Autre herméneutique
Justin Petipeu -  2006-02-04 10:39:25

Autre herméneutique

Celle de la fantaisie et de la création historique...au sujet de laquelle nous aimerions bien avoir un commentaire de votre cher chapelain : L'Eglise antique, de façon naturelle, a prié pour les empereurs et pour les responsables politiques, en considérant cela comme son devoir (cf. 1 Tm 2, 2); mais, tandis qu'elle priait pour les empereurs, elle a en revanche refusé de les adorer, et, à travers cela, a rejeté clairement la religion d'Etat. Les martyrs de l'Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s'était révélé en Jésus Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de concience et pour la liberté de professer sa foi, - une profession qui ne peut être imposée par aucun Etat, mais qui ne peut en revanche être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience. Je pense respectueusement que le souverain Pontife devrait pratiquer l'Histoire avec plus d'assiduité, lire Levi-Strauss, voyager plus et faire de l'ethnologie, ou que sais-je encore. Il découvrirait que LE principe qui régissait - et régit aujour'hui encore en de nombreux pays - les relations d'une foi et d'un Etat est : "cujus regio, ejus religio". Ou traduit grossièrement : la religion du peuple est celle du prince... Jamais avant le XVIIIème siècle on pu imaginer des Etats, des pouvoirs, des chefs, laïcs, c'est-à-dire athées. Des Etrusques à l'Egypte en passant par les Aztèques, c'est la règle historique... Les principes mortifères de liberté religieuse et de liberté de conscience sont nés dans les cénacles moisis et fanatiques que nous connaissons trop bien : les loges maçonniques.

La Franc-Maçonnerie a pour principes la tolérance mutelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l'appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.

Voici la fin de l'article 1er des constitutions de GOF, en 1728. Il faudra attendre un siècle pour ques les catholiques libéraux reprennent ce projet satanique sous la devise "Une Eglise libre dans un Etat libre"...catholiques libéraux immédiatement condamnés par les papes du moment. Et encore 140 ans pour que Vatican II, concile pastoral, proclame solennellement ce "ralliement" aux principes maçonniques et la neutralité de l'Etat, sonnant le glas de la royauté sociale de Notre-Seigneur. Voilà ; ça, ce sont les faits. Il va falloir maintenant nous expliquer comment les premiers martyrs de l'Eglise antique auraient pu mourir pour une idée et un concept dont ils ne pouvaient même pas soupçonner l'existence, puisqu'inventés par une secte satanique 17 siècles plus tard. Il y a des façons de faire de l'herméneutique qui ressemblent assez à une grosse farce ! Il faudra aussi nous dire comment l'Eglise antique a clairement rejeté la religion d'Etat (sic) par ses martyrs alors que dès le IVème siècle, l'Eglise était partie prenante dans les affaires de l'Empire et que les chrétiens imposèrent le christianisme comme religion d'Etat...Et que cela durera encore plus clairement jusqu'au XIXème siècle ! Mais ce n'est pas tout. Dans l'extrait du discours cité plus haut, le pape fait semblant de croire que l'alternative au principe mortifère de liberté de conscience ne peut être que l'imposition par l'Etat d'une religion. Connaisant la fine intelligence du Souverain Pontife, nous savons qu'il ne peut ignorer les textes en préparation dans les commissions préparatoires au concile Vatican II et contre lesquelles il a si bien battu...Exemple : un extrait de ce qui aurait dû être le chapitre 9 de De Ecclesia : "Parce qu'on doit agir dans le cadre de la préservation de la vraie foi selon les exigences de la charité chrétienne et de la prudence, il faut faire en sorte que les dissidents ne soient pas repoussés, mais bien plutôt qu'ils soient attirés vers l'Eglise, et que ni l'Etat, ni l'Eglise ne souffrent de dommage. De telle sorte qu'on doit toujours avoir présent à l'esprit le bien commun de l'Eglise et celui de l'Etat, pour la réalisation desquels le pouvoir civil, en fonction des circonstances, peut être tenu de mettre en oeuvre une juste tolérance. Celle-ci doit d'ailleurs être consacrée par la loi. Le pouvoir civil y sera tenu, soit pour éviter de plus grands maux, tels que scandale, troubles civils, obstacle à la conversion, et autres de ce type, soit pour procurer un plus grand bien, comme la collaboration sociale, une vie commune pacifique entre des concitoyens qui divergent entre eux par la religion, une plus grande liberté de l'Eglise, un accomplissement plus efficace de sa mission surnaturelle et autres bénéfices semblables. En cela, on doit tenir compte, non seulement du bien concernant l'ordre national, mais aussi du bien de l'Eglise universelle et du bien commun international. Par sa tolérance, le pouvoir civil catholique imite l'exemple de la divine Providence, qui n'empêche pas les maux dont elle peut tirer de plus grands biens. Cela doit être tout spécialement observé dans les endroits où, depuis des siècles, vivent des communautés non catholiques." On a bien compris que l'opposition entre liberté de conscience ou "imposition par l'Etat" de la Foi est une opposition factice qui sert aux conciliaires à imposer leur principe extrémiste et non-chrétien de liberté religieuse. Elle fait fi de la sagesse de l'Eglise et de l'intelligence de ses conseils... Vous avouerez, mon bon Reginald, que celà fait beaucoup d'escroqueries intellectuelles pour un tout petit paragraphe de ce discours du 22 décembre. Si c'est le dernier argument conciliaire de falsifier ainsi l'Histoire et les principes, inutile de s'étonner de la fermeté de Mgr Fellay. Soyez-en sûr ; JAMAIS nous ne reconnaîtrons le texte DIGNITATIS HUMANE. C'est une trahison de la Foi, du Christ et de l'Eglise. Je n'avais pas encore vu qu'à cette trahison, on fasait maintenant contribuer nos martyrs chrétiens qui sont morts, eux, uniquement pour que le Christ règne ! y compris sur les Etats !