Merci Monsieur l'Abbé
baudelairec2000 -  2005-09-12 12:36:57

Merci Monsieur l'Abbé

pour la bulle de saint Pie V sur la corrida; convaincra-t-elle les partisans de ce divertissement très particulier? On peut l'espérer. Spectacle que n'aurait pas manquer de condamner en son temps Sénèque au même titre que les jeux du cirque. Il me semble qu'outre la célèbe bulle de saint Pie V, on peut renvoyer les liseurs à saint Thomas dans la Somme Théologique, plus précisément à la question 157 de la Secunda-Secundae sur la douceur et la clémence (sur le sujet, se référer bien sûr à Sénèque, ce que fait saint Thomas). A l'article I, solution 3, le Docteur Angélique distingue la CRUAUTE de la FEROCITE: "La cruauté implique un excès dans la punition. C'est pourquoi Sénèque dans son DE CLEMENTIA dit que sont appelés cruels ceux qui ont un motif de punir, mais ne gardent pas la mesure. Quant A CEUX QUI PRENNENT PLAISIR AUX PEINES DES HOMMES EN ELLES-MEMES, MEME SANS QU'ELLES AIENT DE MOTIF, ON PEUT LES APPELER SAUVAGES (saevi) OU FEROCES (feri), COMME N'AYANT PAS LES SENTIMENTS HUMAINS QUI FONT QUE L'HOMME AIME NATURELLEMENT L'HOMME." Le traducteur et commentateur de la Revue des jeunes ajoute en note: " Inspiré par la lecture du De clementia de Sénèque, Saint Thomas signale un troisième vice qu'il ne faut confondre ni avec l'irascibilité ni même avec la cruauté. Saint Thomas l'appelle SAUVAGERIE ou FEROCITE. Aujourd'hui nos parlerions de SADISME. La cruauté punit avec une sévérité démesurée, mais il existe tout de même un motif de punir. Le châtiment est justifié. C'est le mode de punir qui manque de modération. Au contraire, dans la férocité, le MOTIF DE PUNIR N'EXISTE PAS. C'EST LA PLAISIR DE VOIR SOUFFRIR LES AUTRES QUI POUSSE A LA FEROCITE. CETTE PERVERSION EST INHUMAINE ET CONTRE NATURE, dit S.Thomas... C'EST ETRE PLUS QUE CRUEL, C'EST ETRE FEROCE QUE DE SE FAIRE UNE JOIE DE TORTURER, nous pourrions dire: C'EST DE LA DEMENCE ( Sénèque)." Certes, saint Thomas comme son devancier ne parle que des souffrances infligées à des hommes, mais ce qui permet d'étendre, me semble -t-il, la férocité à des actes commis sur des animaux, c'est leur caractère gratuit; ils sont commis sans autre motif que celui du plaisir que ressent celui qui fait souffrir ou qui regarde et peut ainsi être qualifié de sadique. Ayant lu, il y a déjà quelque temps, une biographie de Marcel Proust, on apprend que cet individu faisait égorger des rats et qu'à cette occasion il éprouvait un plaisir sexuel. Non Freud n'était pas très loin de la vérité quand il parle de pulsion ou d'instinct de mort; chez certains, c'est une réalité et non un mythe. Loin de moi, évidemment de rapprocher le cas Proust des amateurs de corridas, mais on peut incontestablement les inclure dans la catégorie des amateurs de violence gratuite, férocité ou sauvagerie, quand bien même LES ANIMAUX N'ONT AUCUN DROIT (cf. à ce sujet, toujours saint Thomas, SECUNDA-SECUNDAE, Qu. 64 sur l'homicide et la Qu. 57, art. 4).