Vous plaisantez ?
BK -  2007-08-05 05:11:41

Vous plaisantez ?

- Votre remarque sur la phrase de Léon XIII ("c'est une clause de style), ne résiste pas à une lecture de ce qui saute aux yeux comme étant un raisonnement :

Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l'ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s'ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu Lui-même serait l'auteur de l'erreur des hommes.

Léon XIII prétend démontrer que "chacun doit croire avec certitude [ce que la parole du magistère éclarer comme vérité faisant partie de l'ensemble de la doctrine divinement révélé]. Vous dites que c'est une clause de style, parce que c'est un raisonnement qui se fait sur des bases exactement inverses des vôtres (il fait précéder l'intelligence éclairée par la foi par la foi elle-même). Mais c'est juste dire que vous ne voulez pas tenir compte de ces phrases du magistère, et que vous opérez un tri (avec vos critères propres : entre ce qui est à tenir et ce qui est "clause de style"). Léon XIII écrit : Si ce que le magistère présente comme vérité faisant partie de l'ensemble de la doctrine divinement révélée pouvait être faux... Les uns diront qu'il ne s'agirait pas d'une vérité faisant partie de l'ensemble de la doctrine divinement révélée (que le magistère n'avait pas à dire ça). Les autres diront qu'alors ce n'est pas le magistère. Léon XIII continue : alors Dieu Lui-même serait l'auteur de l'erreur des hommes. Et il conclut : or ceci n'est pas possible. C'est donc qu'on peut croire avec certitude la parole du magistère Le pape en raisonnant de la sorte, entend bel et bien confirmer les fidèles dans la foi... En gros, vous devez comprendre Vatican I comme ça : le Siège Apostolique est pur de toute erreur, non parce qu'il ne se trompe jamais, mais parce qu'il cesse d'être Siège Apostolique quand il se trompe. J'aimerais bien savoir, alors, sur quoi repose la foi. - Vous n'avez pas répondu à ma question, "que diriez-vous pour, par exemple, une intelligence imparfaite, qui a du mal à saisir comment deux enseignements du magitère sont réellement compatibles ?" Ou alors, cette unique chose, que le sensus fidei du croyant serait suffisant pour déterminer si l'apparence est du côté de la contradiction, ou du côté du magistère. Vous avez alors un sacré sensus fidei, mon garçon. Un sensus fidei qui est capable tout seul de dire s'il se trompe ou si c'est le pape qui n'est pas pape. Champion. D'autant plus que la possibilité pour un pape légitime d'errer n'est ouverte par le magistère. En outre, dans les questions que je vous avais posées, je n'avais peut-être pas insisté sur le fait qu'il s'agit de foi, mais l'application que vous faites de votre modèle d'intelligence élevée par la foi - qui resterait naturelle - oublie totalement que cette intelligence reste discursive, faillible, limitée, et pécheresse. Vous raisonnez comme si l'éclairage de la foi faisait accéder l'intelligence à une vue directe et immédiate de ce qui est et de ce qui n'est pas - c'est un modèle d'intelligence angélique, non pas humaine.

Si le donné B paraît faux à l’intelligence humaine sous la lumière de la foi, en tant que ce donné paraît contraire au Donné Révélé, puisque ce donné paraît contraire aux attestations antécédentes du magistère… - Alors, ce donné B ne peut être dit avant, après ou dans le même mouvement, proposition attestée par l’autorité suprême divinement assistée… - Tant que l’ « hypothèque » sur le donné B n’aura pas été levée (avant, pendant ou après : là n’est pas la question). Il est métaphysiquement impossible de « faire passer avant » la levée de ladite « hypothèque » le principe de l’assistance dont jouit le Docteur attestant.

Vous précisez : ce qui permet de lever l'hypothèque (parce que vous ne vous contentez pas de dire que le donné paraît contraire aux attestations antécédentes du magistère, vous dites qu'il l'est), c'est le sensus fidei du fidèle. Votre instinct de foi est tout à fait remarquable. Vous êtes autosuffisant : votre sensus fidei vous permet de juger de tout. Il est suffisamment fort pour faire la différence entre un magistère supposé et une insuffisance (métaphysiquement impossible, sans doute, à vos yeux) de votre propre intelligence. Je vous repose ma question : comment le croyant lambda, qui n'arriverait pas, à cause des limites de son intelligence, à concilier les enseignements de deux papes pourra-t-il procéder ? Si les deux papes sont morts, son sensus fidei lui dira qu'il a tort, et si un des deux papes est vivant, son sensus fidei lui dira qu'il a raison ? Vous avez une façon très enfantine de voir les choses.

Un magistère qui apparemment contredit FRONTALEMENT des attestations authentiques antécédentes des papes et des conciles, un magistère au sujet duquel on peut donc dire en toute certitude qu'il cultive au moins l'ambiguïté par rapport aux attestations antécédentes, un tel magistère ne peut être que PSEUDO.

Ah bon (le fait de cultiver l'ambiguïté serait maintenant seul suffisante : en d'autres termes, vous vous faites juge des intentions du magistère - au besoin, contre leurs déclarations explicites qu'ils souhaitent exposer clairement la doctrine traditionnelle et constante de l'Eglise (mais c'est sûr, ça reste moins fort que d'avoir un sensus fidei capable de lever l'hypothèque faite par la raison en récusant l'existence du magistère)), d'autres diraient : Toute proposition du magistère qui contient en elle un sens douteux doit être comprise selon le sens qui conduit à une affirmation vraie. (voir à ce sujet Sixte IV, Romani Pontificis Provida) Ca pourrait passer pour un principe d'herméneutique catholique. Une espèce de préjugé favorable à l'égard du magistère, en quelque sorte. Mais non, pour vous, ceci est, comment diriez-vous ? "métaphysiquement impossible".