Ah! Mais c'est trop facile...
Athanasios D. - 2003-05-26 14:05:55
Ah! Mais c'est trop facile...
d'isoler (une partie d')un canon pour arriver à de pareilles conclusions.
Petit rappel, le §2 du canon que vous citez concernent le peuple de Dieu et les fidèles du Christ plus particulièrement, pour la resituer ensuite dans la définition (en est-ce une exhaustive et/ou exclusive d'ailleurs?) de l'Eglise au sens plus global comme vous l'avez relevé:
Can. 204 - § 1. Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu'incorporés au Christ par le baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, faits participants à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l'Église pour qu'elle l'accomplisse dans le monde.
§ 2. Cette Église, constituée et organisée en ce monde comme une société, subsiste dans l'Église catholique gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques en communion avec lui.
Mais il aurait été plus honnête et même judicieux de citer le canon suivant qui complète cette définition de l'appartenance à l'Eglise:
Can. 205 - Sont pleinement dans la communion de l'Église catholique sur cette terre les baptisés qui sont unis au Christ dans l'ensemble visible de cette Église, par les liens de la profession de foi, des sacrements et du gouvernement ecclésiastique.
De fait, votre problème résidait essentiellement sur l'usage du mot "subsister" dans le §2 du canon 204. Sachant que la subsistance (à l'abstrait) étant le mode d'être de la substance, l'être dans sa première acception, en quoi cela pose problème dans la partie de la description de l'Eglise au §2 du canon 204? Le sens en est-il douteux ou obscur? Vous avez oublié ce canon-ci:
Can. 17 - Les lois ecclésiastiques doivent être comprises selon le sens propre des mots dans le texte et le contexte ; si le sens demeure douteux et obscur, il faut recourir aux lieux parallèles s'il y en a, à la fin et aux circonstances de la loi, et à l'esprit du législateur.
Outre les autres canons qui environnent le § 2 du canon 204, il y a, pour éclaircir ce mot de "subsiste" qui vous pose problème, les documents du Concile dont vous reconnaissez que le Code de Droit Canon émane:
Le saint Concile s'adresse donc avant tout aux fidèles catholiques. Il enseigne, pourtant, en s'appuyant sur la Sainte Ecriture et la Tradition, que cette Eglise voyageuse est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est Médiateur et voie du salut, lui qui se rend présent pour nous dans son Corps, qui est l'Eglise. Enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Me 16, 16; Jn 3, 5) le Christ lui-même a du même coup affirmé la nécessité de l'Eglise, dans laquelle on est introduit par le baptême comme par une porte. Aussi ne pourraient-ils pas être sauvés, ceux qui, sans ignorer que Dieu, par Jésus-Christ, a établi l'Eglise catholique comme nécessaire, refuseraient cependant d'y entrer ou de demeurer en elle.
Sont pleinement incorporés à la communauté ecclésiale ceux qui, possédant l'Esprit du Christ, acceptent toute son économie et tous les moyens de salut établis en elle et sont, par les liens de la profession de foi, des sacrements, de la direction et de la communion ecclésiastiques, unis dans ce même ensemble visible de l'Eglise, avec le Christ qui la régit par le souverain Pontife et les évêques. D'autre part, n'est pas sauvé, même s'il est incorporé à l'Eglise, celui qui, faute de persévérer dans la charité, demeure dans le sein de l'Eglise "de corps" mais non pas "de coeur". Au surplus, tous les fils de l'Eglise se rappelleront qu'ils ne doivent pas attribuer leur condition privilégiée à leurs propres mérites, mais à une grâce spéciale du Christ; et que, s'ils n'y correspondent pas dans leurs pensées, leurs paroles et leurs actes, bien loin d'être sauvés, ils seront jugés plus sévèrement. (Lumen Gentium, 14)
De la même manière, il n'y a pas à s'offusquer de ce qu'un homme, victime de l'ignorance invicible dont on ne peut fixer objectivement les limites (à moins que vous sondiez- les coeurs et les reins, auquel cas je m'incline), peut être sauvé hors de l'Eglise visible puisque celle-ci déborde largement et que Dieu juge en esprit en en Vérité. Un homme peut-il être sauvé sans être visiblement catholique? La réponse est oui. Comment? Impossible de le définir: "Qui serait assez présomptueux pour pouvoir marquer les limites de cette ignorance, vu la nature et la variété des peuples, des régions, des esprits et d'autres nombreux facteurs? Lorsque, dégagés des liens du corps, nous verrons Dieu comme il est (1 Jn 3, 2), nous comprendrons le lien serré et magnifique qui unit la miséricorde et la justice divines. Mais aussi longtemps que nous sommes sur cette terre, accablés par cette masse mortelle qui engourdit l'âme, tenons très fermement, d'après la doctrine catholique, qu'il y a "un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême" (Ep 4, 5). Il n'est pas permis à notre recherche d'aller plus avant." (Pie IX, Singulari quadam)
Désolé pour les longueurs,
Athanasios