Religion et politique : ma contribution au débat
Torquemada -  2001-08-31 14:34:03

Religion et politique : ma contribution au débat

Chers amis,

Pour ma part, je préfère ne pas trop mélanger les genres.

J'ai lu Pour qu'Il règne. Je connais la doctrine sociale de l'Église et la condamnation constante du laïcisme faite par nos papes (du moins jusqu'à Jean Paul II).

Cependant, il demeure que - que vous le vouliez ou non - la France n'est plus un pays chrétien, encore moins catholique. C'est un fait. Ce n'est pas un jugement que je porte sur la réalité. On peut s'en plaindre, mais c'est comme cela.

Pour prendre l'exemple de Lyon, ma ville natale, je pense que le public traditionaliste (en comptant les paroisses St Georges, La Trinité et le Prieuré St Irénée) n'excède pas 2000 à 2500 personnes, en voyant large. Qu'est-ce que cela représente par rapport à une ville de plus de 1 million d'habitants ? Pas grand chose, évidemment. C'est une donnée politique mineure dans la "loterie" démocratique qui explique que la thématique catholique ne soit que peu prise en compte par les partis politiques.

Certes, la France est née avec Clovis, je suis d'accord.

Pierre Vial et nos manuels de la IIIème République insisteraient peut-être plus sur Vercingétorix, mais bon, passons...

Toutefois, au-delà de l'alliance du sabre et du goupillons, Clovis a incarné une volonté politique qui constitué la monarchie française dans sa tradition capétienne, un '"ensemble logique" pour tout dire.
Je vous renvoie aux ouvrages de Jacques Bainville ou, plus près de nous, de Paul-Marie Coûtreaux.

Mais il est évident que les rapports de nos Rois avec l'Église ne furent pas aussi faciles que certaines chapelles royalistes veulent bien le penser. Nos Rois ont toujours eu la tentation de contrôler, d'une certaine manière, le pouvoir religieux en France. Les rapports entre l'"auctoritas" et la "potestas" étaient bien plus difficiles que l'on veut bien le penser. Le pouvoir de l'Église était malgré tout limité.
J'en veux pour exemple que les décisions faisant suite aux Conciles, sous l'Ancien Régime, ne pouvaient être entérinées en France sans l'accord du Parlement de Paris.

Et que dire de la bague donnée par François Ier au Grand Turc ? Peut-on trouver un geste politique plus en contradiction avec les intérêts de la catholicité, représentée alors par Saint Empire ? Or, pourtant, François Ier l'a fait parce que la nécessité politique, l'intérêt du pays, l'y poussait...

Justin Petipeu a l'air de considérer qu'un catholique ne peut être que forcément un bon Français. C'est oublier que la "catholicité" n'est pas une nationalité (on peut être allemand, espagnol, russe, chinois ET catholique, même si pour certains cela sera plus dur que pour d'autres...). On peut même être un catholique et un très mauvais patriote. J'ai déjà cité François Bayrou, Jacques Delors, mais on pourrait en trouver quantité d'autres.

On peut aussi ne pas avoir la foi, ne pas être catholique, et être malgré tout un grand patriote, un Français à part entière. J'ai cité le Bachaga Boualam qui est, pour moi, un exemple (au sens moral aussi) de dévouement, de sang versé - sans compter - à la patrie. Entre parenthèses, la jeunesse traditionaliste ferait bien de s'inspirer d'un tel homme plutôt que de se contenter de lectures "fascisantes"...

On peut même être juif et patriote. Charles Maurras, qui a pourtant la réputation d'antisémite que l'on connaît, a fait l'éloge dans un de ses livres d'un nommé Pierre David qui était de confession israélite et qui était Camelot du Roi.

Je ne doute pas, de même, que l'on puisse être Protestant et patriote ; nos Rois n'avaient-ils pas certains ministres "hérétiques" ?

Vous le voyez ; les choses sont plus complexes qu'on ne le croit.

Et d'expérience, je peux vous dire que, dans l'action politique comme ailleurs, ce n'est pas à coups d'encycliques que l'on arrive à convertir les gens. Il faut avoir une attitude exemplaire, se sanctifier, et par sa sanctification transmettre aux autres l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Encouragez donc les conversions autour de vous plutôt que de vous plaindre de la "déchristianisation". Cela portera plus ses fruits.

Je terminerai juste en disant que le dernier personnage à m'avoir cité Quas primas de Pie XI pour critiquer le "politique d'abord" de Maurras a terminé au FN après avoir milité pendant des années dans l'Action catholique. Je n'ai rien contre le FN, mais on trouvera quand même pour faire vivre - si cela est possible - des valeurs chrétiennes dans un parti politique...