Soyons méchante
Nelly Achlaw -  2001-07-11 21:43:54

Soyons méchante

Bertrand,

Vous soulignez les tares du XIXème, ou ses tics énervants, et j'approuve. N'oubliez pas non plus que c'est le siègle qui a donné Beethoven, Schubert, Liszt, Wagner et quelques autres qui ne sont pas des second couteaux.

Vous semblez aussi saluer je ne sais trop quelle aube nouvelle (sorry!) avec les interprétations historiques. Moui bon. Je ne suis pas aussi enthousiaste, parce que cette unanimité est trop belle. Enfin la verdeur, dit-on trop souvent. Enfin Mozart débarrassé des "confits en Böhmerie", enfin les vrais instruments, les vrais intervalles, les vrais trucs. Il y a tellement de vérité sur l'étendard des "ancienneux" que cela rejette deux siècles de pratique musicale, certes imparfaite, dans les ténèbres de l'erreur.

Je crois donc pour ma part que bien des ancienneux, et les journalistes qui vont avec, en font des tonnes, et s'appuient sur des idées qui tiennent plus de la reconstitution que du fait scientifique. Ce qui est leur droit, et puis il semble que l'on ne peut pas faire mieux avec ce que l'on sait.

C'est pourquoi je crains fort que certains maniérismes (et Mala Punica se pose là dans le domaine) paraîtront suprêmement datés d'ii quelques temps. Ce n'est pas parce qu'il ya une réaction que c'est la bonne réaction... (précieux enseignement de Jean Vaquié, amis tradis extrêmes qui me lisez).

Ensuite, le grégorien barbe les tradis. Si je vous racontais les efforts que j'ai faits pour en faire chanter dans une messe d'indult en province il y a quelques années, et les claques que je me suis prises...

Vous semblez penser que les artistes et les tradis devraient aller main dans la main. C'est mon avis. Autrefois, dans une manécanterie Paul VI progro, nous récupérâmes un chef agnostique, mais musicien, vraiment. Les Akepsimaneries n'eurent aucun mal à se jeter d'elles-mêmes à la poubelle, et je glissai au nouveau chef (un peu suspicieux face à tant de cathos de province) une copie de l'office des ténèbres du jeudi saint. Bien sûr, il connaissait Couperin et Delalande, mais ce retour aux sources le captiva; je lui glissai quelques notes de liturgie avec. Hélàs, il avait le sida, et il devait y succomber quelques semaines plus tard. J'aime à penser que ce n'est pas sans avoir lu l'office noté des ténèbres du jeudi, et sans l'avoir l'aimé.

L'avantage de mourir jeune, lorsqu'on est musicien, c'est que vos copains viennent chanter le Stabat de Rossini sur votre cercueil, même si vous êtes agnostique, et eux aussi!

Oui, définitivement, les artistes sont les bons amis des tradis éclairés... mais ils ne le savent pas. Quant aux tradis oscurcis, en dehors de "pitié mon Dieu", hein...

Nelly