Un seul rite pour la paix des âmes
A.B. - 2006-11-10 17:54:54
Un seul rite pour la paix des âmes
C’est ainsi qu’après le Motu Proprio de 1984, Mgr Lefebvre a nettement déconseillé, aux fidèles qui lui posaient la question, de se rendre à ces messes de Saint Pie V désormais célébrées en certains nouveaux lieux. Il s’est expliqué de cette prise de position délicate en soulignant son regret de voir des prêtres, qui jusque-là avaient célébré cette messe librement, se sentir désormais obligés de la dire en vertu d’un texte inacceptable.
La Lettre Quattuor Abhinc du 3 X 1984 indique en effet «… qu’il soit bien clair que ces prêtres et ces fidèles (désirant bénéficier de cet Indult) n’ont rien à voir avec ceux qui mettent en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du Missel Romain promulgué par le Pape Paul VI en 1970 et que leur position soit sans aucune ambiguïté et publiquement reconnue ».
Nous n’épiloguerons pas sur la violence et le mépris de l’expression « rien à voir » avec nous… Dans l’ambiance œcuménique, une telle sévérité, qui s’en prend non pas seulement aux idées que peut soutenir un groupe de personnes mais aux personnes elles-mêmes, nous laisse interloqués. Faut-il donc que les fidèles de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X soient pestiférés pour qu’un tel cordon sanitaire soit tendu autour d’eux !
Or, c’est pourtant toujours bien ce texte qui demeure encore la référence des évêques pour autoriser la célébration de la messe de Saint Pie V dans leurs diocèses. A lui également que se rapporte le Motu Proprio Ecclesia Dei adflicta du 1er VII 1988 pour instituer la Commission de ce nom dont les membres les plus récents sont les prêtres de l’Institut du Bon Pasteur, comme nous le confirme le n° 2367 du 5 XI 2006 de la Documentation Catholique à la page 970 qui en donne le décret de création signé par le cardinal Castrillon Hoyos et Mgr Perl.
A chacun de ces prêtres que nous avons connus à nos côtés dans le même combat, nous aurions envie, non pas de reprendre le mot prêté à Henri IV s’adressant à Louis de Crillon : « Pends-toi, brave Crillon ; nous avons combattu à Arques, et tu n’y étais pas » mais de le pasticher à peine pour lui dire : « Reprends-toi, ou plus exactement repens-toi, brave confrère, pour que nous ne continuions pas sans toi un combat commencé avec toi ».
Plus que quiconque, Mgr Lefebvre savait bien, avant tout, que la messe est la messe. Mais il connaissait également les dangers de glissement ou même de corruption doctrinale, ou tout simplement certains silences meurtriers provenant de la prédication de prêtres déformés ou muselés . Voici ce qu’il écrivait dans une lettre du 18 III 1989 :
« Il en est de même pour « ces messes traditionnelles ! » organisées par les conciliaires. Elles sont célébrées entre deux messes conciliaires. Le prêtre célébrant dit aussi bien la nouvelle que l’ancienne. Comment et par qui est distribuée la sainte communion ? Quelle sera la prédication ? etc. »
Lors de l’Indult de 1988, la même question s’est reposée à l’égard des nouvelles communautés bénéficiaires et la même réponse a été donnée. Un motif supplémentaire d’abstention intervenait même : la possibilité élargie de célébrer selon le rite de Saint Pie V était obtenue au vilain prix de la fulmination des excommunications contre Mgr Lefebvre et les évêques par lui sacrés. Il était ainsi clairement établi que Rome faisait payer sa générosité nouvelle de la condamnation de celui sans qui cette autorisation n’aurait jamais été donnée et sans qui aucune messe de Saint Pie V n’aurait peut-être plus été célébrée sur cette terre. Le cynisme de Caïphe n’a rien perdu, à travers l’histoire, de son actualité : « Il est expédient qu’un seul homme meure pour le peuple » (Jn XI, 50).
Ceux qui nous connaissent savent que nous formulons ce rappel sans la moindre amertume mais par seul souci de la préservation de la vraie Doctrine et en raison d’une élémentaire piété filiale et reconnaissante vis-à-vis de Mgr Lefebvre et de nos évêques à laquelle nous voudrions que tous adhèrent. Nous sommes persuadés que bien des membres de ces instituts ne croient pas en la valeur de ces sanctions. Certains l’ont dit en privé, voire en public. Nous les remercions de ce courage et de cette justice,convaincus qu’ils oeuvrent au sein de leurs communautés contre une ritournelle d’injures qui, paradoxalement, visent d’abord celui sans lesquelles la plupart d’entre elles n’existeraient même pas.
Extrait de: Un seul rite pour la paix des âmes