Réponse aux questions 26 à 30
Concours de Catéchisme du Forum Catholique -  2005-11-13 06:14:15

Réponse aux questions 26 à 30

S'IL VOUS PLAIT, pour la discussion, les commentaires ou d'éventuelles contestations des réponses, ayez l'amabilité de commencer un nouveau fil : de la sorte, tout ne sera pas mélangé. 26. La subtilité est-elle une propriété des corps d’Adam et Ève avant le péché originel ? NON Avant la chute originelle, Adam et Ève étaient dans une félicité merveilleuse, tant la libéralité du Bon Dieu les avait comblés des dons de la nature et de la grâce. Il leur a tout d’abord donné la nature humaine, composée d’un corps et d’un âme. Par leur corps, ils appartiennent au monde matériel et au règne animal, dont ils sont constitués les rois. Leur âme les rend à l’image de Dieu, puisque de l’essence de cette âme procèdent l’intelligence – faite pour connaître la vérité – et une volonté – faite pour aimer le bien –, un peu comme du Père est engendré le Fils et procède le Saint-Esprit. À cette nature, il donne gratuitement une finalité surnaturelle, qui dépasse infiniment ses possibilités et ses exigences : aller au Ciel contempler Dieu face à face et être immergés dans l’éternelle béatitude de la sainte Trinité. Pour qu’elle puisse atteindre cette fin et qu’elle y soit proportionnée, Dieu greffe sur la nature la justice originelle. Cette justice a deux composantes : – la grâce sanctifiante, essentiellement surnaturelle, participation directe et formelle à la nature divine, à la vie intime de Dieu. Cette grâce est le germe de la gloire éternelle qu’elle permet de mériter. De cette grâce dérivent dans l’intelligence la foi, dans la volonté l’espérance et la charité ; et toutes les vertus surnaturelles et les dons du Saint-Esprit ; – les dons préternaturels, qui ne sont pas une participation à l’être même de Dieu mais un rejaillissement de cette participation sur la nature : ils sont donc surnaturels dans leur production, non dans leur être. Les trois premiers sont un renforcement gratuit de l’union de l’âme et du corps (Adam aurait dû les transmettre à ses descendants) ; le quatrième ne devait pas être transmis, il était donné en raison du fait qu’Adam et Ève n’avaient pas connu l’enfance ni reçu d’éducation. Voici ces dons : –– l’immortalité : tout en demeurant mortels par nature, Adam et Ève ne doivent pas mourir ; –– l’impassibilité : ils ne peuvent souffrir ni éprouver aucun désagrément de leurs conditions de vie ; –– l’intégrité : l’harmonie entre leurs facultés est parfaite, sans désordre, sans concupiscence ni infirmité ; cette intégrité rejaillit à l’extérieur et fait que la terre où ils se trouvent est un paradis terrestre ; –– la science infuse : Dieu infuse directement les connaissances nécessaires pour qu’ils puissent mener une vie humaine parfaite. Dans ce magnifique ensemble, il n’y a pas de trace de la subtilité, qui est une qualité promise aux corps glorieux. Les corps glorieux, à l’imitation de celui de Jésus-Christ ressuscité, jouiront de cinq qualités inamissibles, fruits de la gloire de l’âme et de l’union parfaite du corps à cette âme : – l’immortalité : il n’y aura plus séparation de l’âme et du corps ; – l’impassibilité : pleine exemption de tout ce qui peut le corrompre ou l’affliger ; – la subtilité : par sa parfaite subordination aux opérations de l’âme, le corps ne sera plus soumis aux contraintes matérielles ; – l’agilité : le changement de lieu sera quasi instantané ; – la clarté : le corps sera revêtu de splendeur lumineuse. Rien que cette perspective – qui n’est rien en comparaison de la vision béatifique – vaut déjà tous les efforts et tous les sacrifices du monde. Il faut remarquer que les malheureux hommes perdent leur âme en cherchant ici-bas contre la loi de Dieu ce qui leur est promis – et de façon infiniment meilleure – s’il sont fidèles à la loi de Dieu. Tristesse. 27. Pour gagner une indulgence, faut-il être en état de grâce ? OUI Une indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés déjà pardonnés, que l’autorité ecclésiastique concède en la tirant du trésor de l’Église : elle l’applique aux vivants (à celui qui la gagne) par mode d’absolution (car elle a directement pouvoir sur eux) ; elle l’applique aux défunts par mode de suffrage (n’ayant pas pouvoir sur les âmes du Purgatoire, l’Église présente une requête à Dieu). Pour gagner une indulgence, il faut : – être en état de grâce ; – avoir l’intention (au moins générale) de la gagner ; – être le sujet de celui qui la concède au nom de l’Église ; – accomplir fidèlement les œuvres prescrites. De plus, pour gagner une indulgence plénière (qui remet toute la peine due aux péchés déjà pardonnés), il faut avoir l’âme libre de toute attache au péché véniel. 28. Un homme non-baptisé peut-il conférer le sacrement de Baptême ? OUI Voilà l’occasion de lire un article de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin dans son intégralité. Il est tiré de la troisième partie malheureusement inachevée : Jésus-Christ ; les sacrements) question 67 (le ministre du sacrement de Baptême) ; lisons cet article 5. Saint Thomas, après avoir posé la question qu’il va résoudre présente des objections : cela permet de bien situer la question, de voir où en sont le nœud et les difficultés. Puis il met un coup d’arrêt à ces objections par un bref argument, il expose sa réponse et en donne les raisons, et enfin il répond aux objections. C’est parti ! Un non-baptisé peut-il conférer le baptême ? Objection 1. « Personne ne donne ce qu’il n’a pas. » Mais un non-baptisé n’a pas le baptême. Donc il ne peut pas le conférer. Objection 2. Celui qui confère le baptême le fait en tant que ministre de l’Église. Mais celui qui n’est pas baptisé n’appartient en aucune façon à l'Église, ni en réalité, ni par le sacrement. Il ne peut donc conférer le sacrement de baptême. Objection 3. Donner un sacrement c'est plus que le recevoir. Or le non-baptisé ne peut recevoir les autres sacrements. À plus forte raison ne peut-il en donner aucun. En sens contraire, saint Isidore dit : « Le Pontife romain juge ainsi : ce n'est pas le ministre du baptême, mais l'Esprit de Dieu qui donne la grâce du baptême, même si celui qui baptise est un païen ». Mais celui qui est baptisé, on ne le nomme pas païen. Donc un non-baptisé peut conférer le sacrement de baptême. Je réponds en disant que saint Augustin a laissé cette question sans la trancher. Il dit: « C'est une autre question de savoir si même ceux qui n'ont jamais été chrétiens peuvent donner le baptême ; il faut se garder ici de toute affirmation téméraire, sans l'autorité d'un saint concile assez considérable pour une matière aussi importante. » Mais plus tard, l'Église a déterminé que les non-baptisés, Juifs ou païens, peuvent conférer le sacrement de baptême, pourvu qu'ils le fassent selon la forme de l'Église. Ainsi le pape Nicolas Ier répond aux Bulgares : « Vous dites que dans votre patrie beaucoup de gens ont été baptisés par quelqu'un dont vous ne savez pas s'il est chrétien ou païen. S'ils ont été baptisés au nom de la sainte Trinité, vous n'avez pas à les rebaptiser. » Mais si la forme de l'Église n'a pas été observée, il n'y a pas de baptême. C'est ainsi qu'il faut comprendre la lettre de saint Grégoire à l'évêque Boniface : « Ceux que vous dites avoir été baptisés par des païens » – c'est-à-dire sans observer la forme de l'Église – « nous vous ordonnons de les baptiser de nouveau au nom de la sainte Trinité. » Et en voici la raison : de même que, en ce qui concerne la matière, n'importe quelle eau suffit pour la validité du sacrement, de même aussi, du côté du ministre, n'importe quel homme suffit. Par conséquent, même un non-baptisé peut baptiser en cas de nécessité. Ainsi deux non-baptisés peuvent se baptiser l'un l'autre, le premier baptisant le second et étant ensuite baptisé par lui ; tous deux recevraient non seulement le signe extérieur, mais la grâce intérieure. Cependant, s'ils le faisaient en dehors de toute nécessité, ils pécheraient tous les deux, le baptiseur et le baptisé ; et par là ils empêcheraient l'effet du sacrement, bien que le sacrement lui-même subsiste. Réponse à l’objection 1. L'homme qui baptise apporte seulement son ministère extérieur ; mais c'est Jésus-Christ qui baptise intérieurement, lui qui peut se servir de tout homme pour tout ce qu'il voudra. Aussi ceux qui ne sont pas baptisés peuvent-ils baptiser, car, comme dit le pape Nicolas, ce n'est pas leur baptême qu'ils donnent, mais celui du Christ. Réponse à l’objection 2. Celui qui n'est pas baptisé n'appartient à l'Église ni réellement, ni sacramentellement, mais il peut lui être uni par l'intention et par la conformité de son action, s'il a l'intention de faire ce que fait l'Église, et si, en donnant le baptême, il observe la forme dont se sert l'Église. Il agit alors comme ministre de Jésus-Christ, qui n'a pas lié sa puissance à ceux qui sont baptisés, pas plus qu’il ne l’a liée aux sacrements. Réponse à l’objection 3. Les autres sacrements ne sont pas aussi nécessaires que le baptême. C'est pourquoi est accordé à un non-baptisé le pouvoir de baptiser plutôt que le pouvoir de recevoir les autres sacrements. Et voilà. Ce n’était pas bien compliqué, n’est-ce-pas ; il faudra recommencer. 29. Un non-baptisé qui reçoit la sainte communion reçoit-il Jésus-Christ ? OUI Encore une question mal libellée, bien qu’il n’y ait pas d’équivoque sur la réponse à donner. Qui n’est pas baptisé, ne possédant pas le caractère baptismal, est dépourvu de la capacité de recevoir les autres sacrements. Si donc il s’approche de la sainte table, il reçoit bien Jésus-Christ qui est présent dans la sainte hostie indépendamment de lui – et qui y demeure tant que demeurent les saintes espèces – mais il ne reçoit pas la grâce sacramentelle de la sainte Eucharistie, il ne reçoit pas le sacrement proprement dit. Saint Thomas d’Aquin : « Même si c'est un infidèle qui mange les espèces sacramentelles, c’est le corps du Christ qu’il reçoit sous le signe sacrementel. » IIIa q.80 a.3 ad 2. J’aurais mieux fait de ne pas parler de communion, car cela désigne déjà la réception sacramentelle de Jésus-Christ, mais simple de manducation ou de réception de la sainte hostie. 30. La grâce actuelle est-elle supérieure à la grâce sanctifiante ? NON La grâce actuelle est l’aide surnaturelle de Dieu pour que nous fassions le bien et que nous évitions le mal. La grâce sanctifiante est la participation de l’âme à la vie intime de Dieu, à la vie trinitaire. Par la grâce sanctifiante, nous sommes enfants de Dieu, participants de la nature divine (divinæ consortes naturæ – II Pet. I, 4). Aide de Dieu – vie de Dieu : la vie de Dieu est infiniment plus grande que son aide. D’autant plus que la grâce sanctifiante est par nature permanente, tandis que la grâce actuelle est passagère. La grâce actuelle est ordonnée à la grâce sanctifiante : pour sa préparation, pour sa réception, pour sa croissance, pour sa persévérance. Ce n’est pas l’inverse. Ce qui demeurera dans l’éternité, c’est le degré de gloire, qui sera le degré de grâce sanctifiante mérité ici-bas.