Y’en a marre de St Athanase!
V M -  2001-09-15 15:10:50

Y’en a marre de St Athanase!

l’argument est éculé !

St Athanase et St Hilaire sont toujours restés en communion avec le Pape, et ils ne représentaient pas la catholicité à eux-seuls ! St Sulpice Sévère raconte qu’ils ont tous les deux écrits un « De Synodis » pour applaudir à la tactique du Pape Libère qui, exilé pendant 2 ans, avec un antipape de l’empereur mis à sa place, finit par accepter du bout des lèvres l’acte impérial de déposition d’Athanase en échange de son retour à Rome.

Allez voir dans n’importe quelle histoire de l’Eglise. Si on résume le Fliché-Martin t III, pp. 142 ss, cela donne ceci :

- nombre d’évêques catholiques à l’époque : entre 680 au temps du Concile de Nicée, et 980 à la fin du quatrième siècle.
- Le rôle juridictionnel du primat romain n’était pas encore bien rôdé : c’est ainsi que le Concile de Sardique avait promulgué le principe qu’un évêque ne pouvait être jugé que par un Concile de sa province, et que s’il n’était pas satisfait, l’évêque de Rome pouvait déclarer nulle la procédure, mais qu’il ne pouvait pas juger lui-même et devait confier la cause à la province ecclésiastique voisine.
- Athanase a toujours reçu le soutien inconditionnel du Pape Julien, et avait été déjà deux fois absous par des Conciles. Sa première condamnation fut le fait du Concile d’Arles, convoqué par l’empereur Constance. (Ce concile, provincial, ne devait pas comporter plus de 120 des 800 évêques de l’époque !). Le décret impérial de condamnation était déjà prêt quand les évêques arrivèrent et qu’on leur intima l’ordre de signer. Le Pape venait de changer, c’était Libère, et ses deux légats ainsi que d’autres évêques refusèrent de signer, protestant qu’il fallait d’abord examiner la question de foi avant de le condamner. Un ténor de l’époque, l’évêque Valens de Mursa, s’opposa à eux, et l’empereur menaça de déposer et exiler tous ceux qui ne signeraient pas. Le seul qui eût ce courage fût alors l’évêque de Trèves, effectivement exilé.
Le Pape Libère ne se laissa pas imposer cette vengeance personnelle et écrivit à Constance pour demander un nouveau Concile, qui traiterait effectivement de l’application de la foi de Nicé,et résoudrait les problèmes d’antagonisme personnel par un commun accord.
Constance convoqua effectivement un Concile à Milan en 355, mais tandis qu’y étaient présents plus de 300 évêques de l’Occident, qui ne connaissaient rien aux enjeux derrière l’histoire d’Athanase, il n’y avait pratiquement personne de l’Orient. St Eusèbe de Verceil refusa tout d’abord de participer. Les légats du Pape implorèrent sa présence à cause de son autorité. Une fois arrivé, il déclara lui aussi qu’il fallait commencer par adhérer à la foi de Nicée, avant de souscrire éventuellement à la condamnation disciplinaire impériale d’Athanase. Joignant le geste à la parole, il présenta à signer à l’évêque de Milan la profession de foi de Nicée. Valens intervint immédiatement pour empêcher ce geste, et après le tumulte on en revint au même choix pour les évêques : signer la condamnation ou être exilé. 3 évêques choisirent l’exil, en faveur de cet oriental qu’ils ignoraient : St Eusèbe de Verceil, Lucifer de Cagliari, et Denys de Milan.
Le Pape Libère écrivit immédiatement à ces trois évêques pour les féliciter et leur dire qu’il voudrait être à leur place.
Constance envoya ses émissaires avec Valens recueillir la signature des évêques absents. St Hilaire résista et provoqua le synode de Béziers en 356 ; mais mis au pied du mur, il choisit à son tour l’exil, avec l’évêque de Toulouse (déjà 6 exilés !)
Le Pape avait écrit à Constance une lettre sans équivoque en faveur d’Athanase. Résultat : Constance réussit à l’enlever, lui fit un procès à Milan, l’exila en 355 et mit un antipape à sa place. Alors, c’est à Libère que l’on reprochait d’être seul contre tous et de diviser la chrétienté par son obstination. Et lui répondait que les 3 jeunes dans la fournaise étaient eux aussi seuls contre tous.
Au bout de deux ans, en 357, il finit tout de même par écrire à l’empereur que ses yeux s’étaient ouverts, qu’il acceptait la déposition d’Athanase, et demandait de pouvoir retourner à Rome en signant la profession de foi de conciliation du concile de Syrmium. St Athanase et St Hilaire écrivirent immédiatement leur « De synodis » aux autres évêques, pour leur demander de souscrire à cette tactique du Pape d’ « excuser tout ce qu’on pouvait excuser, pour éviter la rupture définitive de la part de tous ceux qui pouvaient servir la vérité ». Et remarquons que Libère n’accepta d’entériner la condamnation impériale d’Athanase que quand fut trouvée une nouvelle formule pour défendre la foi de Nicée, formule qui fut ratifiée par le Concile de Rimini en 359 avec 400 évêques d’Occident, et contemporainément par le Concile de Séleucie avec 150 évêques d’Orient. Athanase défendit aussitôt cette nouvelle formule !


Morale de l’histoire : si Athanase est saint, c’est non seulement pour avoir été plus vigilant que les autres sur l’orthodoxie, mais aussi pour avoir accepté d’être déposé pour permettre au Pape de gouverner et de rallier les évêques les plus incertains !