nous sommes spirituellement des sémites...
Dominique Degoul - 2004-01-21 19:58:33
nous sommes spirituellement des sémites...
... aurait dit Pie XI.
Voici quelques éléments qui me paraissent devoir éclairer le débat :
1. Jésus était lui même de religion juive
2. après sa résurrection, dans les premiers temps, les chrétiens allaient à la synagogue et prier au Temple(on en trouve des exemples dansles Actes) : ils étaient encore des juifs, qui pratiquaient leur religion, mais qui,à la différence d'autres juifs, reconnaissaient en Jésus le messie.
3. La séparation entre juifs et chrétiens est venue à la fois des juifs non chrétiens et des païens chrétiens. Les juifs non chrétiens ont (probablement vers 70 ?) exclu définitivement les chrétiens de la synagogue. Quant aux païens devenus chrétiens, la question s'est immédiatement posée : faut il qu'ils se fassent juifs avant de devenir chrétiens ? La réponse qui s'est assez vite imposée a été "non" (avec des tensions néanmoins dont le "Concile de Jérusalem", rapporté dans les Actes, est le témoin). Cependant, le regard théologique porté sur la Loi est très différencié au sein même du NT. Les deux extrêmes sont en gros St Paul et l'évangile de St Mathieu.
Pour Mathieu, Jésus est venu "non abolir la loi, mais l'accomplir"; et "celui qui en retirera même un iota sera le plus petit dans le royaume". L'accomplissement de la loi, c'est l'accomplissement concret de la promesse du "Royaume de Dieu" : en effet, si chaque homme respectait parfaitement la loi juive, non seulement dans ses aspects cultuels mais surtout dans ses spects de justice, le monde serait sans doute meilleur qu'il n'est.
Pour Paul, la loi s'est montrée impuissante : elle a révélé le péché de l'homme en lui montrant qu'il est incapable de respecter la volonté de Dieu inscrite dans la loi (qui est sainte, cf la lettre aux Romains) : la loi dit ce qu'il faut faire, mais elle ne donne pas à l'homme le moyen de le faire. En ce sens, elle plonge dans le malheur, et est "malédiction", car elle entraine à la condamnation.
Dans les propos ci-dessus, on peut dire que Olo est plutôt mathéen, et Justin, à la suite de Pie XII, plutôt paulinien.
A noter que les deux positions ne sont pas contradictoires : la loi juive est effectivement irréalisable par des pécheurs - et de ce fait signe de condamnation; cette condamnation a été abolie la croix; oa loi est en même temps promesse du royaume, promesse accomplie (et non pas abolie) dans dans le Christ.
A noter enfin (et ici je nuancerais sérieusement la position de Justin) que, si les exigences de la loi sont caduques pour les chrétiens, en revanche, les Ecritures comprennent bien à part égale les deux testaments : Irénée, quand il parle "des Ecritures", parle d'ailleurs de l'AT. Marcion, qui ne voulait garder que le NT, fut condamné... et les moines prient avec les psaumes.
Les Ecritures juives, que nous lisons dans notre perspective chrétienne, sont donc pour nous toujours une source de la Révélation, source première dans l'histoire, et certainement pas secondaire dans la théologie, quoi que prenant tout son sens seulement dans une lecture chrétienne.
Sommes nous des judéo-chrétiens ? non : les "judéo-chrétiens" étaient effectivement les chrétiens d'origine juive des premiers siècles qui continuaient à pratiquer la loi. Le terme "judéo chrétien" a été ressorti au début du siècle par des penseurs athées hostiles à toute idée de révélation de Dieu (et c'est de là que viennent les discours désobligeants autant pour les juifs que pour les chrétiens sur la morale judéo chrétienne et tout les complexes dont elle aurait affligé notre monde)
Mais nous sommes bien d'ascendance juive : nos écritures, notre manière de prier viennent d'eux en grande partie. Et, si nous n'avons plus, aujourd'hui, la même foi, nous avons certainement le même Dieu, YHWH, révélé Père par Jésus Christ, dans l'Esprit, à celui qui veut bien le reconnaître.