Décidément
Bertrand Décaillet (194.209.178.xxx) -  2003-05-26 14:15:31

Décidément

Joannes, nous sommes fait pour nous entendre!


Ne croyez-vous pas que le problème, avant d'être liturgique, est spirituel. Mais c'est pareil, lorsque précisément la spiritualité n'est plus liturgique... C'est tout le drame de la modernité.

Le fait est que le grand malentendu entre "action et contemplation" s'est glissé au coeur de la liturgie et que noyautant la question pour la réduire à une alternative radicale, on est dans une espèce de malentendu permanent : si on ne chante pas le kyriale II, c'est nécessairement qu'on s'ennuie, qu'on est paresseux, qu'on lit le journal...

Mais que fait saint Jean au pied de la Croix, dont l'évangile (écrit par lui) ne rapporte même pas qu'il ait dit une seule parole ?
Allons tout droit: que font les moines, lorsqu'ils "font" oraison? Rien. Tout est là: ils laissent faire Dieu qui "fait" tout: "l'oeuvre de Dieu" dit saint Benoît. On a tellement pris soin de distinguer prière privée et publique, qu'on a fini par les opposer diamétralement. Mais au coeur même de la communauté, il faut absolument que l'intimité de l'Epoux et de l'Epouse du Cantique des cantiques soit privilégiée, il faut que la prière solitaire soit protégée. Bien comprises, l'une et l'autre ne sont d'ailleurs que l'émule l'une de l'autre, et l'Epouse est tout à la fois l'église que l'ermite...

Plutôt qu'apprendre à toute l'assemblée le kyriale II, c'est le goût de l'attente silencieuse et docile de Dieu qu'il faut réapprendre.
Actif ou passif dès lors? Une passivité toute vigilante: Dieu seul! Ad te de luce vigilo... , c'est si simple.

En fait il y a tout un tissu de convergence dans l'incompréhension liturgique généralisée : la communauté célébrante, la participation-activisme (liturgique ou apostolique, même combat...), les oeuvres sociales... les sermons trop longs, les publications infinies, les calculs diplomatiques...et la perte de la transcendance!