Pothin - 2003-06-03 22:55:31
voici
On doit à l’aumônier de l’Hôpital de Cluny , C. Sauteur, la publication d’un mémoire qui relate les diverses péripéties qui conduisirent à l’adoption de ce drapeau étoilé par le Conseil de l’Europe, le 8 décembre 1955, jour anniversaire de l’Immaculée Conception (comme il se doit). Ce prêtre séminariste raconte qu’il rencontra Arsène Heitz, par hasard, devant le Carmel de Lisieux (comme il se doit, toujours et encore), qui lui déclara : «C’est à moi qu’on a demandé de dessiner le drapeau de l’Europe. J’ai eu subitement l’idée d’y mettre les douze étoiles de la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge». P. Caillon retrouvera ce dessinateur alsacien chez lui, au 24 rue de l’Yser , à Strasbourg en janvier 1989. Il poursuit : «Arsène Heitz aimait raconter son exploit : avoir dessiné le Drapeau de l’Europe et en avoir fait le Drapeau de la Sainte Vierge !».
Le Directeur au Service de Presse du Conseil de l’Europe, M. Lévy, était chargé de faire aboutir ce projet. Il prit contact avec un artiste nommé Arsène Heitz. «Tous deux étaient de bons catholiques», écrit P. Caillon. Et de poursuivre : «Evidemment, il fallait éviter d’évoquer la signification religieuse des douze étoiles et du fond bleu, en vertu de la sacro-sainte laïcité» (texte écrit en 1995). Les discussions se poursuivirent au Conseil de l’Europe (qui, à aucun moment de son histoire, n’a comporté douze nations !), de 1949 à 1955. Il y eut 101 projets… On avait proposé en 1950 un drapeau avec un cercle jaune frappé d’une croix rouge sur fond bleu et un « E » majuscule sur fond blanc. On se souvient de la boutade de Paul Reynaud : «On dirait un caleçon séchant sur un pré !». Le projet fut abandonné. On proposa aussi un drapeau avec huit anneaux entrelacés. Un diplomate italien se laissa aller à des commentaires vipérins : «ils donnent envie de composer un numéro de téléphone !». Finalement, on reviendra aux étoiles et c’est l’Alsacien A.Heitz qui imposera le nombre immuable de douze, et décidera de leur taille et de leur disposition sur la couronne. Ce projet fut présenté de la manière suivante , dans un jargon très héraldique : un drapeau «sur fond bleu du ciel d’Occident, ses étoiles d’or figurant les peuples d’Europe et formant un cercle en signe d’union ».
Ce 8 décembre 1955, le propre gendre de Paul Claudel poussa du coude le bon catholique M. Lévy en disant : «Mais c’est aujourd’hui la fête de l’Immaculée Conception !». Laissons le mot de la fin à l’abbé P. Caillon : «M. Lévy était secrètement d’accord pour faire aboutir discrètement le projet de M. Heitz en sauvant les apparences, afin de respecter la neutralité la plus absolue. Et malgré plus de cent projets qui furent en concurrence, c’est le Drapeau de la Sainte Vierge qui triompha au dernier moment. Et ce triomphe se produisit fortuitement le 8 décembre, sans que personne ait pu chercher cette divine coïncidence. Le drapeau de l’Europe est bien le Drapeau de Notre-Dame, Reine de la Paix» (sic).
On sait aussi que Robert Schuman et Konrad Adenauer ont prié ensemble à la cathédrale de Strasbourg, devant la statue de la Vierge immaculée, couronnée de douze étoiles, avant de soutenir le projet devant le Conseil de l’Europe. Ce 8 décembre 1955, ce drapeau sera adopté à l’unanimité par le Conseil de l’Europe. On peut lire dans le numéro 79 de « Strasbourg Magazine », en page 6, la conclusion suivante : «mais ce n’est que le 21 octobre 1956 qu’il flottera pour la première fois sur un édifice public (sic) : au sommet de notre cathédrale, évidemment» (article signé par Jacques Granier).