"Au commencement était le Chant"
DECAILLET Bertrand -  2001-07-10 09:15:19

"Au commencement était le Chant"

ont traduit certains médiévaux! Et j'avoue alors qu'on hésite beaucoup à parler de "musique" à propos de ceci... et de cela.

Le problème de la bonne et de la mauvaise musique n'est assurément pas la date de sa composition.

Le fait est que, à propos de "musique", la civilisation du "pipi-caca-bonbon- I need you" ("post-moderne" disent les gens stylés, ou "neo-post-avant-gardiste" dit un ami "en-avance-sur-son temps") n'est plus guère sensible qu'aux sensations..., voire aux simulacres de sensations.

Une musique qui ne s'adresse plus du tout à l'esprit, n'est, de fait, qu'un produit de consommation destiné à l'étourdissement ("le déréglement des sens" disait Rimbaud...), dont la seule logique est celle de la "satisfaction" (en anglais, ça fait plus mieux...) En somme nous avons là en musique l'exacte pendant de la frénésie de "l'avoir", caractéristique de la sus-dite civilisation de l'obésité McDo.

Le rock n'est pas mauvais... il est tout simplement vide et sans intérêt. Qu'on puisse sans doute y branler son derrière et prendre son pied (qu'on me pardonne!), n'est assurément pas à remettre en cause, bien sûr. Mais là n'est pas la question.
C'est parce qu'il est vide, qu'il devient pervers de la prendre pour une "musique".
Le plus symptomatique, c'est qu'on s'attache à ce vide au point de le prendre pour "une plénitude" à ne pouvoir s'en passer : une dépendance typique comme d'autres... à laquelle on ne remédie que par la solution radicale.

La solution est très simple: la nature ayant horreur du vide, il suffit d'écouter de la musique qui, par les sens, s'adresse à l'esprit, avant ou après 1930, peu importe. Et très rapidement, avec un brin de culture et de persévérance, il apparaît qu'il ne reste plus guère de place ...pour le vide dans une histoire musicale si riche !

Quant à la théologie, elle n'est jamais si loin du quotidien, même si - vous avez raison- il convient de distinguer. De fait un chrétien ne devrait jamais perdre de vue le but de son existence, même lors d'un bal (bien légitime) de mariage: "quoi que vous fassiez..." dit saint Paul. Or dans le détail de la vie, comme dans son ensemble, le but n'est JAMAIS la jouissance. Celle-ci, si elle intervient, n'est jamais que le doux moyen d'autre chose... "Deux amours ont construit deux cités, dit saint Augustin, l'amour de soi qui va jusqu'au mépris de Dieu, et l'amour de Dieu qui va jusqu'au mépris de soi". Il me semble que certaines musiques ne sont inclines qu'à nourrir l'égoïsme, tandis que d'autres au contraire dilattent le coeur et rendent généreux. Il me semble qu'on n'a jamais le droit, en tant que chrétien, de mettre sciemment entre parenthèse, la présence de Dieu. Dans cette perspective, sans que tout soit toujours ou blanc ou noir, il y a cependant des tendances assez nettement dessinées... L'esprit de prière est une chose si délicate.

A ce propos et et pour revenir à LA musique du Verbe, permettez-moi de citer la pensée tout en nuances de Mère Cécile de Bruyère, 1ère Abbesse de Solesmes: "Les cithares que Saint Jean a entendues dans le ciel résonnent aussi dans ce temple nouveau; ce sont les sentiments si divers qui éclatent sans cesse dans l'âme humaine et forment le plus beau concert, l'harmonie la plus suave, quand le souffle divin seul les met en mouvement. Elles sont justes et puissantes ces cordes, lorsqu'aucune poussière ne les ternit, lorsqu'elles sont tendues avec précision, lorsque nul souffle étranger ne vient contredire le "Spiritus Domini".
Alors quelle musique vivante et sublime, quel véritable écho du Verbe ! Aux harmonies des cithares vient se joindre l'exactitude du cérémonial, quand les mouvements de l'âme sont bien réglés et qu'ils obéissent sans résistance au divin moteur, qui est le Saint-Esprit. La formule de ce céleste cérémonial est dans la devise même de l'Epouse : "Ordinavit in me caritatem", son expression extérieure s'appelle la mesure parfaite et la discrétion, mater virtutum.
Ainsi l'âme rend à Dieu un culte vraiment achevé lorsqu'elle atteint la consommation de la charité. Jusque-là il manque toujours quelques chose à la fonction liturgique célébrée dans son temple, soit que l'âme ne pénètre pas dans le sanctuaire, ou que l'hostie manque de la valeur requise, ou bien encore que la volonté du prêtre soit imparfaite, l'encens trop rare ou de bas prix, les cithares mal accordées, les cérémonies accomplies sans précision ou sans intelligence."...

Bien cordialement
In jubilitione Dilectissimi
Bertrand Décaillet