend à interdire des opinions contrariantes pour certains – l'Église devra-t-elle taire demain son opposition au mariage homosexuel ? – et incite à des intolérances vertueuses. En réalité, la lutte contre les discriminations pourrait bien devenir, dans ses exaltations purificatrices et égalitaristes, une pénible entreprise. A quand la pénalisation des propos contre les jeunes, les vieux, les gros, les petits, les Corses, les Bretons ? Pourquoi en effet ceux-là – ou d'autres sur leurs opinions politiques – devraient-ils être «discriminés» par rapport aux protections des homosexuels ? Et quand le médiateur annonce vouloir protéger l'«orientation sexuelle», se rend-il compte qu'il ouvre la voie aux interprétations les plus abusives pouvant légitimer la pédophilie ou l'inceste ? Dans la dernière livraison de la revue Conflits actuels (5), l'essayiste Philippe Muray s'amuse sérieusement de cette nouvelle morale : «On ne voit pas bien comment, dans un monde où la lutte contre toutes les discriminations est une idée fixe en même temps qu'une occupation flatteuse, on ne finira pas par réclamer pour les enfants les mêmes droits juridiques que pour les adultes. Comme on ne pourra pas les leur accorder pour des raisons évidentes, il faudra bien en arriver à aligner le droit des adultes sur ceux des enfants (...).» Leçon d'intelligence... Cette façon très Marie-Chantal qu'ont les intellectuels de gauche de prendre les gens de droite pour des boeufs. On croyait datée cette caricature. Erreur : cette semaine, l'hebdomadaire Les Inrockuptibles lance un «Appel contre la guerre à l'intelligence» menée par le gouvernement Raffarin. La pétition, qui a déjà recueilli près de 20 000 signatures auprès de «professions intellectuelles», dénonce les «attaques massives» lancées par un «nouvel anti-intellectualisme d'État» contre les secteurs du savoir, de la recherche, de la pensée, etc. La discrimination est ici revendiquée comme une nécessité hygiénique : la gauche élitiste ne se mélange pas. Forte de sa bonne conscience, elle se pince le nez devant ceux qui ont fait «un usage simpliste et terrifiant des fameuses leçons du 21 avril». On comprend, à lire le texte, que la véritable intelligence aurait commandé de s'inquiéter prioritairement du sort des psychanalystes, des intermittents du spectacle, des urgentistes, des avocats, des architectes, des professeurs. Il est interdit de se moquer. En fait, se laisse deviner dans ces propos de salons la condescendance que peuvent avoir les prétentieux pour la «France d'en bas», ses inquiétudes, ses ignorances, ses manières. Sans doute cet appel – qui a reçu mercredi le soutien du PS – formule-t-il certaines critiques qui, comme celle sur la «simplification des débats publics», visent juste. Mais le narcissisme qui s'en dégage révèle surtout l'injustifiable sentiment de supériorité de cette gauche donneuse de leçons qui en arrive, sottement, à prendre ses adversaires pour des imbéciles. Aiguilleurs : le scandale absolu La grève des aiguilleurs du ciel. Lancée lundi, elle a obligé des familles entières, qui devaient partir d'Orly, à annuler leurs vacances. Les usagers, qui n'ont évidemment rien à voir avec ce conflit opposant une poignée de contrôleurs aériens au ministère des Transports, ont été pénalisés durant toute la semaine. La raison du conflit ? Le refus d'une douzaine de fonctionnaires d'Orly de se délocaliser «à l'autre bout de l'Ile-de-France», Roissy en l'occurrence, malgré des mesures incitatives de compensation. Il faut savoir que le contrôleur aérien français est le mieux payé d'Europe et qu'il ne doit effectuer que 20 heures de temps de contrôle par semaine. Rarement un conflit social n'aura atteint un tel sommet dans l'indécence, l'injustice et la discrimination – pour reprendre le jingle du moment – face à l'inégalité devant l'emploi. Sans doute aura-t-on du mal, dans quelques années, à comprendre comment une société prétendument solidaire aura pu tolérer des comportements aussi scandaleusement égoïstes. Ne pas victimiser Dieudonné Dieudonné ne se produira pas à l'Olympia ce soir. Son spectacle a été annulé, mercredi, par la direction du music-hall parisien, après une série de menaces de la communauté juive, indignée par la prestation outrageusement antisioniste du «comique», sur France 3 le 1er décembre. J'ai souligné ici (Bloc-Notes du 5 décembre) la scandaleuse indifférence avec laquelle les médias auront reçu ses propos haineux et je comprends d'autant plus l'émotion de la communauté juive. Cependant, c'est faire un bien joli cadeau à Dieudonné que de l'empêcher de s'exprimer devant son public. Le voilà devenu victime. (1) Alain Besançon, Trois Tentations de l'Église, Calmann-Lévy. (2) Denis Tillinac, Le Dieu de nos pères, Bayard. (3) Bloc-Notes du 7 novembre 2003. (4) Valeurs actuelles, 13 février. (5) Centre d'études et de diffusion universitaires, n° 12.