Une ou deux choses...
DECAILLET Bertrand -  2001-09-15 15:26:27

Une ou deux choses...

Que la situation soit "dangereuse", ne signifie nullement qu'elle est soit impossible, voire inacceptable. Nous sommes devant un état de fait, non devant un intéressant cas d'école! De plus le danger, n'est pas dans la réaction qui prend les moyens extraordinaires (mais prévus, encore une fois! par la loi) pour se prémunir justement du péril grave pour la Foi. De l'effet, il faut remonter à la cause, ce qui est justement le grand mérite de Mgr Lefebvre, comme vous le reconnaissez.


Vous dites :

"Elle (l'Eglise) ne prévoit pas que l’on puisse suppléer à l’Eglise elle-même."

oui et non ! Formulé ainsi, cela ne veut absolument rien dire. De fait, c'est l'Eglise (à travers tel ou tel pasteur... etc.) qui supplée à la déficience (voire démission) de l'autorité (à travers tel ou tel pasteur) de l'Eglise. C'est enfantin, non? "L'Eglise elle-même" ne pouvant être assimilée purement et simplement à la personne du Pape, c'est évident.

Vous dites encore:
"qui pourrait juger de cette déficience, sinon justement l’autorité ?"

C'est un peu simpliste, là du coup. Là encore vous assimilez "Eglise" et autorité. De fait il me semble que, si l'on veut être objectif et sérieux, on ne peut pas fermer les yeux sur l'argument avancé par Mgr Lefebvre lui-même, c'est-à-dire la Tradition! Comment d'aucuns ont-ils pu occulter (innocemment?) cet argument fondamental dans la réaction de Mgr Lefebvre en arguant (innocemment encore?) la seule obéissance? C'est un raccourci extraordinaire de mauvaise foi. La Tradition unanime, voilà donc celle qui juge de la déficience de l'autorité actuelle, et ce bien malgré quiconque en est le témoin (archevêque ou simple fidèle!). Cela du moins est l'argument que Mgr Lefebvre a explicité notamment dans le sermon des sacres : "ceux qui nous condamnent ont eux-mêmes été condamnés par les papes précédants...etc."

L'autorité n'est pas au service d'elle-même dans l'Eglise. Là est tout le problème. Et si c'était le cas, c'est qu'il y aurait identité absolue entre "l'autorité" et Dieu... ou le contraire. Or cette identité existe, oui, moyennant certaines conditions objectivées en certaines circonstances données telles à tous les membres de l'Eglise, circonstances dont la fidélité à la Tradition est la première condition (cf. Vatican I), ce qui donne justement tout son droit (et son devoir) à la réaction du fidèle face au pape, au besoin (même si une telle réaction est en soi dangereuse et peu souhaitable en effet).

Vous dites encore:
"Mgr. Lefebvre n'avait pas de troupeau"...

et là je pense que votre objection est grossièrement formaliste... Vous oubliez encore une fois l'évidence, en raison d'un a priori de type formel qui est vrai (vous voulez dire qu'il n'avait pas de diocèse, n'est-ce pas?).
Mais vous n'avez justement pas compris que "la nécessité", de fait, lui a amené des âmes du monde entier, et ce dès 1970. C'est de l'histoire, ça, et non plus seulement un cas d'école! Qu'a-t-il fait? Il a dit "fiat", et c'est comme ça qu'est né Ecône, malgré lui. Ca aussi c'est historique.

Le fait est que votre message (dont la conclusion est cependant avant la prémice, comme c'est souvent le cas avec les défenseurs à tout prix du bannissement réel de Mgr Lefebvre) reconnait au moins qu'il est un peu simpliste de balancer la DESINFORMATION généralisée (et notamment par un certain clergé malhonnête (en cela au moins) que j'ai fréquenté dans le communauté Ecclesia Dei) que Mgr Lefebvre - et son oeuvre - est dehors de l'Eglise ! Ce type de raccourci est tout simplement malhonnête et mérite le plus grand mépris. Je sais en outre quel type de ravages il a pu faire. Assurément on ne peut plus tromper ainsi les braves fidèles, leur faire peur à coup de droit canon judicieusement ajusté, et affirmer, sans être grotesque, que Mgr Lefebvre a désobéi, voilà tout!
Que la question ne soit pas simple ni à la portée de n'importe quel laique, c'est toute la raison de mon agacement à propos du message ridicule lu un peu plus haut.

En revanche, concrètement et dans le choix quotidiens des fidèles, la question redevient extrêmement simple - même si elle suppose un certain courage -, et c'est d'ailleurs ainsi que la plupart de fidèles l'ont envisagée bravement : l'arbre et le fruits + quel Père me donne du Pain et non un scorpion lorsque je lui demande du Pain. La "nécessité" rejoint ici le sens commun. C'est pourquoi la désinformation cléricale est d'autant plus malveillante à l'égard des simples fidèles.

In Christo
Bertrand Décaillet