Fracture droite-gauche
Benoît C -  2006-07-03 19:17:06

Fracture droite-gauche

VA du 30 Juin 2006 Fracture droite-gauche Les électeurs de gauche sont pour le mariage gay ; ceux de droite sont contre. Même clivage pour les partis. Sarkozy, lui, s’interroge… Approuver le mariage gay, quitte à mécontenter son propre électorat ? Ou s’y opposer, au risque d’accentuer le fossé avec l’électorat jeune et de gauche ? Tel est le dilemme auquel se trouve confronté Nicolas Sarkozy. Pressé de répondre sur ce sujet ultrasensible qui pourrait être l’un des invités surprise de la prochaine présidentielle, le ministre de l’Intérieur a décidé, pour l’heure, de… botter en touche. Sa position sur le mariage gay ne sera pas connue, a-t-il prévenu, avant les conclusions que doit lui rendre Luc Ferry, auquel il vient de confier, le 23 juin, une mission de « réflexion et de propositions » sur cette question piège. Laquelle, estime-t-il, doit être examinée « en toute sérénité, loin des pressions politiciennes, du seul souci de l’agitation médiatique ou des préoccupations électorales. » De quoi gagner quelques semaines… Mais ce « refus de prendre position », comme le dénonce l’Inter-LGBT (lesbiens, gays, bisexuels et transexuels), n’aura qu’un temps. A la rentrée, au plus tard, Sarkozy devra répondre. Quel que soit son choix, il n’en ressortira pas indemne. Les femmes de son équipe – Nadine Morano, Roselyne Bachelot, qu’il a lui-même chargées des questions de société à l’UMP – penchent en faveur du mariage gay. Sarkozy n’est pas loin de penser comme elles. Mais osera-t-il le revendiquer ? Ce faisant, il prendrait, une nouvelle fois, tout le monde à contre-pied en devenant (avec Jean-Louis Borloo et Jean-François Lamour) le seul homme politique de droite et du centre à prôner le mariage gay ! Sarkozy sur la même photo de famille que François Hollande, Noël Mamère, Olivier Besancenot et, finalement, Ségolène Royal ? Sans doute y gagnera-t-il en proximité auprès des 57 % d’électeurs de gauche favorables au mariage homo. L’occasion, aussi, de se doter d’une image plus moderne parmi les jeunes (qui approuvent majoritairement toutes les revendications gays, y compris l’adoption). Mais à quel prix dans son propre électorat ? Car après s’être déclaré favorable « à titre personnel » au droit de vote pour les immigrés, le ministre de l’Intérieur peut-il se permettre de prendre une seconde fois à rebrousse-poil l’électorat de droite – son socle ? 72 % de sympathisants UMP-UDF-MPF sont hostiles au mariage gay : peut-il prendre le risque de les négliger à moins d’un an de la présidentielle et alors même que Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers sont en embuscade ? Résolument hostile à ce qui constitue, selon lui, une « provocation libertaire typique de la gauche qui cherche à déstabiliser la société et casser les cadres institutionnels », Villiers (qui était allé protester sur place contre le mariage homo de Bègles) est, sur ce sujet, particulièrement crédible… Risque de déperdition à droite, donc. Mais risque, aussi, de fracture avec les milieux populaires. 68 % des non diplômés, droite et gauche confondues, rejette le mariage homo. Or, c’est dans cet électorat,aux frontières du vote FN, que Sarkozy est le plus populaire. Jusqu’à présent. Arnaud Folch