Le Pallium-2ème partie- J.Baudot O.S.B
Jacques T. - 2005-04-28 17:20:41
Le Pallium-2ème partie- J.Baudot O.S.B
DEUXIÈME PARTIE
Le pallium au point de vue liturgique.
Cette seconde partie renfermera, en quatre chapitres, ce que les auteurs liturgiques ont écrit d'intéressant au sujet du pallium: 1° sa préparation ; 2° son imposition ; 3° son usage ; 4° son symbolisme.
CHAPITRE PREMIER
Préparation du pallium.
Il faut entendre par préparation du pallium tout ce qui concerne sa confection et sa bénédiction ; à la confection se rattache la matière et la forme.
1. Matière du pallium. - Un passage de saint Isidore de Péluse qui écrivait au ve siècle nous dit que l'omophorion des Grecs était en laine : « Cet ornement que le prêtre porte sur ses épaules est tissé avec la laine et non avec le lin ; il est le symbole de la brebis perdue, que le Sauveur chercha au désert et rapporta sur ses épaules après l'avoir trouvée. » - S'il faut en croire Jean Diacre, l'ancien pallium, usité au temps de saint Grégoire le Grand, chez les Latins, aurait été tissé d'un lin très fin de couleur blanche « ex bysso candente contextum ».
D. Ruinart paraît disposé à accepter ce sentiment sans se laisser arrêter par l'assertion de saint Isidore de Péluse, parce que, dit-il, l'ornement dont parle l'auteur grec s'entend d'un autre petit manteau, palliolum, que portaient tous les évêques ; d'après la vie de saint Germain de Paris, on voit que les évêques latins avaient aussi un petit manteau de ce genre. C'est au VIIIe siècle qu'on aurait substitué la laine au lin. Je pense, dit D. Ruinart; qu'un changement dut se produire, vers le VIIIe siècle, dans la matière et la forme du pallium et cela pour deux raisons : la première est que les auteurs ecclésiastiques ont une manière différente de s'exprimer, selon qu'ils écrivent avant ou après cette époque ; ceux qui écrivent après, comme l'auteur des ouvrages édités sous le nom d'Alcuin, appellent souvent le pallium du nom de Collier, torques, ce qui convient mieux â la nouvelle forme qu'a l'ancienne. La seconde raison se tire des insinuations de Jean Diacre qui écrivait au IXe siècle ; en signalant l'antiquité du pallium grégorien, il semble vouloir blâmer l'innovation des prélats ses contemporains qui avaient adopté une nouvelle forme de pallium. Cette innovation, selon toute vraisemblance, naquit de la coutume d'envoyer le pallium aux métropolitains, coutume qu'on voit s'établir du temps de saint Boniface, archevêque de Mayence la pratique nouvelle put passer inaperçue d'autant plus aisément qu' on ne diminuait rien des prérogatives attachées au pallium.
Il est à regretter que les lettres de saint Grégoire ne fournissent aucune indication pour élucider ce point.
La matière du pallium est maintenant de laine blanche. La description, donnée dans notre avant-propos, est tirée de Christophe Marcel, auteur d'un Cérémonial Romain. Nicolas de Braulion, prêtre de l'oratoire de France, ajoute quelques autres détails relatifs à la préparation de la matière; les agneaux, portés à l'église Sainte-Agnès, le 21 janvier, sont présentés, de la place Saint-Pierre, au souverain pontife qui les bénit de la fenêtre de son palais ; les palliums fabriqués sont présentés au pape pour être bénits. Toutefois cette bénédiction n'a pas lieu tous les ans, mais quand la nécessité l'exige : c'est après cette bénédiction que les palliums sont déposés pour une nuit sur les tombeaux des saints apôtres.
2. Forme du pallium. - Suivant D. Ruinart elle aurait également changé vers le VIIIe siècle. Le fait est que l'ancien omophorion des Grecs était une bande beaucoup plus longue et un peu plus large que celle des Latins, elle entourait le cou et pendait par devant la poitrine jusqu'au-dessous des genoux . D. Ruinart pense que le pallium des temps anciens, même chez les Latins, a pu être une sorte de vêtement plus ample et plus splendide. Grâce aux écrits d'Honorius d'Autun, d'Innocent III, de saint Brunon de Segni, etc., nous savons que le pallium, depuis la fin du xe siècle, n'a pas varié dans sa forme : la description, déjà donnée, reproduit celle qui se lit dans le cardinal Bona et dans le Cérémonial Romain de Christophe Marcel. Lorsque cet ornement est posé sur les épaules du prélat, et qu'on le regarde soit par devant soit par derrière, il représente assez exactement la forme d'un Y.
Les croix paraissent avoir été primitivement de couleur rouge : on en a une preuve dans la découverte, au XVIIe siècle, des restes de saint Léon le Grand ; le témoin chargé de reconnaître les saintes reliques dit, dans son rapport, qu'il restait sur l'épaule droite une petite croix de couleur rouge ayant fait partie du pallium pontifical. Par là se trouve écarté le sentiment de D. Ménard prétendant que le pallium antique n'avait pas de croix. - Au temps d'Innocent III, ces croix étaient encore rouges, ce qui peut expliquer les expressions du cardinal Bona« purpurels crucibus sunt insignitae fascine », mais le pallium de Nicolas IV (1288-1294) et celui de Boniface VIII (1294-1303) ont des croix noires. Ce qui fait dire à l'annotateur de Bona que vers la fin du XIIIe siècle, les croix du pallium furent de couleur noire et au nombre de six, il n'y en avait encore que quatre, sous Innocent III. Jean Diacre ne parle pas des épingles, mais on les trouve mentionnées par les auteurs à partir du xe siècle ; voir pour s'en convaincre l'Ordo rornanus XIII, cité au commencement du chapitre suivant.
3. Bénédiction du pallium. Benoît XIV, dans sa bulle Rerum ecclesiasticarum origines, a fait l'historique de cette bénédiction. Voici en substance ce qu'il dit : Mallius, chapelain de la basilique de Saint-Pierre au Vatican, sous Alexandre III (1159-1181), cite, comme un privilège de la basilique, la cérémonie qu'il appelle « vigilare pallia ». Au dire d'un autre chanoine de la même basilique vaticane, Maphoeus Vegius, il s'agit là d'une pieuse supplication à laquelle tout le clergé s'associe par le chant des psaumes pénitentiaux, des litanies et d'autres prières ; on y joint les vigiles nocturnes ou office de Matines et Laudes pour la fête de saint Pierre et saint Paul. Les livres des cérémonies romaines attribués à Christophe Marcel ajoutent que les palliums étaient, pendant ce temps, posés, à la Confession de saint Pierre, sous l'autel majeur où se trouvent les corps des saints apôtres, qu'on les y laissait pendant la nuit, qu'on les remettait ensuite aux sous-diacres de l'église chargés de les conserver en un lieu convenable. Plus tard, le prélat qui présidait à l'office de nuit, après avoir chanté les Laudes, vint à l'autel de la Confession, en habits pontificaux, aspergea d'eau bénite, encensa les palliums puis prononça sur eux une formule de bénédiction : les ornements ainsi bénits furent laissés sur le tombeau des saints apôtres pendant toute l'octave. C'est alors qu'on les renfermait dans une boîte recouverte d'un voile de soie écarlate, cette boîte était déposée dans l'oratoire où l'on conserve les saintes reliques et la clef en était remise au premier maître des cérémonies pontificales. Benoît XIV dit qu'il a vu pendant longtemps pratiquer ce dernier rite. Il y a fait quelques modifications dans sa bulle : Désormais, dit-il, on apportera, chaque année, à la Confession de saint Pierre, un nombre suffisant de palliums. Le chanoine sacristain de la basilique fera cette cérémonie dès le matin de la vigile des saints apôtres : quand seront chantées solennellement les premières vêpres de la fête, le pape lui-même, ou, en son absence, le cardinal qui a officié pontificalement viendra bénir les palliums. La formule de bénédiction a été composée par Benoît XIV lui-même ; nous en donnons la traduction au chapitre IV : Symbolisme du pallium. La bénédiction achevée, on enfermera les ornements ainsi bénits dans une petite cassette d'argent, qui devra être conservée à la Confession près du corps de saint Pierre. Le soin et la garde de cette cassette incombent au sacristain de la basilique, il en remettra néanmoins la clef au premier maître des cérémonies pontificales.
CHAPITRE II
Imposition du pallium.
Il faut distinguer ici les cérémonies qui s'accomplissent pour l'imposition du pallium au pape, et celles pour l'imposition aux autres prélats.
Article I. - Imposition du pallium au pape.
Le souverain pontife ne reçoit le pallium de personne, attendu que sa juridiction lui vient immédiatement de Notre-Seigneur lui-même : bien que ce soit l'archidiacre de l'Eglise romaine qui lui mette cet ornement sur les épaules, au jour de son couronnement, cette cérémonie n'implique pas une transmission de juridiction. - La cérémonie parait assez ancienne. D. Ménard a relevé dans le Codex Ratoldi, un sacramentaire manuscrit qui remonte au xe siècle, certains détails de la cérémonie du couronnement du pape, concernant le pallium. On y lit, par exemple, qu'avant de monter à son trône, le nouveau pontife reçoit la consécration des mains de l'évêque d'Ostie, et que l'archidiacre lui met le pallium. - L'Ordo romanus XIII ou Cérémonial romain édité par ordre de.Grégoire X (1271-1276) dit qu'après la réception des cardinaux au baisement du pied, au jour de sa consécration, le souverain pontife vient à l'autel, y prend le pallium qui a été préparé par le premier des sous-diacres de la chapelle pontificale ou le prieur de la basilique Sanctae Sanctorum ; alors les deux premiers cardinaux-diacres soutiennent le pallium et, seul, le premier des deux présente au pape le pallium en disant : « Recevez le pallium qui est la plénitude de la charge pontificale, â l'honneur du Dieu tout-puissant... » puis il lui adapte l'ornement avec les trois épingles d'or. La même cérémonie se trouve indiquée dans les mêmes termes, dans l'Ordo romanus XIV, oeuvre de Jacques Gaétan, cardinal-diacre sous Boniface VIII et ses successeurs immédiats.
L'Ordo romanus XV, oeuvre de P. Amelius, en 1378, parlant de la mort du pape, dit qu'on l'ensevelit avec les ornements de sa dignité et mentionne en particulier le pallium qui avait été pris du corps de saint Pierre.
Article II. - Imposition du pallium aux prélats.
Ceux qui recevaient le pallium eurent, de tout temps, plusieurs formalités préalables à remplir ; après la concession faite par le pape, il restait la cérémonie d'imposition solennelle qui s'accomplissait, soit à Rome, soit à. l'église cathédrale du prélat auquel le pallium était accordé.
1. Formalités préalables. Comme on le voit dans les lettres de saint Grégoire le Grand, il fallait une demande faite par l'intéressé, appuyée par son clergé ou ses coévêques, pour que le pallium lui fùt accordé. Saint Grégoire le dit expressément dans une lettre à Brunehault au sujet de l'évêque d'Autun, Syagrius. Même quand le pallium fut devenu obligatoire pour les archevêques, la demande dut être faite et présentée au souverain pontife, écrite de la main même du solliciteur ou du moins signée par lui. On a vu qu'Innocent II ne voulut pas acquiescer à la demande du pallium faite par saint Malachie pour les archevêques d'Irlande, avant d'avoir obtenu l'avis du clergé de l'île réuni en un concile national. Le pape Jean VIII refusa d'abord le pallium à Vuilibert de Cologne parce que la demande n'était pas faite dans les conditions voulues.
Du Cange donne la formule suivante où l'église sollicite la faveur du pallium pour son évêque. Supplicat Sanctitati vestrae Ecclesia, quatenus venerabili patri domino B. electo ipsius ecclesiae et de mandato SanctitatisVestrae consecrato, pallium de beati Petri tantum corpore sumptum, in quo plenitudo pontificalis officii cum archaepiscopalis nominis applicatione, confertur, concedatis, si placet ; et hoc supplicat et petit instanter, humiliter et devote, et iterum hoc supplicat et petit instantius.
Depuis longtemps déjà., la demande est adressée au pape en consistoire semi-public par un avocat consistorial ; Benoît XIV, dans une allocution du 23 septembre 1750, nous fait connaître que c'était l'usage en vigueur au XVIIIe siècle.
A cette demande devait être adjointe la profession de foi du candidat; le concile de Ravenne, sous Jean VIII, requit cette condition, et saint Boniface de Mayence y joignit la promesse d'obéissance au souverain pontife. Les archevêques remplissent cette formalité dans la cérémonie de l'imposition, comme on peut le voir au pontifical romain. - Vers le milieu du XIe siècle, la formule du serment des archevêques fut modifiée par les soins de saint Grégoire VII ; la querelle des investitures en fut l'occasion, et ce ne fut pas sans peine que les évêques d'Allemagne et d'Italie s'y soumirent. Les souverains pontifes tinrent bon ; Pascal II répondit a une pétition venue de Hongrie pour l'abrogation de la prestation de serment : « Puisque vous demandez au siège apostolique les insignes de votre dignité, que ces insignes sont tirés du corps de saint Pierre, il est juste que vous donniez à ce siège les marques légitimes de votre soumission. » Le calme se fit sur ce point, la formule fut acceptée et depuis elle est universellement en usage : on la trouve un peu amplifiée dans le pontifical romain édité par les soins de Clément VIII et d'Urbain VIII ; elle sert non seulement aux métropolitains pour la réception du pallium, mais aux simples évêques pour leur consécration, aux abbés pour leur bénédiction.
A la demande des intéressés, le pape répondait par écrit, comme on peut s'en convaincre par la lecture des lettres de saint Grégoire ; on trouve aussi dans l'appendice aux lettres de ce pape une formule de concession du pallium. L'allocution de Benoît XIV citée plus haut nous apprend que, suivant la discipline canonique moderne, la concession, comme la demande, se fait en consistoire semi-public.
2. Cérémonie d'imposition. - Primitivement, il fallait se rendre à Rome pour recevoir le pallium, mais un usage, qui a prévalu surtout depuis le XIIe siècle, admet que les prélats empêchés reçoivent cet insigne des mains d'un délégué pontifical. Saint Grégoire VII, dans une lettre à Brunon de Vérone, fait allusion à ce qui avait été statué par ses prédécesseurs : « Nous ne vous accordons pas pour le moment le pallium, parce que l'autorité de nos prédécesseurs a statué qu'on l'accorderait uniquement à la personne présente à Rome. » Saint Pierre Damien parle aussi de cette pratique comme étant de rigueur : cependant, il reconnaît qu'il y avait eu, dans les temps anciens, des exceptions à cette règle, mais alors les papes s'étaient fait représenter dans les provinces par un légat qui soumettait le candidat à un examen sérieux et recevait sa profession d'union perpétuelle au saint-siège. Il semble bien que, même du temps de saint Grégoire le Grand, les métropolitains pouvaient envoyer à Rome un prélat qui recevait le pallium en leur nom . - A. Lorsque le titulaire lui-même vient à Rome pour y recevoir cet insigne, le soin de le lui imposer incombe au premier des cardinaux-diacres, d'après le livre des cérémonies de l'Eglise romaine. Cependant, il ne paraît pas que cette pratique soit bien ancienne, car on trouve dans un des ordines romani une oraison que le pape lui-même doit réciter sur l'archevêque avant que celui-ci ne reçoive le pallium : on vit, au xve siècle, le pape Sixte IV (1471-1484) donner de ses propres mains cet insigne au patriarche de Constantinople alors que ce prélat était simplement archevêque de Crète. Cinq siècles auparavant, on vit saint Dunstan de Cantorbéry venir à Rome pour y recevoir le pallium (960) ; le pape Jean XII ne le lui imposa pas, mais lui ordonna de le prendre lui-même sur l'autel.
B. Plus communément maintenant le titulaire ne va pas lui-même à Rome : après la préconisation du nouvel archevêque, le pape l' informe que sa demande concernant l'usage du pallium est acceptée, qu'un évêque sera désigné pour lui imposer cet insigne, après être venu le prendre à Rome ; puis il ajoute des avis paternels concernant les devoirs de sa charge, lui rappelle les vertus que symbolise le pallium. - Un rescrit est remis à l'évêque chargé de porter cet insigne ; il reçoit mission de l'imposer au candidat conformément au cérémonial indiqué dans la Bulle ; il recevra le serment de fidélité de l'archevêque, le lui fera mettre par écrit et marquer de son sceau, puis enverra cet écrit à Rome sans retard. Au jour convenu, on se réunit, soit à l'église métropolitaine, soit dans une autre du diocèse ou de la province ; on célèbre la sainte messe, et après la communion du célébrant, le pallium est posé sur le milieu de l'autel, étendu et recouvert d'un voile de soie. Après la messe, l'évêque célébrant, revêtu de la chape et des autres ornements pontificaux, prend place au fauteuil au milieu de l'autel, reçoit au nom du saint-siège le serment de fidélité que l'archevêque prononce à genoux, la main sur le livre des Evangiles. Le serment prêté, l'évêque se lève, prend le pallium sur l'autel, le place sur les épaules de l'élu qui demeure à genoux, revêtu préalablement de tous les ornements pontificaux, à l'exception de la mitre et des gants. L'évêque, en imposant le pallium, dit ces paroles : « A l'honneur du Dieu tout puissant, de la bienheureuse Marie toujours Vierge, des saints apôtres Pierre et Paul, de Notre Saint-Père le Pape N... et de la Sainte Eglise Romaine, de l'église de N... qui vous est confiée, nous vous remettons le Pallium, pris du corps de saint Pierre, dans lequel est la plénitude de l'office pontifical, avec l'appellation du nom patriarcal ou archiépiscopal ; pour que vous en usiez dans l'intérieur de votre église, à certains jours qui sont énumérés dans les privilèges à vous concédés par le Saint-Siège. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. » Ce rit achevé, l'évêque se retire au coin de l'autel du côté de l'Evangile ; alors l'archevêque se lève, monte à l'autel, ayant devant lui sa croix archiépiscopale, et, s'il est dans sa province, bénit solennellement le peuple ; après quoi il quitte ses ornements dans l'église même et tout le monde se retire.
3. Reste à accomplir la cérémonie de l'intronisation. Elle est un peu différente suivant les deux modes d'imposition du pallium précédemment décrits. Pour en donner une idée, qu'il nous soit permis de résumer ce qu'on lit dans un pontifical du xve siècle à l'usage de l'église de Cantorbéry. - A. Lorsque le prélat est allé recevoir le pallium à Rome : de grand matin, le convent ou chapitre récite l'office du jour jusqu'à tierce. A l'arrivée de l'archevêque, le prieur (ou doyen) et le convent (ou chapitre) en chapes vont à sa rencontre jusqu'à l'entrée du cimetière ou de la cathédrale, on présente au prélat l'eau bénite et l'encens. Un clerc, qui accompagne le prélat et porte le pallium dans une boîte d'argent, présente son précieux fardeau au prieur; celui-ci ouvre la boîte, déplie le pallium et le remet aux mains du plus ancien chanoine. Pendant ce temps, l'archevêque s'est agenouillé et a baisé la croix et le livre des Evangiles. La procession s'avance jusqu'au maître-autel; le chanoine qui porte solennellement le pallium va le déposer sur l'autel. On chante un répons en l'honneur de la sainte Trinité, le prieur chante les versets et l'oraison pour le prélat, après quoi celui-ci bénit le peuple, entonne le Te Deum, et va au fauteuil. Quand le Te Deum est terminé, les chanoines et le clergé de la cathédrale s'approchent successivement de l'autel et baisent le pallium. Après quoi, le prélat se rend à la sacristie, précédé du chanoine qui porte le nouvel insigne. Là se termine la première partie de la cérémonie ; elle est suivie de la messe pontificale. L'archevêque sort de la sacristie, revêtu des ornements pontificaux et portant sur la chasuble le pallium : quand il entre au choeur, on chante le répons : Deum time et mandata ejus observa, hoc est enim omnis homo ; le prieur ou doyen dit une première oraison, conduit l'archevêque à son trône, se tient en face de lui et récite une seconde oraison, puis, le faisant asseoir, il dit la formule d'intronisation : In nomine Dei, etc... le choeur chante le répons : Béni soit Dieu qui vous a choisi pour pasteur, etc Les chanoines et le clergé viennent, deux à deux, rendre hommage à l'archevêque et baiser sa main ; puis après une dernière oraison récitée par le prieur (ou doyen) la messe pontificale se célèbre comme à l'ordinaire. Le prélat en terminant donne la bénédiction et accorde une indulgence.
B. Lorsque le pallium est envoyé de Rome par un délégué spécial, tout se passe comme précédemment jusqu'à la procession. A cette procession, l'archevêque se joint au chapitre après avoir revêtu les ornements pontificaux, mais il marche pieds nus devant les chanoines en chapes. Ils vont au-devant du délégué pontifical ; celui-ci en aube et en chape porte avec respect le pallium renfermé clans une boîte d'argent ou d'or
.
Quand on l'a rencontré, tous reviennent au choeur, le délégué marchant après l'archevêque; le pallium est déposé sur le maître-autel ; l'archevêque, après s'être prosterné, fait sa profession de foi, reçoit le pallium entre ses mains et entonne le Te Deum. Pendant le chant de cette hymne, il se place devant l'autel tenant le pallium plié dans sa main et tous viennent vénérer l'insigne. Après qu'on lui a lavé les pieds, l'archevêque se prépare à célébrer la messe, on le revêt à la sacristie de ses ornements pontificaux, mais avant de lui donner le pallium, le délégué, s'il est évêque, ou un évêque assistant, récite une oraison, impose au prélat le pallium en disant la formule donnée précédemment (d'après le rit romain conforme aux prescriptions d'Innocent III. Les anciens livres de l'église anglicane donnent ici une autre formule). Puis la cérémonie se poursuit, comme il a été dit précédemment, en ce qui concerne l'entrée au choeur, l'intronisation et la messe pontificale.
Il faut noter ici que les souverains pontifes ont toujours évité d'exiger une redevance pour la collation du pallium, alors même que cet insigne était purement honorifique. On l'avait réglé ainsi bien avant le pontificat de saint Grégoire le Grand; ; ce prélat voulut renouveler l'ancienne règle à ce sujet dans un synode tenu à Rome. La constitution fut confirmée par ses successeurs, notamment par le pape saint Zacharie ; dans une lettre à Boniface, archevêque de Mayence, il se plaint d'avoir appris qu'on était persuadé du contraire dans certaines régions et qu'on le disait disposé à accorder le pallium pour en percevoir des avantages temporels, ce qui serait une hérésie simoniaque. On ne saurait exprimer en termes plus vigoureux son aversion pour une pratique aussi contraire à l'esprit de l'Eglise : Anathematizamus namque omnes quicumque ausi sunt donum Spiritus Sancti pretio venumdare.
CHAPITRE III
Usage du pallium.
Deux points sont ici à considérer : dans quel sens on doit dire que le pallium est exclusivement personnel, dans quelles circonstances les prélats qui l'ont reçu sont autorisés à le revêtir.
1. Le pallium est personnel, en ce sens que, seule, la personne pour laquelle il a été accordé peut s'en servir. Le pape Célestin III a déclaré qu'un archevêque ne pouvait pas prêter son pallium à un métropolitain, son collègue. Le successeur d'un archevêque ne peut user du pallium de son prédécesseur, que celui-ci soit mort ou ait été transféré à un autre siège : le nouvel élu doit solliciter et obtenir pour lui-même un nouveau pallium. D'autre part, si ce nouvel élu avait déjà reçu pour lui-même le pallium dans la charge dont il était précédemment investi, il ne peut se servir de son ancien pallium, mais doit en demander un pour la charge nouvelle qui lui incombe. L'archevêque, à sa mort, est enseveli avec son pallium, parce qu'il doit présenter au tribunal de Dieu les âmes dont il avait la charge ; même s'il a reçu deux palliums durant sa vie, il est enseveli avec les deux, ayant a répondre au Souverain Juge pour le double troupeau dont il a été chargé. S'il est enterré dans sa province, on lui met le pallium sur les épaules, sinon, on met le pallium plié sous sa tête. Le cérémonial des évêques prescrit de garder avec beaucoup de soin cet insigne. Tout pallium perdu ou devenu hors d'usage doit être remplacé par un autre venu de Rome. Un archevêque de Siponto, ayant été dépouillé en mer par les pirates de tous ses biens, même de son pallium, dut en demander un nouveau au pape Urbain VIII.
2. Circonstances dans lesquelles les prélats peuvent user du pallium. Seul, le pontife romain peut en user aux messes solennelles, toujours et partout où il célèbre, parce qu'il possède dans toute sa plénitude et pour tout l'univers la puissance ecclésiastique. Des documents nous apprennent que les papes ont usé du pallium, même en dehors des messes solennelles ; ainsi, l'Ordo romanus X, num. XIII, parle d'une procession faite le vendredi saint, entre la basilique du Latran et Sainte-Croix de Jérusalem ; D. Georgi en conclut qu'a cette procession le pape portait le pallium sur la chasuble, car, arrivé à Sainte-Croix, le pape va à la sacristie et on lui enlève la chasuble avec le pallium. Par les actes du Concile de Bari (en 1097), on voit aussi que les Papes étaient revêtus du pallium dans les conciles. Urbain II, revêtu de la chasuble et du pallium, monta au trône, les autres Pères siégeant en chape.
B. Quant aux autres prélats, les pontifes de Rome ont toujours empêché qu'ils revêtissent le pallium en dehors des messes solennelles et en dehors de l'église. Cette restriction, passée en usage, est signalée dans les lettres de saint Grégoire le Grand ; il écrit à Jean de Ravenne : « Vous ne devez pas ignorer, semble-t-il, qu'on n'a jamais dit d'un métropolitain au monde qu'il eût usé du pallium en dehors de la messe. »
A Syagrius d'Autun, il écrit : « Vous devez user du pallium dans votre église et seulement pour la messe solennelle. » Dans une autre lettre à Jean de Ravenne, il insiste sur la répression de l'abus déjà signalé : « Par un sentiment d'ostentation, vous usez du pallium en dehors de l'église ; vous n'avez jamais osé le faire sous mes prédécesseurs, eux-mêmes ne l'ont jamais pratiqué, comme l'attestent nos responsoriaux (si ce n'est peut-être pour des translations de reliques). » - Un synode romain, sous Jean VIII, porta la sanction suivante : « Tout métropolitain qui aura usé du pallium sur les places publiques ou dans les processions et ne se sera pas contenté de le revêtir aux principales fêtes indiquées par le saint-siège seulement pour la messe solennelle, sera privé de l'honneur de le porter. » Le cardinal Bona regarde comme dénué de fondement ce que dit Flodoard, à savoir que l'archevêque Hincmar de Reims aurait été autorisé à porter le pallium tous les jours. Cette assertion, d'ailleurs, ne s'accorderait guère avec ce que l'archevêque de Reims dit dans une de ses lettres au pape Nicolas Ier : « Quant au pallium dont je n'userais pas conformément à ce qui été prescrit, je vous déclare en toute sincérité que, sauf aux jours de Noël et de Pâques, j'use à peine durant toute l'année du même pallium,.... je n'en use pas toutes les fois que cela m'a été concédé. »
Dans la suite des temps, les souverains pontifes ont porté des prohibitions tendant à restreindre l'usage du pallium aux seuls jours mentionnés dans la concession du privilège. Ainsi Honorius III déclare qu'il n'est pas permis à l'archevêque de célébrer la messe des défunts avec le pallium ; Clément III décide qu'on ne le portera pas aux processions (S. Grégoire le Grand, nonobstant ses avis à Jean de Ravenne, avait été amené à des concessions en faveur de son successeur Marinianus : en dehors de l'église, lui écrivait-il, nous ne vous permettons plus de porter le pallium que quatre fois l'année, dans les processions.
La série des jours où les prélats pouvaient user du pallium a un peu varié selon les époques. Ainsi le pape Adrien II, concédant le pallium à l'évêque de Nantes, lui assigne un assez petit nombre de jours où il pourra le porter. Ce sont: Pâques, Noël ou l'Ascension, l'Assomption de la Sainte Vierge ou la fête de saint Pierre et de Saint Paul, ou la nativité de saint Jean-Baptiste, la Saint-Martin, l'anniversaire de sa consécration épiscopale. Saint Nicolas Ie`' écrit à Rodolphe, archevêque de Bourges : ceux-là seuls qui en ont obtenu la permission du saint-siège peuvent porter le pallium le jeudi saint. A cette époque-là le jeudi saint n'était pas encore au nombre des jours où l'on pouvait user du pallium.
Des lettres des papes Alexandre II et Urbain II nous attestent qu'il existait une diversité dans la désignation de ces jours : ainsi Alexandre II (1061-1075) cite Noël, l'Epiphanie, le Jeudi Saint, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, la Nativité de saint Jean-Baptiste, la fête des saints Pierre et Paul, les quatre fêtes de la sainte Vierge, Nativité, Annonciation, Purification, Assomption, deux fêtes du saint ange ; également les fêtes des douze apôtres, de saint Grégoire, des saints Serge et Bacchus, de tous les saints ; enfin l'anniversaire de la consécration du prélat et chaque fois qu'il fera une ordination ou une consécration d'église. Urbain II (1088-1099) omet plusieurs de ces jours, comme les fêtes de la sainte Vierge, celles de saint Grégoire, des saints Serge et Bacchus, puis ajoute les fêtes de saint Etienne, de saint Nicolas, de saint Sabinus. - La liste suivante se lit dans une lettre d'Innocent III ; elle passa dans la formule d'imposition du pallium rédigée par ce pontife : Noël, saint Etienne, Circoncision, Epiphanie, Dimanche des Rameaux, Jeudi Saint, Samedi Saint, Pâques, Lundi de Pâques, Ascension, Pentecôte, trois fêtes de la sainte Vierge, Nativité de saint Jean-Baptiste, fêtes de tous les apôtres, Toussaint, Dédicace des Eglises, consécrations d'évêques, ordinations de clercs, fêtes principales de l'église métropolitaine, anniversaire de la consécration du prélat . - La formule actuelle du pontifical romain ajoute à cette liste : le mardi de Pâques, le Dimanche in AIbis, la fête du Saint-Sacrement, la quatrième fête en l'honneur de la sainte Vierge, le jour de la consécration des religieuses et l'anniversaire de la dédicace de l'église : ces fêtes sont mentionnées assez souvent dans les documents pontificaux et paraissent avoir fait l'objet d'un privilège spécial accordé à certaines églises : chaque métropolitain n'a qu'à s'en tenir sous ce rapport aux termes du rescrit qui lui est accordé.
A la série des fêtes que mentionne le Pontifical Romain, Léon XIII a ajouté celles de l'Immaculée Conception et de saint Joseph.
Signalons, en terminant ce chapitre, la pratique des évêques grecs de quitter l'omophorion pendant le chant de l'Évangile ; saint Isidore de Péluse nous dit que « c'est à l'imitation du divin Pasteur ; pour retrouver la brebis perdue, il n'a pas hésité à dépouiller l'éclat de sa nature divine et à revêtir nos infirmités. Siméon évêque de Thessalonique, dans son traité De Mystagogia donne aussi l'explication de ce rit très ancien dans l'église orientale. La pratique n'a pas été adoptée par l'église occidentale, mais on peut y trouver la raison pour laquelle les souverains pontifes ont restreint l'usage du pallium à la messe solennelle. Comme on le verra dans le chapitre suivant, le pallium de laine symbolise la brebis perdue, et celle-ci n'a été vraiment retrouvée que par le sacrifice sanglant de la croix dont la messe est le mémorial et la continuation à travers les siècles.
CHAPITRE IV
Symbolisme du pallium.
L'usage du pallium, lisons-nous dans le cérémonial des évêques, renferme de nombreuses significations mystiques, et, au témoignage de D. Ruinart, il faudrait des volumes pour reproduire les interprétations données par les auteurs de tous les âges. Après avoir signalé quelques expressions des anciens, depuis saint Grégoire le Grand jusqu'à Innocent III, on citera ici plus longuement ce dernier pape qui semble avoir condensé, dans une seule page, les explications de ses devanciers et on terminera par la belle prière que Benoît XIV a composée pour la bénédiction du pallium.
1. Pour saint Grégoire le Grand, cet insigne prêche l'humilité et la justice : entendons par là l'attention à se montrer modeste dans la prospérité, ferme et compatissant au milieu de l'adversité qui peut fondre sur le pasteur ou sur le troupeau. Il faut donner à l'honneur que procure cette marque distinctive le contrepoids de l'humilité. - Amalaire estime que les deux pendants du pallium symbolisent la beauté de la doctrine, l'ordre harmonieux des préceptes divins ; ils sont rattachés en passant autour du cou du prélat, pour faire entendre que les oeuvres du pasteur doivent être en harmonie avec ses discours. Le signe de la croix, dit Raban Maur, est marqué en couleur de pourpre sur le pallium par devant et par derrière pour apprendre au pontife qu'il doit se souvenir de la passion du Sauveur et rappeler ce souvenir aux fidèles. On porte cet insigne à la messe solennelle, dit Honorius d'Autun, parce que dans ce sacrifice adorable apparaissent les mystères de la passion. Les Grecs, à la suite de saint Isidore de Péluse, ont vu dans l'omophorion la peau de cette brebis que le Seigneur chercha quand elle s'était perdue et qu'il ramena sur ses épaules. L'évêque montre par cet insigne qu'il est l'imitateur de Jésus-Christ, le suprême pasteur, qu'il veut à son exemple porter sur lui les infirmités de son troupeau. Le pape Clément II (1047), envoyant le pallium à Jean de Salerne, s'inspire de la même pensée quand il lui écrit : « Apprenez donc à veiller, à regarder tout autour de vous pour qu'aucune de vos brebis ne s'égare et ne tombe sous la dent du loup ; si ce malheur arrivait à quelqu'une, soyez attentif à la prendre sur vos épaules pour la rapporter au bercail. » Saint Bruno d'Asti rapproche le pallium du rational et du superhuméral que portait le grand-prêtre de la loi ancienne et tire de ce rapprochement de salutaires leçons.
2. On peut dire d'Innocent III (1198-1216) qu'il n'a omis aucune des applications mystiques du pallium, dans cette page que nous voulons traduire : Le pallium, dont usent les archevêques, marque l'ordre avec lequel ils doivent gouverner leurs sujets et se gouverner eux-mêmes. Ils acquièrent, par le combat, cette couronne de grâce et cette parure pour le cou dont parle le Livre des Proverbes (ch. 1, v. 9). Le pallium est fait de laine blanche, a dans sa partie supérieure comme un cercle qui couvre les épaules et deux bandes qui tombent l'une sur la poitrine, l'autre par derrière : il porte quatre croix de pourpre ; la bande est double du côté gauche et simple du côté droit. Or, chacun de ces détails a ses significations mystiques et est plein de symboles divins. Le pallium est fait avec la laine des agneaux, cet animal plein de douceur auquel Notre-Seigneur a voulu être comparé (Isaïe, ch. LIII, v. 7). Le cercle du pallium qui couvre les épaules et les rapproche pour ainsi dire l'une de l'autre symbolise la crainte du Seigneur qui limite notre activité dans le cercle des oeuvres bonnes et utiles. Elle empêche d'incliner à gauche en faisant le mal, ou à droite en faisant des oeuvres superflues. Les quatre croix de pourpre symbolisent les quatre vertus cardinales de justice, de force, de prudence et de tempérance ;ces dispositions, si elles n'étaient comme empourprées du sang de Jésus, ne mériteraient pas véritablement le nom de vertus et ne conduiraient pas à la véritable félicité des saints. Celui donc qui porte l'insigne du pallium, pour être vraiment ce qu'il paraît, doit avoir devant lui la justice pour rendre à chacun ce qui lui est dû ; par derrière, la prudence pour éviter tout ce qui pourrait être préjudiciable aux autres ; sur l'épaule gauche, la force pour ne pas se laisser accabler par l'adversité ; sur l'épaule droite, la tempérance pour ne pas se laisser éblouir par la prospérité. Les deux bandes, dont l'une tombe par derrière et l'autre devant la poitrine, symbolisent, l'une la vie active de Marthe, l'autre la vie contemplative de Marie ; elles apprennent encore au prélat qu'il doit, à l'exemple de Moïse, tantôt se tenir sur la montagne pour parler à Dieu, tantôt descendre dans le camp pour songer aux intérêts du troupeau, entre ces deux alternatives, ne jamais se laisser appesantir et courber vers la terre (Sagesse, chap. IX, v. 15). La partie doublée sur l'épaule gauche représente le fardeau de la vie présente qu'il faut savoir porter avec courage ; la partie simple de l'épaule droite apprend avec quelle allure dégagée il faut s'élever vers le ciel. Trois épingles sont enfoncées dans le pallium, une devant la poitrine, une autre sur l'épaule gauche, la troisième par derrière : ce qui apprend au pontife qu'il doit compatir aux maux du prochain, dût son coeur en être percé, être tout entier aux devoirs de sa charge, dût son épaule fléchir sous le poids de la fatigue ; montrer parfois la sévérité d'un juge, dût son troupeau en être terrifié. L'absence d'épingle sur l'épaule droite signifie qu'au ciel, dans l'éternel repos, il n'y aura plus d'affliction ni de peine.
3. Sous une autre forme, Benoît XIV (1740-1758) a exposé les enseignements à tirer du pallium ; il les a renfermés dans une prière pour la bénédiction de cet insigne : « Daignez, Seigneur, par notre ministère, répandre votre bénédiction sur ces palliums, afin que par leur moyen soient réalisées la plénitude et l'excellence de la charge pastorale dont ils sont la représentation symbolique. Quiconque portera cet insigne doit comprendre, ô mon Dieu, qu'il est le pasteur de votre troupeau, et montrer par ses oeuvres qu'il n'en porte pas inutilement le nom. Qu'il soit l'imitateur du Pasteur suprême et bon, qui a rapporté sur ses épaules la brebis errante, l'a fait rentrer dans le bercail, a donné tout son sang pour son salut. Qu'à son exemple, il se montre, dans la garde du troupeau confié à ses soins, attentif, vigilant, circonspect pour qu'aucune dé ses ouailles ne tombe dans les pièges et sous la dent du loup. Que, sous l'influence d'un zèle bien réglé, il cherche la brebis perdue, ramène la brebis égarée, fortifie la brebis débile, guérisse la brebis malade, Qu'il voie placée sur ses épaules la croix dont votre divin Fils a volontiers supporté les tourments au lieu de goûter la joie qui se présentait devant lui ; que le monde soit crucifié pour lui comme il l'est pour le monde. Qu'il prenne sur ses épaules le joug de l'évangile, que ce joug lui soit doux et léger, qu'il s'avance à grands pas dans la voie de vos- commandements, donnant aux autres l'exemple de la docilité. Que ce pallium soit enfin pour le pontife le symbole de l'unité, le signe du ralliement au saint-siège, le lien de la charité, la garantie du divin héritage, le gage de l'éternelle sécurité, afin qu'au jour du Juge-ment, Jésus Christ, le prince des pasteurs, le revête de la robe de gloire et d'immortalité, avec les brebis confiées à ses soins. » - On le voit, Benoît XIV s'est inspiré, pour composer cette prière, des passages de la Sainte Ecriture où la sollicitude du pasteur se trouve le plus suave-ment et le plus fortement exprimée ; impossible de dépeindre plus au vif et le symbolisme du pallium et les devoirs qu'il prêche à ceux qui ont l'honneur de le porter.
CONCLUSION
Un dernier mot résumera notre travail. Si obscures qu'aient été les origines du pallium dans 1'Eglise catholique, si modeste que puisse paraître la forme actuelle de cet ornement, les souverains pontifes ont voulu en faire et en ont fait un élément indispensable de la dignité archiépiscopale. Aucun prélat désigné pour occuper un siège métropolitain ne peut, avant de l'avoir reçu, exercer les droits, jouir des prérogatives de sa charge, il ne peut même pas prendre le nom d'archevêque. Et pour le recevoir, c'est au pontife de Rome qu'il doit s'adresser. On peut donc dire, avec Dom Morin, que Dieu s'est servi de cet insigne, en apparence bien secondaire, pour resserrer les liens de la hiérarchie dans nos Eglises d'Occident ; l'histoire de ce petit pallium montre, du même coup, l'ascendant divinement établi du siège apostolique s'accusant de plus en plus nettement, pour garantir l'Occident chrétien de la caducité précoce des Eglises moins étroitement unies au centre de la catholicité. - En toute réalité, il est, comme le souhaitait Benoît XIV, symbolum unitatis et cum apostolica sede communionis perfectae tessera.