Bien cher Bertrand
De la Monteau Nicolas -  2001-09-16 18:57:21

Bien cher Bertrand

Voilà qui est beaucoup, mais alors beaucoup plus agréable à lire. Je me doutais que vous étiez un type bien et drôle en plus (ce que j'avoue, je n'avais pas deviné dans vos précédents messages !).
Puisque vous avez fort bien placé les règles (elles seront donc valables pour chacun d'entre-nous) on va enfin pouvoir commencer à discuter sérieusement.

Je comprends votre tristesse et la partage !
Mais non, très sincèrement, je ne me paie pas votre tête.
Le fait que je sois attaché à l'Eglise et à son Pasteur ne m'empêche pas, comme vous, de ne pas comprendre très bien, et le texte précité me laisse songeur d'interrogations.

Je place ceci dans ce que j'appelle les tendances mauvaises de l'actuelle Eglise. Je les appelle ainsi car, à moi aussi, elles me paraissent en contradiction totale avec la Foi catholique qui est Une et qui est Sainte. Car au fond... de deux choses l'une. Soit notre religion est la seule vraie, soit elle n'est qu'une religion parmi les autres, sans plus de valeur que les autres et dans ce cas, pourquoi tous les Apôtres à l'exception de Saint Jean, sont-ils morts pour elle ? Pourquoi les milliers d'autres martyrs, pourquoi les missionnaires.... Pourquoi ?

Ceci étant, cette désorientation, cette tristesse, cette envie de révolte parfois... ne m'autorise pas à tourner le dos à cette Eglise dans laquelle j'ai été baptisé. Ces éléments ne me permettent pas de franchir certaines limites parce qu'en réalité, qui suis-je pour juger le Saint Père, ce qu'il fait et ce qu'il dit. D'abord, comme chacun le sait, il n'est infaillible que dans certaines conditions très précises qui d'ailleurs n'ont plus été réunies depuis Pie XII. Ce qui signifie qu'il peut se tromper. L'Eglise est sainte, mais elle est composée de pécheurs. Et malgré l'immense respect et admiration que je ressens pour le pape Jean-Paul II (il y a tant d'écrits merveilleux, dont vous parlez bien peu dans la Tradition, avouez-le!), il y a des moments, particulièrement lorsqu'il s'engage pour œcuménisme, où je ne comprends plus.

Ceci étant dit, je dois bien reconnaître aussi que, simple laïc (comme vous me le disiez, très justement), je ne dispose pas de toutes les connaissances voulues pour comprendre et interpréter les gestes du pape. Il est le pape, moi pas ! En tant que tel, il dispose, sans le moindre des doutes, de l'assistance divine et des grâces spéciales qui vont avec sa charge. Il connaît tellement d'éléments que nous ignorons, il doit tenir compte de tellement de choses dont nous ne pouvons même pas nous douter qu'elles existent. Plus tard, sûrement, nous comprendrons !

En attendant, je demeure donc à ma place, dans le troupeau, travaillant (bien humblement) à mon salut et à celui des miens.
Mes incompréhension ne me donnent pas le droit de monter aux créneaux, ni de faire la leçon au Saint-Père. Elles ne me donne pas le droit non plus de ne pas tenir compte des condamnations prévues par le droit de l'Eglise. En tant que fidèle catholique, je n'ai pas d'autre choix que de m'y soumettre. L'Eglise, Dieu merci, n'est pas une démocratie ! L'acte schismatique de Mgr Lefèbvre était grave. Il en connaissait la sanction qui d'ailleurs lui avait été clairement annoncée avant. Il a outrepassé ses droits. Et une excommunication, c'est grave bon sang ! Ne me dites pas que je cherche à condamner Monseigneur. J'ai eu l'occasion de le rencontrer plusieurs fois et j'ai été touché par sa bonté, son sens des âmes, son humilité... tout ce qui pour moi faisait de lui un saint !
Comment a-t-il pu en arriver là... Je l'ignore et me garde bien de le juger. Simplement, si mon devoir m'interdit de le condamner, il m'interdit aussi de le suivre. Je dois rester derrière le Saint-Père, en communion avec lui et cela.... c'est la plus ancienne et la plus précieuse des traditions qui me l'enseigne.
En résumé donc, oui l'Eglise est en crise. Cependant, pas autant que les milieux traditionalistes veulent bien nous le faire croire. Mais elle demeure l'Eglise et possède les promesses du Salut Eternel.
Il est bien dangereux de se trouver, de son avis, hors d'Elle, même si, soi-même, et contre son avis, on se considère en son sein, ne croyez-vous pas ?

Bien amicalement et sans rancune

Nicolas