Homélie de Mgr Émile Marcus lors de la messe en la cathédrale Saint-Etienne
Messe en souvenir des victimes de la catastrophe de l'AZF, pour les blessés et les familles éprouvées en la cathédrale Saint-Étienne le mercredi 26 septembre 2001
Lectures :
Lamentations 3, 17-26
S. Jean 6, 37-40
Une femme qui a perdu son mari dans la catastrophe m'a confié sa détresse. Elle est peut-être là dans l'assistance. En faisant écho ici aux paroles qu'elle m'a dites, je risque de raviver sa souffrance . je lui en demande pardon. Mais il faut que le monde sache !
" Ce matin nous nous sommes quittés, comme si de rien n'était. Je ne l'ai pas vu revenir… " Après un long silence : " nous nous aimions ".
Cette catastrophe a fait toutes sortes de dégâts. Certains sont repérables si nous nous y mettons, tous ! Mais pour cette femme et beaucoup d'autres que nous connaissons, c'est l'amour qui est brisé.
Je n'ai pas de théorie à vous faire, sur la souffrance. De là où je suis, comme pasteur des fidèles de l'Église catholique à Toulouse, j'essaye d'aider. Je pleure avec vous.
Aider, oui nous le pouvons, nous le ferons. Soutenir les plus éprouvés, reconstruire les maisons…travailler à ce qu'une telle chose ne puisse plus se produire : tout cela est difficile mais tout cela est à notre portée. Mais quand le mal est irrémédiable, quand le fil d'un amour est interrompu, il reste une question. La seule question qui vaille. Pouvons-nous compter sur une issue dans la compassion de Dieu ? Au-delà de la stupeur, de la révolte, du découragement, il faut bien finir par entendre cette question là-aussi. Y a-t-il un Dieu qui puisse, qui veuille desserre l'étau du chagrin ? Un Dieu qui rende la vie ?
Ou bien nous n'avons rien de tel (ou seulement l'oubli, et l'évasion pour oublier) ou bien il existe quelque part une délivrance. Un mystère de délivrance.
C'est à chacun d'interroger son cœur, chacun avec les moyens de sa propre religion, du moins pour ceux qui ont une religion. Car cette question nous est commune à tous !
Y a-t-il un mystère de délivrance face au mal irrémédiable ? Pour les chrétiens, la réponse est dans cette parole de Jésus, lue tout à l'heure dans l'Évangile de Jean. " La volonté du Père qui m'a envoyé, c'est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donné, mais que je les ressuscite tous au dernier jour " (Jn 6, 39).
Mgr Émile Marcus
Archevêque de Toulouse