Quelques réponses pour Justin...
Athanasios D. - 2003-06-05 11:47:24
Quelques réponses pour Justin...
... aux remarques faites au (pôvre) "Maître de toile" ICI
J'espère ne pas déformer vos propos...
1- Vous dites: "Nos catholiques orientaux ne concélèbrent rien et ne célèbrent pas le rit de Paul VI."
Les catholiques orientaux ont concélébré aux côtés du Cal Danneels à la messe chrismale cette année, Tintin pourra le confirmer. Si d'aventure il n'est pas obligatoire pour un prêtre de concélébrer, "toutefois, il n?est pas permis de célébrer la messe individuellement le Jeudi saint et à la Veillée pascale" (Institutio generalis, éd. 1974).
2- Vous dites: "La liturgie est en partie indépendante du Magistère"
La liturgie est "le plus important organe du magistère ordinaire de l'Eglise" (Pie XI), donc infaillible et parfaitement orthodoxe. De là à dire qu'il est mauvais de célébrer selon cet ordo, il n'y a pas "à brandir la menace du sédévacantisme" pour constater qu'il n'y a qu'un pas à franchir...
3- a) Vous dites: "le rit n'est pas à la merci d'un pape"
"C'est pourquoi au seul Souverain Pontife appartient le droit de reconnaître et établir tout usage concernant le culte divin, d'introduire et approuver de nouveaux rites, de modifier ceux mêmes qu'il aurait jugés immuables ( cf. C. I. C. [1917 NdA], can. 1257 )" (Pie XII, Mediator Dei)
b) Vous citez l'extrait du Cal Ratzinger.
Lorsqu'il dit que "Nulle autorité ne peut "fabriquer" une liturgie" et que "Le pape lui-même n'est que l'humble serviteur de son développement homogène, de son intégrité et de la permanence de son identité", ce n'est pas pour signifier que ce n'est pas le cas actuellement ou lors de la réforme, mais que c'est "l'effet provoqué par cette impression" que "le pape, au fond, avait tout pouvoir en matière de liturgie, surtout s'il agissait en vue du mandat d'un concile oecuménique." Un malentendu dans l'esprit des gens qui ont cru quelque chose qui n'était pas et qui a donné à croire que les manipulations de la part des prêtres étaient légitimes, alors qu'elles ne le sont pas. Si vous faites une analyse de phrase posée (méditée pour reprendre votre expression), vous verrez que vous lui faites peut-être un procès d'intention en interprétant mal ce qu'il dit. A tout le moins, il faut reconnaître que votre lecture n'est pas univoque...
4- Vous dites: "Il suffit de savoir ce qu'est la Liturgie. Contrairement à ce que vous pensez, ça ne se résume pas à un décret de dicastère."
Je suis heureux de vous l'entendre dire (ou plutôt de le voir écrire
). En effet, comme le dit I. H. Dalmais dans "L'Eglise en prière - Introduction à la liturgie sous la direction d'A.-G. Martimort" paru en 1961 [j'ai un doute sur les mots entre parenthèses que j'ai mal retranscris sur le papier - NdA]:
"Toute liturgie est une action sacrée communautaire. Mais la liturgie chrétienne présente ce caractère propre de saisir ceux qui y prennent part jusqu'aux profondeurs les plus intimes de leur être pour régénérer et les introduire, comme par une nouvelle création, dans ce monde divin dont ils sont citoyens. De ce fait, la liturgie chrétienne ne peut connaître d'assistants passifs. Tout ceux qui y prennent part, dès le moment où la fonction liturgique commence, sont en "acte" de service officiel de Dieu. Dans l'action liturgique s'exerce en sa plénitude la (virtualité
communiquée à l'homme par le baptême: être un membre du Royaume de Dieu.
La liturgie (prône) en effet la prise de conscience de l'Eglise comme corps social, en ce qui la constitue ici-bas: être la dispensatrice du mystère de salut dans l'humanité. C'est là le caractère propre de la liturgie. Elle n'est pas d'abord un enseignement - bien qu'elle soit, disait Pie XI, la didascalie de l'Eglise et l'organe le plus important de son magistère ordinaire - on n'y pénètre point par voie spéculative mais par une pratique. Ni les textes ni les rites ne constituent par eux-mêmes la liturgie, moins encore les rubriques qui les expliquent. Ils ne deviennent liturgie que lorsqu'ils sont opportunément accomplis, par des ministres qualifiés, pour ce en vue de quoi ils ont été institués: la communication du salut."
Cette dernière phrase est importante. Vous preniez à parti ce pauvre D. Crouan dans un autre fil de discussion (ICI), mais l'orientation liturgique de Rome ne vous est pas davantage favorable, en ce sens qu'il ne faut pas attendre du Saint-Siège une libéralisation de l'ancien rite qui contredirait les positions qui sont toujours les siennes actuellement, comme vous avez pu le constater avec les rumeurs successives qui se sont révélées infondées ces dernières semaines et qui le seront probablement à l'avenir avec le document disciplinaire à paraître prochainement.
Le NOM n'est pas parfaitement et "opportunément accompli, par des ministres qualifiés, pour ce en vue de quoi il a été institué". Mais ça vient, et le document disciplinaire sus-nommé y contribuera certainement. Ce qui ne laisse finalement pas D. Crouan sur une voie de garage puisque c'est là son désir le plus cher que de voir le NOM respecté et correctement célébré.
Athanasios