Re : Lettre de Denis Crouan au Cardinal Arinze
Gilles -  2003-07-05 17:49:24

Re : Lettre de Denis Crouan au Cardinal Arinze

Même si je ne suis pas vraiment d'accord avec M. Crouan, je remarque quand même que sa lettre pointe des points très justes.
Tout d'abord, il souligne que le phénomène traditionnaliste est avant tout un mouvement français; non pas uniquement, mais principalement (la plupart des Instituts Ecclesia Dei sont ainsi ou bien français, ou composé en majorité de Français). En ce qui concerne le lien rite de St Pie V/lutte contre le Concile, il est vrai qu'il ne faut pas oublier, malgré l'indult de 84 et le motu proprio de 88, que le rite romain actuel (dit de Paul VI) est le rite officiel de l'Eglise catholique, et que la permission qu'a accordée le Pape n'est qu'une "dérogation" libre de sa part.

Toutefois, malgré ses précautions oratoires, il apparaît un certain mépris vis à vis des traditionnalistes. L'amalgame tradi/extrême-droite est ainsi un peu rapide. S'il est vrai que les tradis recrutent plutôt parmi les conservateurs, on voit aujourd'hui un élargissement "politique" du mouvement.
De plus, je me permets d'être un peu surpris lorsqu'il affirme qu' "il est aujourd'hui plus facile d'accorder la liturgie "tridentine" aux fidèles qui la réclament en vertu de l'Indult, que de promouvoir une authentique et courageuse pastorale liturgique qui pourrait aboutir à faire cesser durablement une anarchie liturgique devenue monnaie courante dans la quasi totalité de nos églises paroissiales. " Il suffit de voir le nombre de diocèses français où le motu proprio est appliqué : moins de la moitié (alors que la FSSPX dessert la quasi-totalité des diocèses français). Je ne vois pas à quel titre il tient de tels propros.

Qui instrumentalise le Concile ? On revient au discours des années 70 : "Vous ne pouvez pas être attachés à l'ancien rite, sinon ça veut dire que vous refusez le Concile !" Il y a là justement un risque de crispation qu'a refusé Jean-Paul II en promulgant l'indult. Le but du Concile était "d'ouvrir en grand les portes et les fenêtres de l'Eglise", c'est-à-dire de s'ouvrir au monde. L'Eglise devrait-elle être moins attentative à ses membres qu'au monde ? S'il est vrai que les détracteurs du Concile sont pour la plupart attachés à l'ancien rite (quoique je n'en sois pas sûr en ce qui concerne l'Abbé de Nantes), est-ce en refusant le développement de la liturgie tridentine qu'on luttera contre ? Au contraire, les fidèles frustrés risquent plutôt de rejoindre les rangs de la FSSPX !