raisons "doctrinales", terme ambigu
Luc Perrin -  2007-06-01 15:58:17

raisons "doctrinales", terme ambigu

Il y a de nombreuses raisons, sont-elles "doctrinales" en tant que telles, je ne pense pas. Les faiblesses constatées depuis 1969-1970 du NOM (missel de Jean-Paul II de même que les 2 éditions typiques précédentes) affectent en revanche la mystagogie et donc la compréhension de la doctrine par les fidèles et hélas aussi par les prêtres qui célèbrent. Les faiblesses du NOM ne sont donc pas, à mon sens, de soi "doctrinales" mais nuisent sur le long terme à la lex credendi vécue par le peuple chrétien. Ce qui fait que le débat est si âpre et qu'il va au-delà d'un choix personnel, affaire de goût individuel. Le mot "sensibilité" est de ce fait inadéquat, sauf pour ceux/celles qui à la façon de J. Sévillia refusent a priori de se poser aucune question. Le cardinal Ratzinger avait porté une série de critiques de ce qu'un de ses créateurs a appelé "l'avorton que nous produisîmes". Eh oui, ce monument de "piété" à travers lequel, faute de mieux, des centaines de millions de catholiques doivent se sanctifier a, toujours de l'aveu de ce même co-auteur du NOM, d' "invraisemblables faiblesses". Quelles sont ces "invraisemblables faiblesses" de "l'avorton" ? - la 1ère, capitale à mes yeux, est la dénaturation et même la décomposition de la notion de rubrique : le NOM conserve la "rubrique" mais comme une coquille vide. Les options sont tellement nombreuses pour presque tout, les adaptations locales presqu'infinies - sans parler ici des trop fameux abus -, qu'il est presqu'impossible à moins d'être le cardinal-préfet de la Congrégation du Culte divin ou ses plus savants experts de savoir quelle variante du missel est vraiment célébrée dans une paroisse donnée à un instant donné. Le chaos liturgique est donc consubstantiel au NOM tel qu'il est aujourd'hui. Comment effectuer une "mystagogie" si les mystères sont brouillés, changent au gré des humeurs et des lieux en des proportions importantes ? Les rubriques, apport essentiel de s. Pie V, encadraient la diversité rituelle qui est en partie légitime : il n'est pas question d'uniformité évidemment. L'introduction d'une multiplicité de Prières eucharistiques est pour le rit romain un abus manifeste qui s'écarte de la règle posée par Vatican II d'une révision conforme au "développement organique" du rit romain. Leur introduction en 1968 rompt frontalement avec ce développement organique. - "Le pire fut un invraisemblable offertoire" (même co-auteur) : ce point a été soulevé très fréquemment. - la suppression des prières au bas de l'autel a des répercussions mystagogiques très négatives aussi : la désacralisation de la Messe en est accentuée, la révérence de l'assemblée diminuée, l'humilité du prêtre gommée. - Pourquoi avoir touché, non par ajout comme Jean XXIII "développement organique", au Canon romain (Prex I) ? - le nouveau calendrier aurait été (dixit le co-auteur) "l'oeuvre d'un trio de maniaques" : c'est assez aisé à constater. On a chamboulé pour le plaisir. D'autres points sont compatibles avec le NOM - version latine imprimée - mais pas avec le NOM version réelle dans les paroisses : - la célébration face au peuple, très déficiente, dont la 3è édition de 2000-2002 fait la règle (ad orientem restait la règle dans les 2 éditions de Paul VI), sans exclure la seule célébration convenable : ad orientem. Le cardinal Ratzinger et d'autres se sont assez exprimés là dessus, lisez-les. - l'usage du latin et du chant grégorien, pas forcément en exclusive: c'était le voeu du Concile. Un petit peu de vernaculaire dans la première partie de la Messe. Le tout vernaculaire est désastreux : lisez les textes romains et les refus de "recognitio" à cause des traductions-trahisons, cf Liturgiam authenticam (2001). - l'attitude participative des fidèles passe d'abord par la prière avec le prêtre, des gestes dignes qui marquent le respect pour le Sauveur réellement présent dans les espèces consacrées : c'est possible avec le NOM mais toute la catéchèse est à faire ! Avec le VOM, cela va de soi : tout concourt à mettre le fidèle en état de grâce et à recevoir le Saint-Sacrement avec piété et gratitude. - communion à genoux et sur la langue bien sûr cf ci-dessus : c'est ce que préconise Paul VI au demeurant dans l'Instruction de 1969. J'en oublie peut-être mais rien qu'avec cela, il y a du travail. A lire : L'esprit de la liturgie par Joseph Ratzinger.