BIAS (AFP), le 30-08-2001
Huit harkis, désireux de retrouver leur "fierté" et d'être enfin reconnus par l'histoire, ont décidé de porter plainte jeudi pour "crimes contre l'humanité" auprès du Tribunal de grande instance de Paris.
"La plainte sera déposée contre X pour des faits commis en France et en Algérie et mettant en cause le comportement des autorités françaises et algériennes", a expliqué à l'AFP l'avocat du Comité national de liaison des harkis, Me Philippe Reulet, du barreau de Marmande, dans le Lot-et-Garonne.
"Nous allons devant la justice afin de rendre leur fierté aux harkis", a expliqué à l'AFP, Ahmed Rafa, porte-parole du Comité national de liaison des harkis. Une fierté que ces Français musulmans engagés aux côtés de la France pendant la guerre d'Algérie estiment avoir perdue au lendemain de la signature des accords d'Evian, le 18 mars 1962. Ces accords conduiront à l'indépendance de l'Algérie, colonisée par la France depuis 1830.
"Nous avons été désarmés et abandonnés par la France dès le 19 mars. Elle nous a ainsi livrés aux mains du Front de libération nationale "(FLN), affirme avec douleur Messaoud Belaid, un ancien harki. Quelques harkis acceptent aujourd'hui de parler des "tortures" subies ou des camarades "décapités" ou "égorgés" par les "fellaghas", les combattants algériens pour l'indépendance.
Selon Me Reulet, qui estime à 150.000 le nombre de harkis massacrés, "les actes d'extermination perpétrés constituent par leur ampleur et le fait qu'ils aient été perpétrés pour des raisons politiques des crimes contre l'humanité".
Pour échapper aux représailles, plus de 60.000 harkis et leurs familles réussiront à se réfugier en France malgré les directives des autorités métropolitaines destinées à éviter un exode massif de ces musulmans.
Arrivés de l'autre côté de la Méditerranée, une grande partie de ces "indésirables" sera cantonnée dans des camps insalubres où ils vivront pendant des années au ban de la société française. A partir du milieu des années 70, les fils de harkis se révoltent régulièrement et parfois violemment contre leurs conditions de vie. En 1997, certains entament une grève de la faim pour sensibiliser l'opinion publique sur leur sort et obtenir une reconnaissance officielle. "Mais c'est la série d'+humiliations+ subies ces deux dernières années qui nous ont décidé à +frapper fort+ en portant plainte pour +crimes contre l'humanité+", explique Boussad Azni, président du Comité national de liaison des harkis.
Ainsi, le 11 novembre 1999, plusieurs centaines de harkis s'étaient vu refuser le droit de déposer ensemble une gerbe symbolique à l'Arc de Triomphe. En juin 2000, le président algérien Abdelaziz Bouteflika, en visite en France, avait comparé les harkis aux "collabos" de l'Occupation.
© 2001 AFP