Loin, très loin du Syllabus...
N.M. -  2007-08-02 12:06:15

Loin, très loin du Syllabus...

Dans la pensée du théologien Josef Ratzinger, y a-t-il "Anti-Syllabus" ou bien "Contre-Syllabus" à la sauce BK (exégète autorisé de la pensée ratzingerienne) ? Quelques éléments de réponse :

"Il nous faudrait nous souvenir, en plus des faits du Moyen Age et de l'Antiquité, aussi de ceux plus proches de nous, de ceux que l'on peut percevoir immédiatement comme une déformation : en particulier, la réaction chrétienne exprimée au XIXè et au début du XXè siècle, dans le Syllabus de Pie IX et durant le pontificat de Pie X. Harnack a dit, exagérant certes, mais non sans raison, que de cette façon l'Église a condamné la culture et la science modernes, leur fermant la porte ; et ici nous pouvons ajouter : l'Église s'est également enlevé la possibilité de vivre la vocation chrétienne comme actuelle, car trop intéressée et attachée au passé" (cf. pp. 296-297). "Qui pourrait mettre en doute qu'aujourd'hui aussi existe dans l'Église le danger de pharisaïsme et de qumranisme ? L'Église en effet n'a-t-elle pas cherché à se construire son petit monde à elle, perdant définitivement la possibilité d'être "sel de la terre et lumière du monde", dans son mouvement d'évasion du monde qui s'est accentué depuis Pie IX ? L'isolement de son petit monde - une clôture qui a assez duré [...] "Il est clair que ce n'est pas la forme idéale pour rénover l'Église. Déjà avec le zélé Paul IV la tentative a fait naufrage, car il a voulu suspendre le Concile de Trente, pour renouveler l'Église avec le fanatisme du zélote" (cf. pp. 298-299). J. Ratzinger, Il nuovo popolo di Dio, éditions Queriniana, Brescia, 1971.


"Ces derniers cent cinquante ans, peu de choses ont infligé à l'Église un aussi grand dommage que la persistance à outrance dans des positions propres à une Église d'État et dépassées par le courant de l'histoire. "La tentative de défendre la foi, - menacée par la science moderne - avec des moyens propres à une protection d'État, produisit le résultat contraire, vidant cette même foi de son contenu intrinsèque et, en même temps, empêchant sous plusieurs aspects sa nécessaire régénération spirituelle. "Cette tentative a donné lieu à une conception de l'Église ennemie de la liberté, craignant la science et le progrès, produit de la liberté de l'esprit humain, donnant ainsi naissance à une des racines les plus profondes de l'anticléricalisme. Il n'est pas nécessaire que ce mal remonte très loin dans le temps. "Depuis Constantin - avec son apogée au Moyen Age - et dans l'Espagne absolutiste du début de l'Ère moderne, le fait que l'Église ait eu recours à l'État, constitue pour elle, - dans le monde d'aujourd'hui - une des plus lourdes hypothèques ; c'est un fait auquel personne, capable de penser historiquement, ne peut se soustraire» (cf. pp. 25-26)." J. Ratzinger, Resultado y prospectivas en la Iglesia conciliar, Buenos Aires, 1965.

Rappelons au passage ceci :

"Ce n'est pas moi qui ai changé, ce sont eux [les progressistes de Concilium]. [...] J'ai toujours voulu rester fidèle à Vatican II, cet aujourd'hui de l'Église, sans nostalgie pour un hier irrémédiablement passé, sans impatience pour un demain qui ne nous appartient pas." Cardinal Joseph Ratzinger, Entretien sur la foi, ch. I, p. 17 : "Théologien et pasteur" éditions Fayard, Paris 1985.

Un théologien (et pasteur), de son propre aveu semper idem !