Justin Petipeu - 2003-06-17 13:19:04
Le texte
La dernière encyclique du pape Jean-Paul II peut sembler une annonce d'un retour de Rome à la Tradition catholique. Qu'en est-il exactement ?
En fait le pape nous avertit lui-même qu'il se situe dans la ligne de l'héritage du Jubilé laissé à l’Eglise par la lettre apostolique Novo millennio ineunte et par son couronnement marial Rosarium Virginis Marice et il nous invite à avancer au large sur l’océan de l’histoire avec l’enthousiasme de la nouvelle évangélisation » (§ 6).
Par ailleurs, si nous comparons cette encyclique avec I'encyclique Mysterium Fidei, écrite par Paul VI sur le même sujet le 3 septembre 1965, il est facile de voir que d'un simple point de vue statistique, l'encyclique de Paul VI est traditionaliste à plus de 75% (17 référencesau magistère anté-conciliaire contre 5 au magistère conciliaire), tandis que celle de Jean-Paul II cst conciliaire à plus de 90% (75 au magistère conciliaire contre 7 au magistère anté-conciliaire).
Or la première encyclique ne nous a pas épargné la nouvelle messe : on voit mal comment la seconde annoncerait le retour de la messe traditionnelle.
Si maintenant on analyse l'encyclique de Jean-Paul Il en elle-même, on voit qu'elle traite explicitement de la nouvelle messe. Celle-ci est citée plusieurs fois, et toujours dans les passages où elle s'éloigne de la théologie traditionnelle : ainsi est cité le canon numéro 3, l’acclamation qui suit la consécration (plusieurs fois), l'"embolisme" après le Notre Père, et l'"amen" que doit dire le communiant en recevant l’eucharistie.
D'ailleurs l'encyclique affirme clairement.« Il n'y a pas de doute que la réforme liturgique du Concile a produit de grands bénéfices de participation plus consciente, plus active et plus fructueuse des fidèles au saint sacrifice de l'autel"
§ 10).
Plus grave : la théologie sous-jacente à l'encyclique est la théologie du "mystère pascal", selon laquelle, entre autres, on ne parle plus du caractère propitiatoire (pour l'expiation des péchés) du sacrifice de la messe. Il est vraisemblable, que devant le livre de la FSSPX, "le Problème de la réforme litugique", le Saint-Siège a voulu réaffirmer sa volonté de poursuivre dans la même direction, se contentant d'un replâtrage de surface consistant en quelques trois citations du concile de Trente.
L'eucharistie qui est décrite dans l'encyclique, c'est la nouvelle messe. L'Eglise qui en vit, -il ne faut pas s'en étonner-, c'est la nouvelle Eglise conciliaire, c'est l'Eglise de Vatican II définie comme sacrement, c'est-à-dire comme " signe et instrument du salut opéré par le Christ" (§22).
Dans la nouvelle théologie, l'Eglise n'a pas pour but de convertir les hommes, de les faire sortir des ténèbres de l'infidélité et du péché. Elle est le signe du salut déjà donné à tous les hommes, le signe de la "rédemption universelle."
Il n'est pas étonnant, dès lors, que cette encyclique ait été reçue favorablement par les protestants : "Saluons d'abord l'esprit positif de la lettre et l'expression d'une réelle volonté oecuménique. Certes, elle cherche à dire la conviction romaine (on ne lui demande pas d'être protestante !) mais dans le respect des autres chrétiens. La dynamique oecuménique nous semble être celle d'Unum sint, reprise en divers passages".
Le pape insiste, en effet, sur le lien de l'eucharistie avec l'engagement oecuménique (§43). Sans doute rappelle-t-il l'impossibilité de la concélébration en l'absence de la "pleine communion" mais c'est pour aussitôt ajouter que l'on peut néanmoins autoriser "l'administration de l'eucharistie, dans des criconstances spéciales, à des personnes appartenant à des Eglises ou à des communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l'Eglise cathpolique" (§45).
On voit que les cérémonies où les protestants sont invités à communier, comme celle organisée par l'archevêque de Rennes pour le mercredi des Cendres de cette année, sont dans la logique de cette encyclique.
La conclusion de ce bref compte-rendu est que Rome (la Rome conciliaire) n'a pas changé depuis 40 ans, non seulement quant'au fond, mais aussi quant'à la forme.
Quant'au fond, puisqu'elle continue d'enseigner la nouvelle théologie, celle de la nouvelle messe et de la nouvelle ecclésologie ; quant'à la forme, car elle persiste dans l'art de mêmer le vrai et le faux afin de faire évoluer en douceur les mentalités et de faire passer progressivement du catholicisme à la nouvelle religion.
Cette encyclique, la messe du 24 mai à Ste Marie-Majeure, le document annoncé pour cet automne qui devrait "élargir" les possibilités de célébrer la messe traditionnelle, sont visiblement, autant d'armes contre la Tradition catholique. L'autodémolition de l'Eglise se poursuit : que Notre-Dame de Fatima nous garde des sirènes du "ralliement" et nous conserve dans la vraie foi. Seuls "ceux qui persévéreront jusqu'au bout seront sauvés"
Mt10.22)