Un texte récent de J. Madiran
GDB -  2003-06-01 23:09:53

Un texte récent de J. Madiran

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La malsaine et illégitime laïcité de l’Eglise…

(Présent 17 mai 2003)

C’est Pie XII qui avait adopté et christianisé oralement la « laïcité de l’Etat », expression élevée à la dignité de « principe de la doctrine catholique » dans sa grande allocution du 23 mars 1958 à la colonie des gens des Marches vivant à Rome.

Quelque dominicain français de ma connaissance, consulteur de ce qui était alors le Saint-Office, et de qui à l’époque j’ai tenu la chose, avait fait respectueusement observer au Souverain Pontife que cette expression de « laïcité de l’Etat » risquait d’être mal interprétée en France.

Pie XII avait alors, de sa main, corrigé (ou plutôt précisé la traduction française de son texte avant sa publication, ce qui donna finalement la formule connue : « la légitime et saine laïcité de l’Etat est un des principes de la doctrine catholique ». Chaque fois que nous l’employons, de toutes parts on nous en demande la référence. Vous trouverez la phrase page 200 dans le tome XX des Actes de S.S. Pie XII de ce qui était encore alors la « Bonne Presse », ou bien page 139 de l’année 1958 des Documents pontificaux de S.S. Pie XII publiés en Suisse par les Editions Saint-Augustin. La « laïcité de l’Etat », quand elle est « légitime et saine », désigne une conséquence immédiate de la distinction classique entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel : l’Etat est autonome dans son ordre (politique). Les deux pouvoirs sont souverains, chacun dans son domaine.

Notre propos n’est cependant pas de parler aujourd’hui de la laïcité de l’Etat et des diverses formes selon lesquelles elle est ou n’est pas légitime et saine, mais de l’inattendue, paradoxale et asphyxiante laïcité de l’Eglise, qui est maintenant fort répandue, comme une épidémie, dans le clergé catholique et sa hiérarchie.

Cette « laïcité », qui dans l’Etat peut être légitime et saine, mais qui dans l’Eglise est malsaine et illégitime, a pris la forme d’un catholicisme non confessionnel, contradiction intrinsèque qui a peu à peu grandi à partir des années soixante et de la capitulation scolaire. La quasi-totalité des écoles catholiques placées sous le régime d’un contrat avec l’Etat se sont vu imposer toutes les conséquences de la « non-confessionnalité », c’est-à-dire de l’« ouverture » des programmes, du personnel enseignant, de l’accueil des élèves sans distinction religieuse. C’est une anomalie suicidaire, qui contredit la nature même d’une éducation religieuse, et qui ne s’applique en réalité, avec son consentement, qu’à la religion catholique. D’autres religions ne se laissent pas faire, et cela commence à se savoir et à se dire, jusque dans Le Monde où un député UMP (et « souverainiste » mentionne « les contrats passés avec les écoles du mouvement loubavitch qui n’acceptent que les enfants juifs, ce que les écoles catholiques ne font pas ». On ne pourra pas non plus indéfiniment dissimuler la revendication d’un enseignement islamique (langue arabe et religion musulmane) donné soit par l’Etat, soit par des écoles libres sous contrat, où les programmes et les enseignants seront sous l’autorité des associations de parents d’élèves (et non plus du mammouth dit de l’éducation nationale).

Cette maladie moderne du catholicisme, cette laïcité illégitime et malsaine, rien peut-être ne la manifeste mieux que le fait d’en venir à nous présenter la loi (morale) naturelle, c’est-à-dire le Décalogue, en omettant ses trois premiers commandements. On atteint alors ce sommet d’incohérence religieuse : une morale sans Dieu.

JEAN MADIRAN