L'Association Familiale et Scolaire a publié en février dernier l'étude suivante à propos d'Harry Potter.
Lisure.
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Tintin, Astérix ou Méphisto ?
LA SAGA DE HARRY POTTER
On fait grand cas aujourd'hui du formidable succès des aventures de Harry Potter, qui permettrait de redonner aux enfants le goût de la lecture. Une de nos amies, mère de famille, de formation universitaire et experte en matière de livres pour la jeunesse, nous dit ici ce qu'elle en pense. Elle a largement utilisé les travaux de deux autres de nos amis sur la question.
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LE HÉROS, SON SUCCÈS, SON INVENTRICE
Connaissez-vous Harry Potter ? Posée aux enfants, cette interrogation suscite un flot de réponses enthousiastes. Bien sûr, petits et grands, tout le monde connaît Harry Potter ! Il n'est question que de lui dans les cours de récréations, ses aventures sont sur toutes les tables de chevet et son site Internet ne désemplit pas. Si le nom de ce personnage ne vous dit rien, sa tête ne vous est certainement pas étrangère : elle s'affiche à toutes les devantures des « bonnes librairies » et a fait à plusieurs reprises la une de nombreux magazines français et étrangers de grande diffusion. Si, malgré tous ces indices, vous ne voyez toujours pas de qui nous voulons parler, nous allons vous aider à combler cette coupable lacune. Mais permettez-nous de vous signaler qu'il existe très vraisemblablement un léger fossé entre vous et la jeunesse actuelle. A tout péché miséricorde !
Qui est Harry Potter ?
Harry Potter est un jeune garçon, orphelin, qui selon les apparences mène une vie assez misérable chez son oncle et sa tante, qui l'on recueilli (nous reviendrons plus loin sur ce point). Son existence bascule le jour où il reçoit une étrange lettre lui annonçant son inscription au collège Poudlard, célèbre école de sorcellerie. A partir de ce moment-là, tout va très vite. Les préparatifs s'organisent : achat des fournitures (divers manuels scolaires de magie, baguette magique, chaudron, fioles en tous genres etc.), familiarisation avec divers aspects particuliers du mode de vie des sorciers (système monétaire différent, moyens de transports spéciaux) et première rencontre avec les futurs camarades d'écoles.
Tout ceci pour vous donner un petit aperçu du personnage, dont nous allons suivre les aventures pendant sept tomes, dont seulement les quatre premiers sont parus :
· volume 1, Harry Potter à l'école des sorciers ;
· volume 2, Harry Potter et la chambre des secrets ;
· volume 3, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban ;
· volume 4, Harry Potter et la coupe de feu.
Dans chacun de ces livres, Harry est confronté aux forces du mal et, pour en être vainqueur, peut compter sur la fidèle amitié de Ron et Hermione. Mais cela serait tout à fait insuffisant s'il n'avait recours aux terribles pouvoirs magiques dont il est investi, sans toutefois bien en saisir l'origine et la portée. Il apparaît donc sous les traits d'un preux et courageux chevalier sauvant le monde du mal absolu. Ses armes sont : sortilèges en tous genres, potions magiques, sorts, métamorphoses...
Chaque tome est consacré à la lutte contre une réincarnation du mai, réincarnation de plus en plus terrifiante et puissante.
· Le succès commercial
Après quelques déboires d'édition subis par l'auteur, Mme J.K. Rowling, le succès du tome 1 fut éclatant. On s'arracha littéralement les volumes suivants et la parution du quatrième volet de cette histoire suscita un enthousiasme savamment orchestré par une habile campagne médiatique et commerciale. Ainsi, les librairies furent prises d'assaut et, le 28 novembre dernier, certaines d'entre elles ouvrirent leurs portes la nuit pour satisfaire leur jeune clientèle impatiente.
Quelques chiffres bien révélateurs suffiront à donner une idée de l'ampleur du phénomène :
· 40 millions d'exemplaires vendus dans le monde depuis juillet 97 ;
· Traduction en trente-cinq langues ;
· 480 millions de dollars en trois ans dans l'escarcelle de l’auteur rien que pour les trois premiers volumes ;
· 3,8 millions d’exemplaires vendus (dont 3 millions le premier week-end) aux Etats-Unis pour le tome 4 ; 1,5 million vendus en Grande-Bretagne ; 350,000 en France.
Le succès est si énorme et si' indiscutable que le cinéma ne pouvait manquer de s'y intéresser. Un film est déjà annoncé. La machine hollywoodienne est en marche et le célèbre réalisateur Steven Spielberg, bien connu des cinéphiles pour ses talents à concevoir d'étonnants effets spéciaux, nous promet la sortie de ce film tant attendu à l'occasion de la fête d'Halloween 2001. Parions, sans crainte de nous tromper, que ce sera aussi un beau succès.
Ce phénomène d'une si grande ampleur est d'autant plus étonnant que le nombre de pages de chaque volume est assez inhabituel dans la littérature contemporaine pour la jeunesse. Le premier tome en compte 302, le second 360, le troisième 461 et le quatrième 652. Cette régulière progression nous autorise à penser que le tome 7 sera bien copieux. En effet, madame Rowling a officiellement annoncé que la saga d'Harry Potter s'étendrait sur 7 livres, pas un de plus, pas un de moins, le chiffre 7 ayant la portée symbolique que tout le monde connaît et qui lui semble le mieux exprimer cet état de perfection auquel son héros et son œuvre aspirent.
· L'auteur
Un tel succès, rarissime concernant une production littéraire et encore plus dans le domaine de la littérature enfantine, nous incite tout naturellement à nous intéresser à l’heureuse conceptrice d'un tel prodige. J.K. Rowling est de nationalité anglaise et a trente-quatre ans. Ayant fait des études de français, elle enseigne au Portugal où elle se marie. Divorcée peu de temps après, elle élève seule sa fille Jessica (ainsi prénommée en raison de l'admiration de sa mère pour Jessica Mitford, une militante communiste de longue date) et connaît alors une période de misère matérielle. Le déclic qui la pousse à écrire se fait dans le train entre Londres et Manchester. Elle a soudain une quasi illumination sur son projet littéraire et personnage d'Harry Potter s'impose alors à elle. La légende raconte qu'elle écrivit son œuvre sur une table de bistrot de quartier. Gageons qu’avec ce foudroyant succès financier, elle désormais plus confortablement installée pour poursuivre sa tâche. Elle a reçu trente-deux prix littéraires et a été décorée par la reine Élisabeth pour « services rendus à la littérature ».
Il faut avouer que pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître !
Et pourtant, on ne cesse de se plaindre du désintérêt de jeunesse pour la lecture. On se lamente que les jeunes ne lisent plus de textes écrits. Tout juste s'ils se lancent encore à l'assaut des bandes dessinées dont les images leur sont malheureusement plus secourables que le texte. Sociologues et éducateurs de tous bords nous expliquent que désormais la jeunesse est « visuelle », qu'elle n'a plus recours qu'à la télévision pour s'instruire et se divertir et que les jeux vidéo constituent son principal centre d'intérêt.
Dans un contexte si désespérant pour ceux qui pensent que lecture est un formidable passeport pour accéder à une culture digne de ce nom et à une source de plaisir inépuisable, ne faut-il pas se réjouir de ce succès ? C'est apparemment le choix qu'on fait beaucoup de parents. Heureux de voir leurs enfants enfin avec les livres et enfin « déventousés » du petit écran de la télévision et de l'ordinateur ou de la console de jeux vidéo, ils leur mettent entre les mains ces livres tant prisés et recommandés dès l'âge de 10 ans.
Portant depuis longtemps un intérêt certain à tout ce concerne la littérature enfantine, il nous a donc semblé indispensable de nous plonger dans cette lecture afin de comprendre les raisons du succès de ces ouvrages. Faut-il avouer que le fait de savoir qu'il était question de sorcellerie et de magie a aiguisé notre curiosité ? Apparemment cet engouement pour les pratiques occultes ne cesse de croître et ce phénomène de société inquiétant mérite que l'on aille y voir de plus près, surtout lorsqu'il s'agit de son influence sur jeunesse.
HARRY POTTER ET LA LITTÉRATURE ENFANTINE.
ÉTUDE DE FORME
Ne s'improvise pas auteur pour la jeunesse qui veut. Certaines règles et certains paramètres doivent êtres respectés, sous peine d'encourir l'incompréhension, voire le désintérêt des jeunes lecteurs.
J.K. Rowling est certainement fort intelligente ; elle a fait de bonnes études littéraires, et bénéficie probablement de conseils avisés. Elle évite très soigneusement tous les écueils sur lesquels plus d'un écrivain s'est échoué.
· Le cadre de vie d'Harry Potter
Le cadre de ses romans n'est pas vraiment dépaysant pour les enfants d'aujourd'hui. HP (Harry Potter) et ses amis sont pensionnaires au collège de Poudlard. Il est vrai que le pensionnat semble passé de mode et que les enfants de cette fin de XXème siècle n'ont que peu connu ce système d'éducation. Il paraît d'ailleurs qu'à ce sujet les choses sont en train de changer. En effet, face à l'instabilité familiale due en grande partie aux divorces qui recomposent douloureusement les familles, les parents se tournent de plus en plus vers les pensionnats pour assurer à leurs enfants un équilibre qu'ils sont incapables de leur procurer. Notre ministre de l'éducation, Jack Lang, vient d'en reconnaître le bien-fondé. Dans un tel contexte, HP et son collège sont vraiment d'actualité. Poudlard est d'ailleurs décrit de manière amusante et, à divers titres, s'inscrit tout à fait dans la lignée des célèbres collèges anglais tels que les ont décrits Dickens et de nombreux auteurs du XIXème.
De plus, HP et ses camarades ont les mêmes réactions et les mêmes préoccupations que les enfants d'aujourd'hui. Ils ne se privent pas de critiquer leurs professeurs, rechignent à apprendre leurs leçons et attendent avec impatience l’arrivée des vacances. Les petits détails de la vie quotidienne qui parlent à nos enfants sont multiples et il serait fastidieux de tous les énumérer ici.
· Le déroulement de l'action
Les enfants ont toujours eu une prédilection pour les séries. Les vieux classiques tels que les Alice, Clan des Sept, Club des Cinq, Langelot... sont là pour en témoigner. HP respecte ce principe. A une nuance près. Dans les séries précédemment citées, les aventures des héros sont totalement indépendantes les unes des autres et chaque volume peut être lu dans n'importe quel ordre. Seuls quelques personnages toujours présents et une similitude de construction du récit servent de points de repères pour les enfants.
HP est de ce point de vue légèrement différent. Il est vrai que, pour la compréhension de l'intrigue d'un volume, ne pas avoir lu les précédents n'est pas forcément indispensable. Néanmoins, force est de constater qu'il existe une évolution entre les tomes. Cette progression est d'ailleurs voulue par l’auteur qui précise que chaque volume voit vieillir son héros d'un an : âgé de onze ans dans le volume 1, HP en a 12 dans le deuxième, treize dans le troisième et 14 dans le quatrième. Étant donné que 7 tomes sont prévus, nous savons donc que nous suivrons notre héros jusqu'à ses 17 ans. Respecter cette progression entre les volumes est essentiel si l'on veut bien comprendre les enjeux profonds de cette saga.
Le texte en lui-même est rigoureusement construit et offre aux enfants un cadre strict auquel ils sont désormais habitués : chaque livre commence toujours à l'anniversaire de HP (31 juillet, comme l'auteur) et s'inscrit dans un calendrier immuable et familier à nos écoliers vivant au rythme de l'année scolaire : rentrée des classes à Poudlard et mise en route des élèves, célébration en très grande pompe de la fête de Halloween qui constitue toujours une étape clé dans le déroulement de l'intrigue, fête de Noël et de Pâques, examens de fin d'année et départ pour les grandes vacances.
N'oublions pas que nous sommes dans une école de sorciers qui vivent dans un monde à part et qui ne côtoient qu'épisodiquement le monde des non-sorciers. Le recours au calendrier chrétien paraîtrait bien rassurant si les fêtes religieuses mentionnées (Noël et Pâques) n'étaient vidées de leur contenu. Dans les trois premiers volumes, elles ne sont que prétexte à festins et cadeaux. En cela, nous y reconnaissons bien le côté païen qu'elles prennent d'années en années. Ce que, en tant que catholique, nous ne pouvons admettre dans le tome 4, c'est le traitement qui en est soudainement fait et dépasse plus que désagréablement le cadre d'une certaine neutralité : un heaume vide chante des bribes du cantique « I1 est né le divin enfant » en remplaçant les paroles qui lui manquent par « des couplets de sa propre invention qui offraient un échantillon assez éloquent de sa grossièreté » (T.4, p.354). Ne serait-ce pas par hasard ce que 1' on appellerait un acte blasphématoire ? La progression entre les livres dont nous parlions tout à l'heure irait-elle plus loin qu'on ne l'aurait tout d'abord supposé ?
· Divertissement, grossièreté, mauvais goût
Les enfants et même les adultes disent s'être énormément divertis à la lecture de ces nombreuses pages. Qu'en est-il exactement ?
Pour avoir consciencieusement et méticuleusement lu tous les titres déjà parus, nous sommes en mesure de reconnaître qu'il y a effectivement quelques trouvailles assez amusantes. Mais il faut bien admettre qu'elles sont complètement noyées dans un flot d'immondices et de plaisanteries vaseuses au sens littéraire du terme. Le mauvais goût est roi et tout baigne dans le vulgaire et le visqueux. Une seule citation, mais ô combien révélatrice de l'ensemble, suffira pour vous mettre dans le ton :
« Le professeur de botanique montra aux élèves les plantes les plus laides que Harry eût jamais vues. En fait, elles ressemblaient moins à des plantes qu'à de grosses limaces noires et épaisses... Elles se tortillaient légèrement et étaient couvertes de grosses pustules brillantes apparemment pleines de liquide... Ce sont des bubobulbs, annonça vivement le professeur Chourave. Et vous allez percer leurs vésicules pour recueillir le pus... Percer les pustules de bubobulbs était assez répugnant mais procurait également une étrange satisfaction. Chaque fois qu'une des vésicules éclatait, il s'en échappait une grande quantité d'un épais liquide d'une couleur vert jaunâtre » (T.4, p. 177).
Connaissant le mauvais goût ambiant, il est aisé de voir dans quel registre facile l'auteur entraîne les enfants. Ce style a un nom dans le monde anglo-saxon : le style « gore ». C'est très exactement celui que nous voyons nous envahir à l'occasion d'Halloween à grand renfort d'hémoglobine, de balafres immondes et d'accessoires mortuaires et morbides.
En fait, HP est le prolongement naturel et considérablement amplifié du phénomène Halloween. Nous sommes ici très loin du gentil fantôme écossais secouant désespérément ses chaînes pour tenter d'épouvanter un mortel. Le pauvre est désormais complètement dépassé et s'il n'amuse plus personne, il terrifie encore moins.
Nos contemporains ont désormais besoin d'émotions beaucoup plus fortes pour jouer à se faire peur. Avec HP, ils sont royalement servis. L'angoisse est omniprésente dans cette saga. Non pas celle qui résulte d'un suspens bien mené, mais celle qui est présente au fond de tout homme depuis la nuit des temps quand il se trouve confronté aux forces occultes du mal.
Entre des chapitres ordinaires, s'intercalent de véritables scènes de terreur et d'horreur qui racontent toutes les apparitions de Voldemort, le Mal absolu, qui terrifie tellement le monde de Poudlard qu'il est désigné comme étant « Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom » ou encore « Vous-Savez-Qui ». Il est par ailleurs appelé le « Seigneur des Ténèbres ». Dans le christianisme, il à un nom bien plus connu : Satan. Une fois son identité clairement dévoilée, nous avons désormais donné un nom à cette angoisse qui saisit le lecteur. Sachant que ces livres sont conseillés à partir de 10 ans, aux parents de savoir s'ils trouvent bon pour l'équilibre de leurs enfants de les soumettre à un tel choc.
En ce qui nous concerne, la réponse est claire : NON.
Au terme de cette première approche concernant la facture d'HP, nous sommes bien obligés de tempérer l'enthousiasme ambiant. Mais malheureusement tout cela reste bien superficiel au regard du problème de fond soulevé par cette série : représentation des valeurs familiales et sociales, du bien et du mal, magie noire et magie blanche, ésotérisme et satanisme. Ces thèmes méritent qu'on s'y arrête plus longuement car ils touchent des domaines essentiels dans la formation intellectuelle, mentale et spirituelle de nos enfants.
HARRY POTTER : PLONGÉE EN EAU TROUBLE.
ÉTUDE DE FOND
· Les valeurs familiales
Tout au long des épisodes de cette saga, une évidence s'impose : l'auteur fait fi de l'autorité parentale. La propre famille d'Harry, les Durseley, sont tout bonnement ridiculisés et ce, dès le début du premier tome. L'alibi utilisé pour cela réside dans les mauvais traitements qu'ils font subir à leur neveu. D'emblée, les enfants se laissent prendre et adhèrent au jugement imposé par l'auteur.
Ils ne se rendent pas compte que la cause profonde de l'attitude des Durseley est le rejet qu'ils font de « l'anormalité » de Harry dont ils refusent les pouvoirs magiques. Ils font partie de ce que les sorciers, via Mme Rowling, appellent les Moldus. Leur description est pitoyable. Ce sont toujours de pauvres imbéciles qui ne comprennent rien à rien, dont on se gausse allègrement, mais dont il faut toutefois se méfier.
En fait, sont ainsi dénommés et condamnés sans appel tous ceux qui ne s'adonnent pas à la magie et, pire, qui parfois se mêlent de la combattre.
Une seule famille est présentée sous un jour plutôt sympathique : les Weasley. Famille de sorciers pur sang, ils apportent un soutien inconditionnel à Harry. Ils sont en fait ridiculisés et n'exercent leur autorité que dans le cas où leurs enfants n'utilisent pas la magie de façon appropriée.
Sur le site Internet de Scholastic, la maison d'édition américaine d'HP, J.K. Rowling a déclaré : « J'ai été séduite par l'idée de mettre en scène un enfant qui échappe aux contraintes des adultes et qui s'installe dans un univers où il a un pouvoir autonome ». Dans un entretien avec un journal (Jalon), elle ajoute : « La situation de Harry comme orphelin lui donne une liberté dont les autres enfants peuvent seulement rêver. Bien sûr, aucun enfant ne désire perdre ses parents, mais l'idée d'être délivré de leurs ambitions est séduisante ».
On a compris que la conception « familiale » de J.K. Rowling est celle de l'autonomie de l'enfant, en parfaite conformité avec l'idéologie onusienne « légalisée » par la Convention sur les droits de l'enfant de 1989.
· Les valeurs sociales
L'école de Poudlard est loin de représenter un modèle d'établissement scolaire. En effet, dans ce pensionnat, une tension haineuse existe souvent entre maîtres et élèves : le « bon Harry » souhaite à l’un de ses professeurs le pire des sorts. Vengeance, jalousie, haine sont des sentiments très répandus à Poudlard et nul ne cherche à les combattre.
Le mensonge est également de mise, non seulement entre les élèves, mais également vis-à-vis des professeurs. Lorsqu'il est découvert, il n'est pas non plus sanctionné, du moment qu'il était utile.
Quant à la notion d'effort que l'on a coutume d'exiger et d'enseigner aux élèves, qu'il nous soit permis de nous demander ce qu'elle devient lorsque d'un coup de baguette magique on peut donner sans peine une solution à toutes ses difficultés !
· Le bien et le mal
Pour les personnages de la série des HP, le tour d'esprit général tient dans l'adage bien connu : la fin justifie les moyens. Voilà la jolie morale, pratiquée par nos jeunes héros et voilà le modèle qu'on leur met sous les yeux.
Il serait facile d'objecter que, pourtant, le bien et le mal sont dans ces livres des notions clairement définies et bien établies. Il est vrai que cela est souvent assez net, et même de façon caricaturale : les méchants sont fréquemment physiquement laids et inspirent de la répugnance. Mais, là encore, les apparences sont trompeuses. Ce semblant de moralité est en fait rendu très confus par l'attitude des élèves qui anéantit cette distinction et vient semer le trouble dans les repères moraux. Il n'est pas certain que des enfants soient à même de décrypter tout cela.
Nous avons un excellent exemple de ce procédé au sujet de l'obéissance. Dans le tome 1, interdiction est faite aux élèves de voler sur leurs balais. Harry désobéit pour se tirer d'un mauvais pas. Quelques pages plus loin, il est récompensé par ce même professeur qui avait émis l'interdiction et qui, ravi d'avoir décelé un nouveau talent, l'intègre avec satisfaction dans l'équipe de Quidditch de l'école (sorte de polo aérien joué sur balais). Au lieu d'être puni, ou au moins réprimandé, HP est récompensé, honoré et ainsi proposé à l'admiration de ses camarades.
· Magie noire et magie blanche
Là se trouve en réalité le cœur du débat concernant HP. Rappelons que Poudlard est une école de sorcellerie présentée comme en lutte perpétuelle contre les forces du mal et enseignant à ses élèves différents moyens magiques pour faire triompher le bien. C'est ce que l'on a coutume d'appeler la magie blanche. Dans les livres de Mme Rowling, elle est présentée comme bonne et en totale opposition avec la magie noire. Un indice nous met tout de même la puce à l'oreille : Poudlard est divisé en quatre grandes sections dont celle des « Serpentards » qui, comme son nom l'indique clairement, est la maison d'origine des adeptes de la magie noire et principalement de l'épouvantable Voldemort, alias Satan. Voilà qui porte sérieusement le discrédit sur l'honorabilité de cet établissement scolaire !
Cette confusion entre magie blanche et magie noire est bien actuelle et une mise au point rapide sur ces deux notions est essentielle afin d'y voir plus clair. Dans le vocabulaire usuel, « magie blanche » signifie enlever les mauvais sorts et utiliser les « puissances des ténèbres » en vue du bien, tandis que la « magie noire » consiste à jeter des sorts en vue du mal. L'opinion populaire fait donc une distinction entre ces deux magies uniquement du point de vue de leur but, et non pas quant à leur origine.
Dans une optique catholique, les choses sont beaucoup plus claires. Il existe en effet des recours très efficaces contre les forces du mal (Satan et ses sbires), mais pour cela on s'adresse à plus puissant qu'elles : les forces du bien (Dieu et l'archange saint Michel). Les « outils » de ces recours sont connus : la prière, les sacrements et les exorcismes. Utiliser tout autre moyen, et spécialement la soi-disant magie blanche, c'est faire appel aux forces du mal contre les forces du mal : absurde et pervers. Saint Thomas d'Aquin précise bien les choses :
« Non liceat Christianis (que cela ne soit pas permis aux chrétiens). La majesté divine étend son autorité sur les démons pour que Dieu les emploie à ce qu'Il veut. Mais l'homme n'a pas reçu de pouvoir sur les démons pour les employer licitement à tout ce qu'il veut. Au contraire, il est avec eux en guerre déclarée. Aussi, ne lui est-il aucunement permis d'utiliser leur aide par des pactes tacites ou exprèsc» (III - Quest. 96, art.2 § 3).
HP est en totale opposition avec l'enseignement traditionnel de l'Église catholique en matière de sorcellerie. Les jeunes héros des romans de Mme Rowling s'adonnent de façon quasi incessante à toutes sortes de pratiques occultes : astrologie, art divinatoire selon les cartes et le marc de café, incantations, sorts et sortilèges dont certains semblent assez neutres (l'Alohomora pour ouvrir une porte ou la Tarantallegra qui fait danser), mais où d'autres sont beaucoup plus inquiétants. Ainsi en est-il pour l'Avada Kedavra, le sortilège qui tue (sortilège impardonnable), le Crucio qui produit la douleur ou l’Imperio, sortilège de dépendance totale.
L'Écriture interdit ces pratiques :
« Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, qui pratique divination, astrologie, magie, sorcellerie, qui jette des sorts, évoque les revenants ou les esprits, interroge les morts. Car quiconque fait cela est en horreur au Seigneur, ton Dieu » (Deut. 18, 10-12).
L'Église catholique a clairement redéfini sa position à ce sujet. Elle reste immuable et sa fermeté est un rempart contre toutes les tentatives insidieuses pour semer le trouble dans l'esprit de nos jeunes, puisque ici, ce sont eux qui sont avant tout visés. La citation est un peu longue, mais essentielle. Elle est tirée du Catéchisme de l'Église catholique :
« 2116 - Toutes les formes de divination sont à rejeter : recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort dévoiler l'avenir. La consultation des horoscopes, l'astrologie, la chiromancie, l'interprétation des présages et des sons, les phénomènes de voyance, le recours aux médiums recèlent une volonté de puissance sur le temps, sur l'histoire et finalement sur les hommes en même temps qu'un désir de se concilier les puissances cachées. Elles sont en contradiction avec l'honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul.
2117 - Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie, par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain - fût-ce pour lui procurer la santé - sont gravement contraires à la vertu de religion. Ces pratiques sont plus condamnables encore quand elles s'accompagnent d'une intention de nuire à autrui ou qu'elles recourent à l'intervention des démons. Le port des amulettes est lui aussi répréhensible. Le spiritisme implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l’Église avertit-elle les fidèles de s'en garder. Le recours aux médecines dites traditionnelles ne légitime ni l’invocation des puissances mauvaises, ni l'exploitation de la crédulité d'autrui ».
Or toutes ces pratiques condamnées par l'Église sont la vie quotidienne d'HP et de ses comparses et il est à craindre que les jeunes lecteurs, fascinés par l'apparente efficacité de ces méthodes, ne se rendent pas compte de leur origine démoniaque et se livrent pieds et poings liés au pouvoir satanique.
Est-il besoin d'aller au-delà ? Cela serait possible et certainement encore plus instructif. Mais il faudrait alors faire appel à des spécialistes en matière de sorcellerie qui décrypteraient les différents rituels exposés dans les livres de Mme Rowling.
Une fois le nœud du problème mis en évidence dans ces récits, tout s'explique. Nous comprenons enfin d'où vient cette profonde angoisse, disons même cette terreur, qui étreint inexorablement le lecteur dans certains chapitres particulièrement forts où le Seigneur des Ténèbres fait son apparition.
S'explique également ce goût du sordide, du monstrueux et de l'ignoble. L'univers artistique et pictural d'HP n'est finalement rien d'autre que le bestiaire de l'enfer tel qu'on peut le voir dans les représentations du Moyen âge. La photo de J.K. Rowling étreignant sur sa poitrine la statue d'un diable grimaçant et cornu (Figaro Magazine du 25 novembre 2000, n° 17509, p.46) signe le propos et apporte une éclatante confirmation que nous avons affaire ici à une œuvre satanique.
· Le personnage d'Harry Potter
On nous objectera que le personnage de HP est pourtant bien sympathique. Il est vrai qu'il séduit les jeunes. En fait, HP est bien représentatif de cette confusion moderne entre le bien et le mal. Aux yeux des enfants, il apparaît comme le héros idéal tout entier consacré à la défense du bien. Or, certains éléments rassemblés au fil de la lecture portent une ombre inquiétante sur ce personnage.
Sur l’origine de ses pouvoirs, nous apprenons qu'à sa naissance, Voldemort (Satan) lui a lancé un terrible sort qui lui a laissé sur le front une cicatrice indélébile en forme d'éclair qui devient douloureuse dès que le Seigneur des Ténèbres s'approche de lui. Les baguettes magiques de Voldemort et de Harry sont jumelles car elles contiennent toutes deux un élément de même origine : une du même phénix (T. 1, p.89).
Harry est le seul de son école à comprendre et parler le Fourchelang, langage des serpents utilisé par les forces du mal, et ce, de façon innée et naturelle, donc sans l'avoir jamais appris. Ses camarades de classe en sont bien conscients :
« ... il (Harry) parle Fourchelang, il n 'y a que les adeptes de la magie noire qui en sont capables, tout le monde sait çà. Tu connais d'honnêtes sorciers qui parlent aux serpents, toi ? ». Bonne et pertinente question !
· Blasphèmes et profanations
Les conséquences se montrent tout à fait clairement dans le tome 4 où nous avons noté une très nette progression par rapport aux volumes précédents dans le registre de l'horreur et de la profanation.
Ainsi, les chapitres 32 et 33 mettent en scène de façon impressionnante le retour de Voldemort qui a besoin pour cela de s'incarner. Suit alors un rituel épouvantable, où il prend de la matière osseuse sur le cadavre de son père dont il profane le tombeau dans une explosion de haine, puis de la chair de son esclave et enfin du sang de Harry. Chacun de ces rites est accompagné de paroles présentant une forte analogie avec celles prononcées par le prêtre durant la consécration.
Là, tout est net. Le blasphème est évident et il est inadmissible d'en ignorer l'existence ou d'en minimiser l'importance puisque, par la Messe et la Rédemption, c'est le cœur du catholicisme qui est atteint.
CONCLUSION
Il suffit, J.K. Rowling est découverte et ses intentions réelles sont dévoilées.
Après cela il est aisé de répondre à la question : faut-il laisser nos enfants lire HP ? Il est évident que non, même si pour cela, une fois de plus, il va falloir passer pour d'affreux censeurs ringards et bornés. L'auteur a d'ailleurs elle-même anticipé notre réaction en créant ces ridicules Moldus qui ne sont rien d'autre que vous et moi.
Il va falloir résister à la pression médiatique due au succès de ses livres, qu'elle avait également prévu puisqu'elle dit dès le début du tome 1 : « Des gens pareils (les Moldus) seront incapables de comprendre ce garçon (HP) !. Il va devenir célèbre - une véritable légende vivante -, je ne serai pas étonnée que la date d'aujourd'hui devienne dans l'avenir la fête de Harry Potter. On écrira des livres sur lui. Tous les enfants de notre monde connaîtront son nom ! » (p. 18). Quelle prescience !
Les dangers d'une telle lecture apparaissent très clairs à l'analyse. Tout d'abord d'un point de vue de l'équilibre psychologique des jeunes, il est clair que. cette saga ne peut qu'apporter ruine et désolation particulièrement lorsque sont affaiblis les cadres familiaux et sociaux qui servent habituellement de points de repère.
D'un point de vue religieux, le cas est encore plus grave. Nous avons vu sur le fond la portée de l'attaque. N'y revenons pas. Signalons tout de même le risque bien réel de voir les jeunes tentés de se mettre à l'école de HP et, en clair, de se lancer dans la pratique de la sorcellerie. Tout le monde sait avec quelle facilité on peut de nos jours se procurer livres et matériel spécialisé pour cela. Il est d'ailleurs bien révélateur à ce titre de voir que les grandes instances officielles de la sorcellerie (Wicca, toute puissante église satanique par exemple) se réjouissent du phénomène HP et avouent devoir répondre à un flot sans cesse grandissant de demandes.
Le simple fait de jouer avec ces formules qui fourmillent dans les livres n'est pas anodin. Une extrême prudence s'impose dans ce domaine. Les exorcistes sont formels sur ce point : ce qui débute en sortilèges bébêtes peut conduire à un dommage spirituel ou psychologique, voire à l'obsession ou à la possession diabolique.
Faut-il se réjouir que les enfants redécouvrent le plaisir de la lecture avec HP ? Nous n'hésitons pas à affirmer que non. Mieux vaut ne rien lire que d'absorber des lectures nuisibles !
A l'heure où les exorcistes remarquent une recrudescence des pratiques sataniques chez les jeunes, dont même les médias se font l'écho, notamment en cas de profanation de cimetières, il nous paraît indispensable d'être vigilants dans ce domaine et d'avertir nos proches. C'est ce que la prière de l'Église demande durant les complies : « Vigilate, quia adversarius vester diabolus tamquam leo rugiens circuit, quaerens quem devoret » (Ps. 5, 8-9) : « Demeurez vigilants car le diable, comme un lion furieux, rôde à la recherche d'une proie à dévorer ».
Marie des Haudières
Action familiale et scolaire, février 2001
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Source du document :
http://pages.infinit.net/jclem/HarryPotter.html