Elle est de l'ordre de la certitude, mais elle n'est que probable. Du coup, si je reprends vos énoncés : - soit l'apparence est du côté de la contradiction - soit l'apparence est du côté de l'autorité s'il n'y a qu'une certitude probable qu'il y a contradiction, vous ne pourrez inférer au plus qu'une certitude probable, et seulement probable qu'il faudrait pencher vers la seconde option. D'un autre côté, vous avez une certitude attestée infaillible que le siège de Pierre restera pur de toute erreur.
Je crains que vous n'ayez pas tout à fait compris... - Par "certitude probable" il faut entendre une certitude morale, qui est en soi probante, même si elle est moins probante que la certitude démonstrative, et non pas une impossible certitude qui n'aurait que des apparences de vérité. - Si la contradiction est établie, il faut "pencher vers la seconde solution" précisément en raison de la certitude de foi que vous nous rappelez : le Siège Apostolique est et restera pur de toute erreur. C'est précisément parce que le Siège Apostolique est pur de toute erreur qu'il n'y a pas d'autre alternative : soit il n'y a qu'apparence de contradiction ; soit il n'y a qu'apparence d'autorité. Tertium non datur. Sur la liberté religieuse, il est hors de doute que QC et DH s'accordent sur les deux points par vous évoqués : - pas de "ibre choix" en matière de religion, "libre choix" au sens de liberté morale ; - l'adhésion de foi ne peut être contrainte. La noeud du problème est ailleurs :« Pour écarter d’éventuelles confusions sur le point de doctrine mis en cause, nous rappelons quelques distinctions. « Le for interne concerne [directement] la conscience, et donc le rapport de chaque personne à Dieu ; le for externe concerne les actes qui se manifestent à l’extérieur, et sont donc observables par autrui. Le for externe concerne donc le rapport des hommes entre eux ; il peut être « privé » ou « public ». « D’autre part, autre chose est de forcer quelqu’un à agir, autre chose est de l’empêcher d’agir. « L’opposition entre Vatican II et la doctrine antérieure porte très précisément sur la liberté au for externe et public. « Il s’agit donc d’une liberté civile, par rapport aux pouvoirs humains. Vatican II affirme, avec la doctrine traditionnelle, que, au for interne, l’homme a le devoir d’adhérer à la vraie religion : ce n’est donc pas cela qui est en question. « D’autre part, la doctrine traditionnelle affirme nettement la liberté de l’acte de foi. Et, en conséquence, elle reconnaît qu’on ne doit pas forcer quelqu’un à adhérer à la vraie religion. On ne doit pas forcer : sur ce point aussi, il y a accord entre Vatican II et la doctrine traditionnelle. Sous réserve du cas particulier des hérétiques, qui ont eu la foi, puis la rejettent [c’est le fameux « contrains-les à entrer » qui s’applique alors dans ce cas]. « Ce qui est en question, c’est de savoir si l’Etat a le droit d’empêcher les actes externes et publics qui ne sont pas conformes à la vraie religion. Comme on l’a vu, la doctrine traditionnelle répond OUI, la doctrine de Vatican II répond NON. » Une Démarche catholique, Dossiers de Catholicité n°1, pp. 44-45.
Ajoutons également ceci :« Voici d’abord, schématiquement, l’objection. « La doctrine traditionnelle nie la liberté religieuse au for externe et public ; mais elle reconnaît que dans certains cas, qui peuvent même se généraliser, l’Etat peut, et même doit, tolérer (cette liberté). « D’autre part, Vatican II affirme bien que la liberté religieuse au for externe et public est un droit, mais le concile reconnaît qu’il existe de justes limites à l’exercice de ce droit. « Donc, conclut l’objection, en pratique, les deux doctrines enseignent la même chose. « Il n’y a pourtant là qu’une échappatoire. « Il suffit, pour le montrer à l’évidence, de rappeler la distinction classique entre le « par soi » et le « par accident ». « Cette distinction n’est pas une subtilité de grammairien. Elle tient à la nature même de l’être : l’être est déterminé. « Le « par soi » exprime donc ce qui convient à un être par essence, selon ce qu’il est par lui-même, par « nature ». Le « par accident » exprime ce qui convient à un être d’une manière contingente, du fait de son rapport à d’autres êtres, rapport non lié nécessairement à son essence. « Ceci rappelé, on voit que l’opposition entre les deux doctrines qui nous occupent demeure inéluctable : « - Doctrine traditionnelle : . par soi, la liberté religieuse n’est pas un droit ; voilà la nature des choses, la loi naturelle et divine ; . par accident, selon que dans telles circonstances historiques l’application immédiate de cette loi entraînerait des maux plus graves, il faut tolérer. « - Doctrine conciliaire : . par soi, la liberté religieuse est un droit ; telle est la nature des choses, la loi naturelle et divine ; . par accident, selon que l’exercice de ce droit pourrait s’opposer à l’ordre public juste, l’exercice de ce droit peut être limité. « Ainsi, la mention des « justes limites » n’empêche nullement qu’il y ait opposition entre les deux doctrines ; opposition qui porte précisément sur le contenu de la loi naturelle et divine en la matière. » Id. pp. 46-47.