"Ce qui peut paraître une volte-face n'a pourtant rien qui doive surprendre. Une fois qu'un schéma était promulgué par le pape, il n'était plus un schéma mais un acte magistériel, changeant ainsi de nature. Mgr Lefebvre a lui-même souligné le poids de l'approbation pontificale dans sa conférence du 15 septembre 1976, où il avouait avoir signé beaucoup de textes du concile "sous la pression morale du Saint-Père" parce que, disait-il, "je ne puis me séparer du Saint-Père : et si le Saint-Père signe, moralement je suis obligé de signer".
"Fondamentalement, écrit Wiltgen, c'était là l'attitude de tous les Pères conciliaires (...). Bien que chacun fût persuadé que la position qu'il adoptait était la position correcte, (...) ces hommes formés au droit ecclésiastique" estimaient devoir "faire leur le jugement qui avait prévalu en leur tête". Il n'y avait ni déshonneur ni inconstance en cette soumission.
"Si, par la suite, Mgr Lefebvre affirma à plusieurs reprises n'avoir pas signé la liberté religieuse, tout comme Gaudium et spes, c'est poussé par la logique de son opposition antérieure et postérieure à la promulgation de la liberté religieuse et abusé par sa mémoire ou par une erreur. Il semble avoir confondu les votes finaux négatifs concernant Gaudium et spes et Dignitatis Humanae avec un refus de signature. Cette confusion appert des dénégations que le prélat apporta en 1976 et en 1990.
"Cela voudrait dire, d'une part, qu'il accorda son placet final à tous les schémas conciliaires sauf à ces deux-là, d'autre part, qu'ayant signé tous les documents du concile (comme en font foi les Acta synodalia), il n'accorda pas à ses signatures le sens d'une promulgation avec le pape. Quoiqu'il en soit, la comparaison du nombre des votants sur la liberté religieuse (2386) et celui des Pères présents qui ont signé la promulgation (2364) fait apparaître qu'au moins vingt-deux Pères, qui votèrent pour ou contre, ne signèrent pas les documents. Mgr Lefebvre ne fut pas l'un d'eux".
"S'il s'avérait néanmoins que des données nous eussent échappé ou qu'une autre interprétation des faits fût plus plausible, nous serions tout prêt à les accepter. Mais que l'archevêque ait signé Dignitatis humanae, cela n'enlève rien, à notre avis, à la valeur de son combat contre la liberté religieuse".