AV - 2003-07-07 18:27:25
Et alors ?
Sur bien des points, je pense la même chose que le Pape auteur des lignes que vous citez, et Paul VI et les Pères de Vatican II aussi...
Il n'y a aucune contradiction à propos de la liberté religieuse, ça a été démontré maintes fois. Il s'agit bien de la condamnation de la liberté ABSOLUE de conscience (le mot "absolu" est dans le texte d'Immortale Dei, je n'invente pas), qui est complétée mais en rien contredite par la proclamation de la nécessaire liberté religieuse (socio-civique) par Vatican II (voir les trois auteurs que je vous ai cités précédemment).
Les devoirs des chefs d'Etat tel qu'ils sont définis dans ce texte ne sont en général pas incompatibles avec le régime français actuel (avec les adaptations légitimes et nécessaires, comme toujours dans l'histoire de l'Eglise, car les circonstances ne sont pas les mêmes) : la pratique actuelle, avec en particulier les rencontres régulières et officielles entre les évêques français et le gouvernement, est dans l'ensemble conforme au texte que vous citez. Ce qui était très loin d'être le cas sous la IIIe république, c'est le moins que l'on puisse dire...
C'est vrai qu'il y a des différences évidentes : il est vrai qu'aujourd'hui l'Etat "ne professe officiellement aucune religion, n'est pas tenu de rechercher quelle est la seule vraie entre toutes, ni d'en préférer une aux autres, ni d'en favoriser une principalement; mais qu'il doit leur attribuer à toutes l'égalité en droit, à cette fin seulement de les empêcher de troubler l'ordre public. " Mais on sait maintenant (ce qu'à l'époque le Pape ne pouvait pas savoir) que cette politique n'a pas nécessairement les conséquences décrites par le Pape dans les phrases suivantes, et que parfois c'est exactement le contraire. Il n'est pas difficile de trouver des textes du magistère de ce niveau d'importance, dans toute l'histoire de l'Eglise et à différentes époques, qui ait été contredits et amendés par des textes du même niveau ou de niveau supérieur ; c'est le cas sur ce dernier point ; c'est normal et c'est même une bonne chose : tout ceci ne concerne pas les dogmes, et l'Eglise n'est pas une secte ! (Immortale Dei est certes une encyclique, mais ce n'est qu'une encyclique, document en général réformable par le Pape ou ses successeurs, ou par un Concile et le Pape, sauf bien sûr quand dans cette encyclique le Pape engage son infaillibilité, car rarissime qui ne concerne en rien ces textes).
"l'Église a toujours travaillé à ce que [le] type chrétien du pouvoir politique ne pénétrât pas seulement dans les esprits, mais marquât encore de son empreinte la vie publique et les moeurs des peuples." J'espère bien, moi aussi j'essaie de faire de même et d'ailleurs la Conférence des Evêques de France, Jean-Paul II, la COMECE, etc., font exactement la même chose aujourd'hui ! Mais la conception que nous avons du "type chrétien du pouvoir politique" s'est approfondie et enrichie depuis Léon XIII, heureusement ! Sinon, ce serait la catastrophe, la vraie celle-là : Dieu merci, la fidélité n'est pas l'immobilisme !
Comme je l'ai expliqué tout à l'heure à propos du Père de Margerie, je vais devoir délaisser notre forum et je le regrette vivement. J'y reviendrai dès que possible.