Justin Petipeu - 2003-10-30 12:37:28
Pfff...
Première chose frappante dans ce texte : le souci d'inscrire le débat dans l'Histoire. Hier, c'était comme si ; aujourd'hui, c'est comme ça...On ne peut plus raisonner pareillement. Kant est passé par là, etc...
Bref, le frère Jobert se défend d'être hégélien et pourtant il raisonne bien dans les mêmes termes : non pas en terme d'être, mais de mouvement. Il y a d'ailleurs quelque chose de pitoyable dans tout ça : la conviction qu'une fois de plus, on est arrivé à une nouvelle pensée, qu'on a découvert une nouvelle réponse à un problème donné. Bref, l'homme moderne, comme d'habitude, est plus intelligent que ses prédécesseurs -les pauvres ne raisonnaient qu'en termes objectifs !- et juxtapose maintenant plusieurs doctrines (objectives, subjectives..).
Et à tout ça à cause de quoi, Mesieurs-dames ? A cause du nazisme et du communisme ! Il aurait fallu réaffirmer la primauté de la dignité et de la liberté humaines, et patati et patata. Et c'est là qu'arrive le sauveur : Karol Wojtyla !
Une énormité : " Par-dessus tout, il trouvait chez Kant que le sujet humain, la personne, est la seule réalité que Dieu ait créée pour elle-même, qui ait en elle-même sa propre fin, et qui ne puisse être utilisée comme moyen." L'homme a donc sa propre fin en lui-même. Génial ! il suffisait d'y penser...
et encore : "Il a su déceler chez Kant ce qu'il y avait de vrai : la primauté du sujet"...Ben voilà ! c'est St Thomas d'Aquin qui va être content.
Par la suite, le frère Jobert semble découvrir deux notions que l'Eglise a toujours connues : la liberté subjective, qui est inviolable et ne peut de toute façon être violée.
Et la liberté objective, qui est l'objet concret du droit.
Contrairement à ce que dit l'article, l'Eglise n'a jamais ignoré la première et il est d'ailleurs bien obligé de le reconnaître dans sa conclusion : ni conversions ni mariages forcés...Par contre, sur le sujet de la liberté objective, elle a toujours été inflexible : il est dans les devoirs de l'Etat de favoriser la vraie religion. Et là, le frère Jobert ne résoud pas la contradiction :
Dans ces conditions, la liberté de conscience signifie l'autonomie de la personne dans la prise de décision d'une action déterminée, excluant toute pression externe, en vertu d'une norme immanente qui s'impose par elle-même à la personne comme sa propre perfection.
On en revient donc à "l'immunité de contrainte" et de "toute pression externe". Comment copncilier ça avec "Immortale Dei" ? Ebn remplaçant l'Etat par une mystérieuse vertu d'une norme "immanente" (????, si ce n'est pas du subjectivisme, ça...) qui s'impose (comment ?) "par sa propre perfection" (????)
Pourquoi râler après le jugement en Italie qui ordonne que l'on retire les crucifix des écoles ? Supprimons toute contrainte externe et laissons faire la vertu immanente !