réagir à ceci :
"S'il fallait attendre que tous les artistes soient parfaitement catholiques ou même chrétiens, je crois que l'on pourrait s'enterrer tout de suite."
Que non pas ! mais bien se déterrer et rayonner la splendeur du christianisme.
Cet a priori sur notre culture est totalement faux. En fait, la réalité de notre culture est justement celles des saints, et notre histoire chrétienne et en particulier catholique est essentiellement faite d'artistes qui ont été des saints. L'image de l'artiste débauché-génial et du poète maudit - soit de "l'original" - est une caricature typique - encore une - du si décadent 19e siècle.
De fait, le vrai drame et la vraie imposture, me semble-t-il aujourd'hui est qu'on nous a séparé, sevrés, arrachés à cette culture chrétienne, nous privant des authentiques lumières, nous faisant croire qu'il n'y a pas de génie chrétien (en dépit de Chateaubriand...) Et ensuite on s'est empressé de remplir à ras bord (même avec du vent)la place où se trouvait les artistes qui étaient de vrais contemplatifs et des saints.
C'est une ébauche de réflexion que je laisse ici un peu abruptement..., mais il me semble que la grande tragédie actuelle n'est pas d'abord la perte de la Foi, mais bien le sabordage de l'enracinement de la Foi dans l'humain : la perte du sens humain, du vrai ou du faux, du beau ou du laid, du bon ou du mauvais etc... A ce titre la petite discussion concernant l'anecdotique "rock" est assez symptomatique de l'inconséquence de notre catholicisme... (je ne vise personne en particulier en disant cela - qu'on me lise bien!- mais je crois effectivement qu'il y a là matière à réflexion sur la cohérence de notre (je me mets dans le lot!) "conversion" et sur notre manière d'incarner le dogme auquel tous nous adhérons pourtant sans restriction, c'est un fait.
De fait, il y a chez nous tous (les tradis en particulier) un grand malaise: nous sommes exclus de ce monde anti-chrétien, et pourtant nous voudrions tellement y garder une place -ce qui est bien légitime...
Mon sentiment est qu'il est certainement inutile et trop difficile (pédagogiquement au moins) de remonter le courant et de résister à la décadence "globalisante", en se contentant de refuser les seules "anti-valeurs": refuser, par exemple, la musique rock, les médias, la télé, les jeans, les pédés, les big Macs, la discothèque, la mode indécente, les écoles décadentes, ... etc. etc. etc. etc. etc.
Plutôt que s'y opposer de front, ne faudrait-il pas rendre tout cela à sa juste place, c'est-à-dire en désamorcer la vaine séduction. Et comment cela? Non pas en se contentant d'opposer un simple refus de principe (qui d'ailleurs, comme les meilleures résolutions du monde, ne résiste guère à l'épreuve du temps…), mais en montrant sans prudence (le mot est choisi tout exprès) la splendeur de "l'homo catholicus"!
Il y a, oui, un humanisme chrétien qui est plein de beautés et de séductions (et des séductions vraies cette fois, parce qu'elle parlent de l'Homme qui est le prototype de l'humanité rachetée) devant lequel palissent toutes les séductions de Satan et de ses satellites plus ou moins "mauvais", la plupart du temps simplement naïfs... il est vrai.
On ne peut refuser le rock pour le refuser, il est vrai, mais on oublie volontiers ses flatteries lorsqu'on peut goûter enfin à pleine bouche à la splendeur ineffable d'une polyphonie sacrée du 15e siècle, par exemple… Oui, les grands artistes de notre culture furent des saints, et je dirais même que tous les saints furent tous de grands artistes qui ont laissé, ici-bas, des œuvres impérissables… :
Notre-Seigneur et son Eglise, en premier,
Notre-Dame et … toutes les cathédrales de France (et d'ailleurs) dont elle est la patronne par exemple,
les Apôtres et le sang qui scelle combien ils ont aimé Dieu et les hommes par toute la terre,
saint Benoît et sa grotte... devenu Cluny,
saint Grégoire et son antiphonaire,
sainte Jeanne d'Arc et son épée,
saint Vincent et ses pauvres,
sainte Cécile et son corps vierge demeuré intact jusqu'au 16e siècle au moins, montrant de ses mains tombées en avant du corps sous le coup du bourreau, le Dieu Un et Trine… et sculpté lors des quelques jours d'exhumation en 1599 par Maderno dans une grâce éblouissante;
saint Pie X et son "je veux que mon peuple prie sur de la beauté",
saint Jean Bosco et ses écoles,
sainte Hildegarde et ses enluminures, ses musiques et se recettes,
saint Bernard et ses homélies,
saint François de Sales et sa douceur dans la persuasion...
sans compter ceux qui n'ont pas reçu le titre de saint, mais qui n'ont cessé de mettre en lumière la beauté de l'humanité de Notre-Seigneur, dans ce grand zèle de charité artistique… qui cherche à tourner les cœurs vers la lumière de Dieu.
Encore une fois, il est certainement facile de prêcher tout cela comme je le fais, et je ne prétends pas faire la leçon à quiconque ici, mais il me semble que les catholiques devraient considérer la cohérence de leur amour de Dieu, d'une part, et de leur amour de ce monde d'autre part. Il y a là, c'est certain, deux amours, que l'on ne concilie qu'en simplifiant radicalement le cœur : tout ordonner à la Charité.
C'est le doux salaire que le maître de la vigne exige, sans quoi la sempiternelle schizophrénie "catholico-mondaine" est incurable.
"Deux maris, dit un joli notaire de Molière dans les Femmes savantes, c'est trop pour la coutume"!
In Christo
Bertrand Décaillet