La recension de la Tradition sans peur de Madiran
DECAILLET Bertrand -  2001-08-23 08:29:58

La recension de la Tradition sans peur de Madiran

citée par l'abbé Aulagnier sur son site (toujours si riche ! 'ci l'Abbé!) - et puis ça évite de chercher le mode d'emploi d'un logiciel qu'un copain (de tranchées) nous a piraté... en oubliant de faire une photocopie du mode d'emploi...hi-hi.


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MARTIN PELTIER ET PAUL AULAGNIER
Que reste -t -il : de la France ? de l’Eglise ?

PAUL ET MARTIN. Peltier et Aulagnier. Le laïc et le prêtre. Cinquante ans, cinquante -huit ans. Chacun avec le livre de sa vie militante, et de la question tragique qui est la question de sa vie, l'un : que reste -t -il de la France, l'autre : que reste -t -il de l'Eglise. Leurs livres ont paru tous deux en décembre, 350 pages l'un, 365 l'autre. Les deux auteurs sont à peu près de la même génération, ils n'ont que huit ans de différence. Huit ans, c'était titre distance énorme quand on assassinait l'Algérie française, le laïc n'avait que onze ans, le futur prêtre cri avait dix -neuf. La distance comptait déjà beaucoup moins quand on assassinait la messe traditionnelle, le laïc avait dix -huit ans, le séminariste vingt-six. Aujourd'hui ces huit années ne comptent guère. Et c'est notre histoire qu'ils nous racontent. Ils la racontent aussi aux plus jeunes, aux moins de cinquante ans, dont la plupart ne mesurent pas tout ce qui, à la suite de ces deux assassinats, est entré cil une lente et insurmontable agonie.

MARTIN PELIIER, avec son « autopsy » qui pourrait s'appeler la confession d'un enfant du demi-siècle, affirme sa maîtrise d'écrivain politique au moment où il paraît y renoncer. « Auto -psy » ou « autopsie » ? Autopsie d'un « fasciste » au sens de la télé, c'est -à -dire d'un rebelle à l'idéologie marxiste dominante. Au dernier chapitre nous lisons en effet : « J'ai depuis [depuis qu'il a quitté National -Hebdo, dont il était directeur de la rédaction] , trouvé du boulot pour manger…je ne fais plus de politique. » Le « boulot pour manger » est depuis toujours la difficulté, et de plus cri plus souvent le drame (les écrivains et journalistes indépendants des oligarchies établies, qu'ils condamnent moralement, intellectuellement, théologiquement, car ils se veulent indépendants aussi, par humeur et par vocation, des organisations religieuses, civiques ou sociales supposées amies (quand il s'en trouve qui s'insurgent plus ou moins réellement contre les oligarchies dominantes). Il ne leur reste que le public pour les faire vivre, et le public s'est refroidi, s'est assoupi, s'est raréfié. En tout cas son livre assure à Martin Peltier une place au premier rang des écrivains politiques de sa génération. Quant à sa place chronologique, il n'est pas indifférent de noter qu'il est (un peu) plus jeune que Jacques Trénmolet de Villers et qu'Alain Sanders, nettement plus âgé qu'Yves -Marie Adeline et beaucoup plus que Caroline Parmentier.
Que peut -on faire encore pour la France, au point où elle en est aujourd'hui : après tant d'abdications intérieures et extérieures de l'Etat-nation, après tant de destructions profondes, n'est -elle pas retombée dans un état de civilisation comparable à l'avant-Clovis ou l’avant Charlemagne . Et ce grand mouvement national issu de Barrès et de Maurras, qui avait indomptablement traversé tout le siècle, n'est -il pas menacé de ne guère lui survivre, et en tout cas de ne plus savoir avec une claire précision et une ferme assurance ce que signifient ces deux mots : « mouvement national » ? A cette question : que peut on faire encore, je crains de comprendre, cher Martin, que vous êtes tenté de répondre : rien. Mais malgré tout, et même malgré le métissage systématique et obligatoire que fort s'efforce (le lui imposer, il survivra un peuple français, toujours susceptible, si Dieu lui en donne la grâce et l'occasion, d'un grand mouvement politique qui lui rendrait trois choses conjointes : 1. - son identité nationale ; 2. - un Etat indépendant ad infra et ad extra ; 3. - sa vocation chrétienne.
Que peut -on y faire ? Cultiver chacun le talent reçu, à la grâce de Dieu. Quand cri est Martin Peltier, écrire. Encore.

Le livre de l'abbé Aulagnier est lui aussi un itinéraire du demi -siècle, mais dans un autre champ de ruines de ce dernier demi -siècle avant le troisième millénaire. Pour tous les « romains » de France, la dégoulinade du Séminaire français de Rente serre le cœur, ô Santa Chiara, sans rien nous apprendre, nous savions ; il est cependant des désolations dont il faut ranimer la morsure. L'abbé Aulagnier le fait avec une telle santé qu'on en est plus revigoré qu'atterré.
Son livre pourra surprendre les demi-initiés par quelques heureuses nouveautés.
Par exemple quand il dit :

« Les sacres de 1988 ne sont pas la ligne de partage des eaux. II faut arrêter de juger les gens en fonction de leur attitude à ce moment -là. » C'est à la page 244. Il y avait eu la page 212 : « il est inutile de considérer que les sacres sont ad vitam aeternam la ligne de partage des eaux. Je constate que ceux qui [en 1988] ont cru bon de se rallier à Route, certains d'entre eux, les plus forts, restent fidèles à la messe catholique. » J'ajouterai volontiers qu'en plus de ceux qui « se sont ralliés » à Rome en (ou après) 1988 et cri plus de ceux qui ont alors refusé de s'y rallier, il faudrait lie pas oublier une troisième catégorie, la catégorie de ceux qui ne se sont ralliés à rien, je veux dire qui ne se sont ralliés à rien de plus et rien de moins après qu'avant 1988, demeurant indissolublement fidèles exactement après comme avant à la fois à Rome et à la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne selon le missel romain de saint Pie V. Cette troisième catégorie peut comporter elle -même une sous -catégorie, celle des ralliés, après comme avant 1988 à rien d'autre que la Lettre aux catholiques perplexes publiée par Mgr Marcel Lefebvre en 1984, avec cette impérieuse exigence : « Faire ce que l'Eglise a toujours fait. »

L'abbé Aulagnier formule au passage une très juste observation : « Ou ne peut pas faire comme s'il ne s'était rien passé depuis trente ans. » Mais de cette observation judicieuse on peut tirer diverses conséquences plus ou moins imprévues. Une des choses les plus importantes qui se soient passées depuis trente ans, ou plus exactement pendant trente ans, durant tout l'espace d'une génération, est que trois papes successifs et l'ensemble de l'épiscopat ont abandonné la messe traditionnelle sans autre argument véritable que l'argument d'autorité. La nouveauté insupportable n'était pas que l'Eglise use de cet argument, elle l'a toujours fait, elle en a pleinement le droit : mais elle avait toujours accompagné l'argument d'autorité par une inépuisable richesse d'arguments discursifs, et cela fait trente ans qu'on les attend en vain. On n'a eu que le hoc volo, sic jubeo de Paul VI. C'est seulement le 11 juin 1999, sauf erreur ou omission de ma part, donc trente ans après coup, qu'est apparue officiellement une argumentation strictement canonique contre la messe traditionnelle : la messe nouvelle est installée en tarit que loi commune de l'Eglise universelle, bon, d'accord, mais cela lie dissuade nullement de penser et de dire que l'abandon du patrimoine liturgique traditionnel est un immense désastre, le plus grand sans doute de l'histoire de l'Eglise et, forcément, de l'histoire de la civilisation. L'argumentation canonique n'a aucune prise sur une telle considération. La validité de la messe nouvelle (du moins quand elle est célébrée exactement et avec l'intention de faire ce que fait l'Eglise) n'y change rien lion plus.
Chemin faisant, l'abbé Aulagnier se demande pourquoi refuser toile liturgie, si air reconnait qu'elle est orthodoxe. Réponse : - Parce que, si orthodoxe qu'on puisse l'estimer (par hypothèse de raisonnement ou par certitude raisonnée, peu importe), cela n'enlève malheureusement rien à son caractère, à son usage d'arme par destination. On sait ce que la police et la justice appellent une « arme par destination » : si, à proximité d'une manifestation violente, vous êtes surpris une calme (lui club) de golf à la main, voire simplement dans le coffre tic votre voiture, vous êtes suspect de vouloir l'utiliser comme une amie ; et d'ailleurs si vous l'utilisez contre les forces de police ou contre des adversaires politiques, vous alliez fait la preuve que ce pacifique instrument sportif peut, par destination, devenir titre attire. Le rôle historique de la messe nouvelle de Paul VI, quoi qu'il ait pu en être des intentions, et quelle qu'ait été son orthodoxie ,aura été celui d'une arme par destination, pour l'assassinat de la messe traditionnelle. C'est l'arme par destination, c'est la complicité d'assassinat que nous refusons. Et comme la structure divine de l'Eglise militante est la succession apostolique et la primauté de juridiction du pontife romain, c'est aux successeurs des Apôtres et à l'évêque de Rome qu'il faut « continuer à réclamer », comme dit l'abbé Aulagnier, « une liberté inconditionnelle pour le rite traditionnel ».

Je n'irai pas chicaner le cher abbé sur le monopole qu'il s'attribue page 279
« A la Fraternité Saint -Pie X, nous sommes les seuls à pouvoir continuer de réclamer... » Les seuls ? Les seuls ! Quand j'ai fondé la revue Itinéraires, Jean de Fabrègues m'écrivit, pour me retirer sa collaboration d'abord promise :
« Souffrez. Soyez seul. Ce sont des grâces. » Pour me confirmer la sienne, Louis Salleron rétorqua : « Ne souffrez pas trop. Ne soyez pas seul. Ce sont les grâces que je vous souhaite. » Je suis de l'avis de Salleron. Cher monsieur l'abbé Aulagnier, vous et les vôtres, soyez les moins seuls possible.

Un mot encore. Dites -moi donc, Martin et l'abbé, vous multipliez les citations des bons auteurs, explicites ou allusives, c'est très bien, mais vous paraissez avoir en commun de ne rien connaître d'Henri Charlier.
- Henri Charlier le peintre, le sculpteur ?
- Oui, Henri Charlier le statuaire, mais aussi l'écrivain politique et religieux. En décembre, l'abbé, en décembre, ami Martin, quand paraissaient vos livres, c'était justement le vingt -cinquième anniversaire de sa mort. Voyons, Martin, vous semblez n'avoir connu de lui ni Création de la France ni La réforme politique. Et vous, abbé Paul, ni son opuscule La messe ancienne et la nouvelle ni ses deux volumes de Propos de Miniums. Et pour vous deux, Culture, Ecole, Métier, lion ? Pour ce vingt -cinquième anniversaire, vous n'avez encore, ami Martin, que cinquante ans, et vous, abbé Paul, que cinquante -huit. Il est encore temps. Pour vous.

Jean Madiran