Re : en dehors de la sphère privée
Réginald - 2003-06-24 15:47:19
Re : en dehors de la sphère privée
Deux remarques :
1. Il faudrait discuter sur l'appréciation des " justes limites " de la part de l'Etat. Sans doute l'interprétation a-t-elle a été trop libérale ces dernières années.
2. Sur la différence entre (a) et (b). Je tiens à rappeler ce que disait Mgr de Smedt qui était le rapporteur du schéma au Concile et qui permet de comprendre ce qu'ont voulu définir les Pères Conciliaires : L’objet du droit affirmé dans le document est : « l’immunité de contraite et non pas le contenu de telle ou telle religion (...) Il n’est affirmé nulle part (ce qui est évident) qu’il y aurait un droit à diffuser l’erreur. Si des gens répandent l’erreur, ce n’est pas l’exercice d’un droit mais l’abus d’un droit qui peut et doit être restreint s’il menance sérieusement l’ordre public, comme il est affirmé de nombreuses fois dans le texte et expliqué à l’article 7. » (AS, Vol IV, part. VI, p. 725)
Autrement dit comme l’explique le Père Harrisson : « il est vrai que, pour des raisons pastorales et oecuménique, DH n’utilise nulle part le mot “tolérer”. Mais substantiellement, la doctrine de Vatican II aurait pu être exprimée de façon équivalente en disant que les non-catholiques peuvent avoir un droit à être tolérés (c’est-à-dire soustraits à la contrainte de l’Etat dans la pratique de leur religion. »
Comme confirmation de la légitimité de la distinction, il faudrait peut-être se poser la question suivante : selon vous un Etat communiste qui empêcherait les orthodoxes de pratiquer leur religion, fermerait leur églises, empêcherait leur procession, détruirait leurs imprimeries serait-il dans son droit ? L’exemple choisi n’est évident pas innoncent, car c’est précisement à de tels cas que les Pères Conciliaires pensaient en promulgeant DH.
Si l’on admet que les fausses religions doivent être réprimées du seul fait qu’elles sont fausses, et puisqu’il est objectivement mauvais de pratiquer une religion qui nie la primauté du Pape, il semble que oui. Dans ce cas, les orthodoxes n’auraient aucun droit à protester quand on leur fait subir à tel traitement.
Et pourtant, une telle conclusion est choquante et heurte le bon sens. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’on oublie que l’on peut faire un acte injuste non seulement si les actes bons sont injustement pénalisés, mais aussi si les actes mauvais sont pénalisés par quelqu’un qui n’est pas autorisé à imposer de telles sanctions.
Si vous avez compris cette distinction, alors vous saisirez parfaitement ce que Vatican II veut enseigner : en raison de la dignité de la personne humaine, qui exige qu’elle puisse s’ordonner librement à l’acte de foi et qui lui demande de suivre sa conscience même erronée, l’Etat n’est pas complétement compétent pour réprimer l’erreur religieuse : il ne l'est que si cette erreur nuit gravement au bien commun.