Honorius, monothélisme et Concile de Constantinople
N.M. -  2006-12-13 00:16:19

Honorius, monothélisme et Concile de Constantinople

Du monophysisme au monothélisme Nous sommes dans les années 620-630…

« En dépit des condamnations portées contre lui [Concile de Chalcédoine, 451], le monophysisme refuse de se soumettre aux décisions conciliaires approuvées par l’Évêque de Rome [en l’espèce, saint Léon le Grand]. En se séparant du centre de la chrétienté, il devient bientôt un péril grave pour l’empire, car les sectes nombreuses, en lesquelles il se divise en se répandant, s’opposent aussi par leurs tendances politique [alliance avec les Perses contre l’empire]. « Sergius, patriarche de Constantinople, tente, aidé par Cyrus d’Alexandrie, de sauver la situation et de rétablir l’unité doctrinale et politique par une nouvelle profession de foi. D’après lui, le Christ n’a qu’une seule énergie, qu’une seule volonté. Sa volonté humaine ne jouit d’aucune spontanéité : elle ne peut agir que sur l’ordre et l’impulsion de la volonté divine. N’acceptant que celle-ci, le monothélisme nie, par le fait même, l’existence de deux natures. L’hérésie est manifeste. « Troublé par les accusations de Sophronius, moine de Palestine, aussi savant que vertueux, Sergius joue d’habileté. Il s’efforce de gagner le pape Honorius à sa cause en lui montrant qu’il est nécessaire pour maintenir la paix de ne parler ni d’une énergie ni de deux. Car la première expression suscite chez certains le soupçon que ceux qui l’emploient nient la dualité de nature, tandis que d’autres sont scandalisés par l’expression « deux énergies », qui n’est pas employée par les Pères et fait admettre dans le Christ deux volontés opposées. » Abbé Nicolas Iung, « De la paix constantinienne à Charlemagne », in Tu es Petrus, Bloud et Gay, 1934 (pp. 344-345).

Réponses d’Honorius (625-638) Réponses d’Honorius à Sergius…

« [La première lettre] d’une rédaction confuse, peut se résumer dans les trois idées suivantes : « 1° On doit éviter de dire une ou deux opérations : ce sont là des questions nouvelles de mots qui scandalisent les simples. Si nous disons deux opérations, on nous croira eutychiens. Nous savons par l’Écriture que Jésus-Christ est l’unique opérateur de la divinité et de l’humanité ; qu’il a opéré d’une multitude de façons ; mais ni les évangiles ni les apôtres ni les conciles n’ont parlé d’une ou de deux opérations : et décider s’il est à propos en effet de dire une ou deux opérations n’est pas notre affaire […] « 2° Il faut s’en tenir à ceci : Jésus-Christ, personne unique, a accompli à la fois les œuvres divines et les œuvres humaines avec le concours des deux natrures […] « 3° Quant à l’unité de volonté, on doit la reconnaître ; car le Verbe a sans doute pris notre nature, mais non notre nature viciée […] Il n’y a donc pas en Jésus-Christ de volonté de sens différent, ni contraire à la loi de l’esprit ; et s’il est dit : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais celle du Père qui m’a envoyé [Jn. VI, 38] et : Non pas ce que je veux, mais ce que vous voulez, mon Père [Mc. XIV, 36], cela ne dénote pas une volonté différente (de celle du Père) […] » J ; Tixeront, Histoire des dogmes, t. III, pp. 168-169.


« Quand il eut reçu la lettre synodale de Sophrone, il [Honorius] écrivit à Sergius une seconde lettre, dont les fragments qui en restent reproduisent à peu près les idées de la première […] Toutefois, influencé sans doute par la lettre de Sophrone, dans le second fragment de cette lettre, Honorius reproduit la formule de saint Léon, qui dit la vraie doctrine : chaque nature, unie à l’autre et en communion avec elle, opère et est opérante, la divine accomplissant ce qui est de Dieu, l’humaine accomplissant ce qui est de la chair, sans division, sans confusion, ni conversion. Et il insiste encore : au lieu d’une ou de deux opérations, il vaut mieux parler d’un seul opérateur et de deux natures opérantes. » Jacques Tescelin, « Une comparaison vicieuse », in Didasco n°46 (mars-avril 1988), p. 19 [amical salut à Vianney !]

Honorius a-t-il versé dans l’hérésie ? A propos des deux lettres d’Honorius à Sergius :

« Des théologiens très habiles et très sévères en fait de doctrine en ont pesé tous les termes et les ont proclamé d’une parfaite orthodoxie. Sans doute, Honorius évite de se prononcer sur les deux volontés ; son exposition est embarrassée ; mais il commence par revendiquer hautement dans le Christ l’existante de deux natures entières, distinctes, opérantes. Chacune de ces natures opère ce qui lui est propre […] Quand il affirme une seule volonté, c’est de la nature humaine qu’il entend parler ; il veut dire qu’il n’y a pas, dans la nature humaine du Christ comme dans l’homme, une volonté de péché en contradiction avec la volonté du bien. Sergius, en effet, avait exposé la question d’une façon si insidieuse qu’on pouvait prendre le change sur sa pensée et croire qu’il défendait lui-même cette thèse. Honorius, au fond, voulait qu’on s’en tînt purement et simplement au concile de Chalcédoine. » Dom Cabrol, « Honorius », in Dictionnaire Apologétique de la Foi Catholique, t. II, col. 517.

Honorius a-t-il versé dans l’hérésie de Sergius ? La réponse est non. Toutefois…

« Il aurait dû comprendre qu’il était de son devoir d’éclairer le monde chrétien, au lieu de se récuser et de donner le champ libre à l’erreur. » Dom Cabrol, « Honorius ».

Honorius a-t-il été condamné pour hérésie par le Concile de Constantinople (680) ? Principe :

« Un concile, fût-il universel, n’est pas infaillible dans toutes ses paroles, et tout le monde admet que celles de ses décisions qui ne sont pas confirmées par le pape ne sont pas revêtues du privilège de l’infaillibilité. Ainsi le II° concile œcuménique […] et le IV° […] ne sont pas infaillibles dans les décrets que saint Damien et saint Léon ne confirmèrent pas. » Dom Cabrol, « Honorius ».

Voici la sentence originale, relative (notamment) à Honorius, et qui ne fut pas confirmée par le Pape saint Léon II :

« Quant aux hommes dont nous rejetons les dogmes impies, nous avons jugé que leurs noms également devaient être bannis de la sainte Église de Dieu, c’est à savoir les noms de Sergius, Cyrus d’Alexandrie, Pyrrhus, Paul et Pierre qui ont succédé à Sergius sur le siège de Constantinople, ensuite de Théodore de Pharan, tous gens visés dans la lettre du pape Agathon et rejetés par lui comme ayant pensé contrairement à l’orthodoxie. Avec eux nous sommes d’avis de bannir de la sainte Église de Dieu et d’anathématiser également Honorius, jadis pape de l’ancienne Rome, car nous avons trouvé dans les lettres envoyées par lui à Sergius qu’il a suivi en tout l’opinion de celui-ci et qu’il a sanctionné ses enseignements impies. » Mansi, X, col. 556.

Voici la sentence définitive, corrigée et approuvée par le Pape Léon II :

« Nous anathématisons les inventeurs de la nouvelle hérésie, c’est-à-dire [suit la liste des patriarches], et aussi Honorius, qui n’a point fait d’effort pour faire resplendir cette Église apostolique par l’enseignement de la tradition apostolique, mais a permis par une trahison exécrable que cette Église sans tache fût souillée. » Mansi, X, col. 733.

La sentence qui a valeur pour l’Église universelle, c’est la deuxième sentence, celle qui a été promulguée par le Pape Léon II (sans le Pape, les Pères du Concile ne sont pas le Magistère suprême de destination universelle). Il faut par conséquent tenir, non pas qu’Honorius fût hérétique (il n’en fut rien), mais que ce même Honorius manqua à combattre l’hérésie. Paul VI et Honorius Paul VI ne s’est (hélas) pas contenté de laisser courir Hans Küng, Cardonnel ou bien Schillebeeckx… Il a promulgué avec les Pères du Concile Vatican II : - Une Déclaration sur la liberté religieuse, promouvant comme fondée sur la Révélation un droit à la liberté religieuse condamné par Grégoire XVI et Pie IX ; - Un Décret sur l’œcuménisme attestant que les communautés religieuses chrétiennes acatholiques sont des « moyens de salut » ; - Une Constitution sur l’Église définissant l’Église du Christ comme « subsistant dans l’Église catholique », ce qui éclaire d’une sinistre clarté la proposition immédiatement précédente... Le même Paul VI a promulgué et impéré un Ordo missæ faisant l’impasse sur un certain nombre de vérités – déjà définies (contrairement au cas Honorius, les définitions n’advenant qu’au VI° Concile) – ce qui a valeur de mise sous le boisseau de la doctrine du Concile de Trente, histoire de ne pas contrister les nouveaux « moyens de salut »… Non, vraiment, au regard de Paul VI, Honorius est un petit enfant…