L'abbé de La Rocque répond à l'abbé Mercury. Réponse de ce dernier.
Eti Lène -  2005-05-02 18:02:16

L'abbé de La Rocque répond à l'abbé Mercury. Réponse de ce dernier.

sur la juridiction de suppléance de la FSSPX. Rappel des textes sur cette question: "Les enjeux d'une crise" par l'abbé de La Rocque, et la lettre ouverte du 15 mars de l'abbé Aulagnier à Mgr Fellay Ce qui a servi de base à la réponse de l'abbé de La Rocque est cette analyse de l'abbé Mercury. Réponse de l'abbé de la Rocque Avant même tout commentaire, je tiens à préciser que je ne tiens pas mordicus cette position et suis donc tout à fait prêt à revenir sur tel ou tel jugement si son inconséquence m'est manifeste. Mais il me semble, jusqu'à preuve du contraire, que nombre d'éléments viennent appuyer ma position dans la mesure où elle est bien comprise. De vos pages, je retiendrai les premières lignes, qui contiennent l'essentiel de votre jugement. "L'argumentation de notre Confrère est la suivante : "il ne peut y avoir exercice habituel de la juridiction, fût-elle de suppléance, sans incardination préalable... Parce que la Fraternité a été officiellement reconnue par l'Eglise, parce que tous nous avons jugé sa suppression aussi inique qu'infondée et donc invalide, tous -et Mgr Lefebvre le premier- nous avons reconnu à la Fraternité Saint-Pie X le pouvoir d'incardiner, selon l'indult qui aurait normalement dû lui être accordé par la Sacrée Congrégation des religieux. Tant que la cause n'aura pas été rejugée droitement et légalement par Rome, il existe donc bien, au sein de notre Fraternité, une juridiction ordinaire qui descend du Pape (même à son corps défendant) au Supérieur Général pour lui permettre, entre autres, l'incardination de ses membres. "Ce développement un peu long peut être condensé dans le raisonnement suivant: pour exercer habituellement une juridiction, il faut être incardiné ; donc la Fraternité incardine, c'est-à-dire que notre Supérieur Général possède, avec notre assentiment unanime, la juridiction ordinaire, sans l'accord du Pape. Le Prieur de Toulouse ne semble pas avoir réalisé qu'il sacrifie ainsi publiquement au schisme auquel il tient à nous associer. Car s'attribuer par soi-même la juridiction ordinaire est constitutif d'un schisme." Si je n'ai bien évidemment rien à dire sur le premier de ce paragraphe, j'avoue ne guère en retrouver le contenu dans le deuxième, censé résumer ma thèse. Vous présentez ainsi ma position : Majeure : pour exercer habituellement une juridiction, il faut être incardiné. Mineure : inexistante. Conclusion (totalement a priori du fait de l'absence de mineure) : donc la Fraternité incardine, c'est-à-dire que notre Supérieur Général possède, avec notre assentiment unanime, la juridiction ordinaire. A cette conclusion, vous ajoutez une incise, qui vient directement à l'encontre de la mineure de mon argument : sans l'accord du Pape. Vu que mon développement, cité en premier paragraphe, vous a paru un petit peu long et compliqué, je vous le résume ici, toujours sous forme de raisonnement. Majeure : Pour exercer habituellement une juridiction, fût-elle de suppléance, il faut être incardiné. Mineure : Or la FSSPX a été officiellement agréée par Rome et, comme nous avons toujours considérée sa suppression comme invalide, nous la dénonçons ainsi que toutes ses conséquences. Parmi ces conséquences dénoncées, la non affiliation à la congrégation des religieux qui impliquait la faculté d'incardiner (cf. nos statuts). Conclusion : Nous reconnaissons donc à la FSSPX sa filiation romaine toujours actuelle, et par là même sa faculté d'incardiner (cf. le celebret remis à chacun de ses prêtres) et par là même d'exercer une juridiction ordinaire sur ses propres membres. La juste lecture de mes affirmations oblige donc à réviser votre jugement final. Loin de s'attribuer par soi-même une juridiction, la FSSPX, d'après mes dires, possède "une juridiction ordinaire qui descend du Pape". Ajouter que cela est à son corps défendant ne veut en rien dire qu'elle est attribuée indépendamment de lui, mais qu'au contraire elle vient de lui. Cette incise précise simplement que même si la volonté subjective du pape actuel le déplore, notre FSSPX reste une société cléricale reconnue par l'Eglise avec tous les droits que l'Eglise accorde habituellement en de tels cas. Sont ainsi écartés les épouvantails du schisme, et les cas de conscience que cette thèse pourrait créer chez des confrères. Abbé P. de LA ROCQUE Réponse de l'abbé Mercury à ces observations: Vous avez raison de dire que j'ai négligé la mineure du raisonnement. Mais ce fut intentionnel de ma part pour une raison de méthode. En effet, il ne paraît pas rigoureux de s'appuyer sur un jugement contingent, et donc contestable. En plus, la mineure contient en partie la conclusion. Pour des raisons de clarté, j'ai donc résolu de ne pas en tenir compte de manière à faire ressortir le caractère inacceptable de la conclusion. L'expression "à son corps défendant" signifie, selon le Petit Larousse, "malgré soi". Il me semble donc avoir interprété correctement les termes employés. "Malgré soi" équivaut au minimum à : "sans son accord". Mais cela pourrait aussi s'entendre par "contre sa volonté"... Or il est impossible que le Pape accorde une juridiction ordinaire "à son corps défendant", parce que la juridiction ordinaire résulte d'un acte de sa volonté propre. La dissolution de la FSSPX est un acte de la volonté propre du Pape. Elle suppose l'extinction de toute juridiction ordinaire. Peu importe que la décision soit juste ou injuste. Elle vaut, comme vaut dans la société civile une condamnation injuste. La preuve est que nous en subissons les conséquences au plan ecclésial. En revanche, au regard du besoin des fidèles, le Pape ne peut pas nous refuser la juridiction de suppléance. C'est peut-être ce que l'abbé de la Rocque veut dire quand il utilise l'expression "à son corps défendant". Mais alors il ne s'agit plus de la juridiction ordinaire, mais de la juridiction de suppléance. Encore convient-il de distinguer, car le Pape ne nous accorde pas non plus la juridiction de suppléance à son corps défendant. En tant qu'il est assisté par le Saint-Esprit, il ne peut pas nous la refuser, parce qu'il doit lui aussi respecter une loi fondamentale de l'Eglise, à savoir que Dieu veut sauver tous les hommes. Je vous invite à méditer sur ce sujet le texte éclairant de Billuart dans son cursus theologicus. Ab. H. Mercury." source Merci à tous les liseurs qui m'ont répondu pour mon post relatant ces textes. Il est vrai cher Papi Russe, qu'il faut s'accrocher en lisant l'abbé Mercury, mais c'est effectivement très limpide, après avoir compris, et ce prêtre a écrit quelque chose de vraiment intéressant: "Ainsi une Messe illicite ne peut pas produire de fruits spirituels sur ceux qui sciemment y prennent part. En effet, le prêtre qui n'a pas de juridiction est coupé du Souverain Pontife qui ultimement assure dans l'Eglise la dimension surnaturelle de tout ministère." Ou encore ce qui ne manque pas de piquant, mais d'honnêteté et de courage non plus:"En dire plus, ce serait risquer le schisme. L'article largement diffusé de M. l'abbé de la Rocque s'en approche beaucoup trop près pour que nous ne nous en alarmions pas. Si sa thèse venait à être confirmée officiellement, il est clair que rester dans la Fraternité deviendrait, pour chacun d'entre nous, un problème de conscience..." Eti Lène